ROXANNE Heuberger-Hall (VIENNE)

en tant que fille vivant dans le milieu agricole et future éleveuse d’ovins, j’ai trouvé votre dossier du 17 mars « Femmes debout dans la crise » assez sexiste. Le texte laisse penser que les femmes qui appartiennent aux foulards noirs ne se révoltent que pour soutenir leurs maris et non parce qu’elles travaillent sur une exploitation. Alors que la plupart de celles qui m’entourent ont fait le choix d’un travail agricole dès leur entrée au collège. Dans notre exploitation, mes parents travaillent indépendamment l’un de l’autre, ma mère davantage avec les ovins et mon père avec les céréales et les bovins. Les commentaires qui s’y trouvent renforcent cette impression que les femmes sont moins impliquées dans l’agriculture que les hommes et ne sont que des objets qui font entendre la voix de leurs maris qui ne peuvent pas se déplacer pour cause de surcharge de travail. Je ne nie pas qu’il y a moins de femmes que d’hommes dans l’espace agricole, ni qu’aucune ne travaille sur une ferme seulement pour épauler son mari, mais le texte dit que c’est le cas pour presque toutes les femmes.

Ce dossier dit aussi que les femmes élèvent leurs enfants pendant que leurs maris travaillent alors que je trouve que mon père était autant impliqué dans ma vie que ma mère, et c’est pareil dans la plupart des familles autour de moi. Exemple récent : un papa laitier qui se lève à 3 heures du matin afin de pouvoir accompagner sa fille lors d’une visite de lycée.

NDLR : ce dossier nous a été inspiré par la multiplication des réactions, parfois désespérées, de ces agricultrices et de ces conjointes d’agriculteurs face à la crise. Et notre responsabilité est de relayer ce qui se passe sur le terrain, de ne pas ajouter le silence à leur souffrance. Ces femmes ont réagi non pas parce que les hommes ne faisaient rien, mais parce que les manifestations classiques (auxquelles elles participent aussi) n’aboutissaient pas. Il y a des témoignages de conjointes qui travaillent à l’extérieur mais aussi d’agricultrices. Qu’elles s’occupent de leurs enfants ne veut pas dire que les papas ne le font pas. Depuis longtemps, les articles et dossiers de « La France agricole » vont dans le sens de la reconnaissance du statut et du travail des femmes sur l’exploitation. C’est aussi pour cela que nous précisions dans l’introduction que les femmes ne doivent pas être les variables d’ajustement dans la crise.