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Une installation plus complexe que prévu

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Système de production - Une installation plus complexe que prévu
Dès son installation à la fin de 2015, Laurence Goujon a introduit des béliers suffolks inscrits dans le troupeau, initialement croisés texels et moutons charollais. © A. Bréhier

Alors qu’elle pensait reprendre une « petite exploitation tranquille », Laurence Goujon a dû vite remettre en cause son système de production à cause des aléas climatiques.

Fille d’éleveur charolais, Laurence Goujon s’est installée en novembre 2015 après avoir travaillé sept ans comme technicienne à Bovins Croissance, en Saône-et-Loire. Ses parents avaient une ferme, mais ils n’étaient pas encore en retraite. Et elle souhaitait être libre « d’écrire sa page à elle ». Plus attirée par les bovins, l’agricultrice s’est finalement orientée vers une exploitation mixte avec des bovins et ovins, pour des raisons financières.

Un passage de relais

Après plusieurs visites, son choix s’est porté sur l’élevage de 83 ha d’Henri Plet à Maltat, un secteur qu’elle connaissait bien. Un passage de relais a été réalisé. Un an avant son installation, la jeune femme a fait les agnelages avec le cédant. Celui-ci l’a ensuite épaulée la première année. 370 000 € ont été investis dans la reprise, comprenant une stabulation construite en 2003 et une bergerie datant de 2007. 25 000 € ont été nécessaires pour mettre aux normes l’étable entravée, avec la pose d’une citerne souple à lisier, subventionnée à hauteur de 11 400 €.

À la fin d’octobre, 250 brebis et béliers pâturaient avec quelques génisses sur les bords de Loire. © Laurence Pellenard

Dans une conjoncture climatique complexe, Laurence a dû revoir son système. Trois années de sécheresse consécutives depuis 2018 ont fait exploser la consommation de fourrages et de concentrés. Le coût des achats extérieurs s’est élevé en moyenne à 40 000 € par an pendant trois ans. « C’est une facture impressionnante pour une petite structure comme la mienne. » Les assurances prairies contre les risques climatiques n’ont couvert ces frais qu’en 2018. Les années suivantes, il a fallu se contenter des aides du fonds de calamités, réduites en système ovin : 2 600 € ! Des prêts à court terme ont dû être contractés, malgré les réticences de l’agricultrice. Les dépenses ont été limitées à l’alimentation du troupeau. « J’ai eu la chance d’avoir de bons résultats techniques avec des ventes importantes. Et des voisines compréhensives, éleveuses de chèvres, ont laissé pâturer mes brebis sur une partie de leurs parcelles. »

Parcours en bord de Loire

Pour continuer à vivre sur la ferme, l’agricultrice a revu le système de production. Outre le triplement des surfaces de prairies temporaires, elle a saisi l’opportunité de reprendre du terrain en bord de Loire, à la fin de 2020. Situés à 10 km du siège en zone Natura 2000, ces 87 ha de parcours très extensifs sont mis à disposition moyennant un faible fermage (100 €/ha). « En cette année 2021 pluvieuse, les conditions ont été idéales, avec de l’herbe bien verte, se réjouit Laurence. En revanche, en année sèche, la moitié du parcours se transforme en désert. En hiver, il faut surveiller la Loire qui peut monter. Cette année, au printemps et en juillet, plusieurs petites crues ont emporté les clôtures. C’est un fonctionnement auquel ma formation agricole ne m’a pas préparée. Il faut trouver des nouveaux repères et accepter des pertes. »

Alors que le loup est arrivé en Saône-et-Loire, deux chiens de protection du troupeau ont été acquis, et un troisième est né à la ferme. © A. Bréhier

Pour rentrer facilement ses bêtes, l’exploitante a aménagé un parc de contention. « Un saut et quelques granulés suffisent pour déloger les suffolks des buissons, se félicite-t-elle. C’est une race grégaire et les animaux sont familiers. »

Charges réduites

Désormais, une grande partie des brebis (entre 250 et 300 brebis sur un total de 400) restent en zone Natura 2000 toute l’année. Au printemps dernier, 160 agneaux y ont été finis à l’herbe. Le reste des agneaux, une fois sevrés, a été ramené près de l’exploitation. Sur les sols sableux des bords de Loire, le chargement est faible et la croissance des agneaux plus lente, néanmoins comme les charges sont réduites, la rentabilité est bonne. Ces surfaces devraient bénéficier d’une aide MAEC dès 2022.

Laurence n’imaginait pas se remettre en question aussi profondément et aussi vite. « Après une période de calage de deux à trois ans après mon installation, je pensais gérer un petit système tranquille, pointe la jeune femme, maman de quatre enfants. En fait, il a fallu tout restructurer et repartir de zéro. Il faut être flexible et se remettre en question. Tant que l’on n’est pas installé, il est quasiment impossible de se rendre compte de la complexité du métier et de la lourdeur des procédures administratives. Or celles-ci conditionnent la moitié du revenu ! »

Anne Bréhier

L’exploitation

À Maltat (Saône-et-Loire), en Sologne bourbonnaise.

Main-d’œuvre : 1,5 UTH avec une apprentie en groupement d’employeurs.

SAU : 83 ha dont 76 ha d’herbe (64 ha PP et 12 ha PT), le reste en céréales (triticale-orge). Reprise de 87 ha de parcours très extensifs en zone Natura 2000.

Cheptel : 20 vaches charolaises (inséminées par Laurence elle-même), 400 brebis
avec un agnelage par an en février-mars (lutte naturelle). Pâturage mixte depuis 2016.

Entraide indispensable

Un audit d’exploitation a été réalisé pour dégager de l’argent sans investir ni trop alourdir la charge de travail. En 2021, compte tenu de la bonne pousse herbagère, Laurence Goujon a pris des génisses en pension. L’agrandissement récent de la surface agricole utile (SAU) lui permet d’envisager de finir les génisses à l’herbe. Alors que le parc de matériel de la ferme est des plus limités, l’agricultrice a fait cette année les foins, la moisson et les labours avec son voisin Benoît. C’est un éleveur bovin avec lequel un groupement d’employeurs est en cours de création (partage d’un apprenti).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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