La crise sanitaire a soulevé la question de la souveraineté alimentaire. Mais n’oublions pas celle de la multiplication des fraudes, que dénonce dans les médias Ingrid Kragl (1). Elle vient de publier Manger du faux pour du vrai.

Ce trafic alimentaire est à la fois juteux et peu risqué pour les fraudeurs. Le crime organisé l’a compris et s’est glissé dans ce « créneau », moins surveillé que celui de la drogue. Aucun secteur n’y échappe, ni aucun pays. La perte mondiale dépasserait largement 30 milliards d’euros. Sans parler de la mise en danger de la santé des consommateurs.

Vu l’ampleur de la fraude, Interpol et Europol, spécialistes de la grande criminalité internationale, s’occupent de ce dossier. Ils mènent depuis 2011 l’opération Opson, pour retirer du marché les produits alimentaires contrefaits et de qualité inférieure à celles annoncées. Cette opération annuelle a été initiée par l’Italie qui tentait de contenir son « agromafia ». Elle réunit désormais 83 pays, dont la France. Rien qu’en 2018, elle a permis le démantèlement de 66 groupes de crime organisé.

Notre ministère de l’Agriculture assure que nous disposons d’un des meilleurs systèmes de contrôle de la qualité alimentaire. Mais il y a des trous dans la raquette : les autocontrôles réalisés par les entreprises reposent sur leur bonne volonté. Quand une fraude est officiellement constatée, le nom de l’entreprise n’est pas publié, contrairement au Royaume-Uni ou au Danemark.

Autre constat, réduction des dépenses oblige, nos contrôles sur la sécurité sanitaire ont chuté de 33 % entre 2012 et 2019. Et la pandémie oriente actuellement les contrôleurs vers d’autres missions. Voilà pourquoi on trouvera encore de l’huile d’olive sans olives, du miel sans abeilles et sans doute des lasagnes à la viande douteuse.

L’Union européenne vient de rappeler que les importations doivent être conformes à ses réglementations et normes. Cela exigera davantage de moyens humains et plus de transparence.

(1) Directrice de l’information de l’association Foodwatch.

par Marie-Gabrielle Miossec