Périodiquement, les responsables européens rappellent les valeurs de l’Union : liberté, démocratie, égalité, solidarité, dignité humaine, État de droit, etc. C’est sur ces fondements que quelques pays, notamment la Hongrie, sont mis au ban de l’Europe. Mais les valeurs sont en crise un peu partout. Le discrédit de la politique est à son comble, pour de bonnes raisons mais aussi de mauvaises. Par exemple, on confond la vertu politique, qui suppose conviction, réflexion et détermination à l’action, et l’homme politique vertueux dont on attend qu’il soit irréprochable. Je ne parle pas de ceux qui ont eu ou ont encore un comportement honteux, mais d’une irréprochabilité absolue d’autant plus irréaliste qu’elle s’appuie sur une transparence sans limite de tous les instants.

On peut piéger n’importe qui en le guettant en permanence, comme on peut toujours trouver un poussin mort dans un élevage. Certains donneurs de leçons ont le zèle des dénonciateurs de nos pires moments de l’histoire. Ils ont la bonne conscience des inquisiteurs du Moyen Âge ou des romans d’anticipation. Mais qui s’en soucie ? Le mot valeur a-t-il encore un sens pour une génération biberonnée à la téléréalité ou dans une société marquée par la démesure des profits de certaines sociétés ?

Et pourtant, les discours sur les valeurs font toujours leur petit effet. Plus nos sociétés s’en éloignent et plus les discours nous les rappellent. Il y avait un besoin de nature, il y a maintenant un besoin de valeurs.

Alors, après la publicité sur le rôle de l’agriculture qui « maintien la planète en forme » grâce au recyclage des déchets organiques, pourquoi ne pas envisager que l’agriculteur montre aussi les valeurs qu’il porte. Travailler la terre, sortir par tous les temps, vivre sans se plaindre, ne pas compter ses heures, surveiller ses bêtes, essayer de faire au mieux avec les moyens qu’il a, et, au final, être fier de son travail. Sérieux, humilité, fierté : bien d’autres existent, mais vous les connaissez mieux que moi.

par Nicolas-Jean Brehon