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Une exploitation, deux élevages

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Grégaires, vifs, plutôt têtus, les cervidés ne se laissent pas facilement approcher. Bambina, ici aux côtés de François Becquet, fait exception. © Photos : A. Mabire

François Becquet a repris la Ferme de Villaine en janvier 2018. Éleveur de cervidés et de génisses bouchères, il a également converti les terres à l’agriculture de conservation.

François Becquet se souvient avoir pris, en terminale, rendez-vous avec sa conseillère bancaire. « Je lui ai expliqué que je voulais devenir agriculteur et je lui ai demandé son avis sur la formation à suivre, raconte-t-il. Comme j’aimais les études, elle m’a conseillé un cursus d’ingénieur. »

Moins de dix ans plus tard, son diplôme en poche, le jeune homme, passionné d’élevage, de machinisme et d’agriculture de conservation, a réalisé son projet en reprenant la Ferme de Villaine à Pontigné, en Maine-et-Loire. L’exploitation s’étend sur 91 hectares, répartis sur deux sites distants de 6 kilomètres. Son équilibre économique repose sur une double production de viande, vendue en direct.

François élève des génisses bouchères de race charolaise, limousine ou croisées. « Environ quatre-vingts animaux par an, que j’achète à l’âge de six à huit mois, directement auprès de collègues éleveurs, et qui sont abattus entre trente et trente-six mois, pour un poids de carcasse moyen de 400 kg. » Actuellement, cet élevage, comme l’atelier FAF (fabrication d’aliment à la ferme), se trouve à 6 km du siège de l’exploitation. « Mais j’investis pour construire une stabulation avec aire paillée qui permettra de rapatrier l’ensemble », ajoute l’agriculteur.

Producteur de viande bovine, François est aussi naisseur-engraisseur de cervidés, avec soixante biches. Élevées sur 18 ha de parcs, elles sont conduites en deux lots, l’un mettant bas entre début mai et mi-juin, et l’autre de la mi-mai à début août. Les jeunes – ou daguets – sont abattus à dix-huit mois. Ils pèsent alors entre 140 et 150 kg, pour un poids de carcasse moyen de 70 kg. « Il y a également deux mâles reproducteurs, complète François. Ils assurent deux saisons de reproduction. Puis, pour éviter tout problème de consanguinité, ils partent chez d’autres éleveurs. Il y a, en moyenne, un élevage de cervidés par département. Pour renouveler la génétique, nous avons l’habitude d’échanger nos mâles. »

Autonomie fourragère

L’exploitant fait de l’autonomie alimentaire de ses deux troupeaux une priorité. Dans l’optique d’un pâturage tournant plus dynamique, il a divisé ses parcelles de prairies. Il a introduit la culture de la luzerne porte-graine (7 ha) et celle de méteil grains (7 ha). « Ce mélange, à base de triticale (100 kg/ha), d’avoine (60 kg/ha), de pois fourrager (30 kg/ha) et de féverole (50 kg/ha), permet de couvrir les besoins de l’exploitation en concentrés, soit 45 tonnes », précise-t-il.

La luzerne fournit, quant à elle, un fourrage de printemps riche en protéines. Mais ce n’est pas son seul atout. Implantée pour trois ans, contrôlée pendant le cycle des autres cultures, elle sert de tête d’assolement dans la rotation initiale : blé, maïs, maïs (ou tournesol), blé (ou méteil). « Alterner deux cultures de printemps et deux d’automne permet de mieux gérer le salissement de la parcelle », explique François. Passionné par l’agriculture de conservation, il a également introduit et systématisé les couverts végétaux à base de radis (4 kg), colza (4 kg), féverole (40 kg) et lin (1,5 kg). À terme, il compte se passer du maïs ensilé. « Le technicien me dit que je pourrais déjà franchir cette étape, mais ça me paraît tôt, confie-t-il. J’ai besoin de gagner en sérénité dans la conduite de ces couverts. »

Une salle de réception

L’activité de la Ferme de Villaine est organisée autour de la vente directe. L’exploitation est équipée d’un laboratoire de découpe, d’une cuisine, de deux chambres frigorifiques, et d’une salle de réception de quarante-cinq couverts. Elle emploie, à temps complet, un boucher-charcutier, un cuisinier – également affecté deux jours par semaine aux travaux de l’exploitation –, et un apprenti boucher. « Cette année, nous avons augmenté l’activité bovine, avec une génisse travaillée par semaine, contre quarante-trois pour l’année 2018 », souligne François Becquet.

Associée aux fêtes de fin d’année, la viande de cervidés est surtout transformée pendant le dernier trimestre. Sur quarante daguets et biches abattues chaque année, trente-cinq le sont entre le 1er novembre et le 15 décembre. « Une partie de la viande est vendue en frais à cette période, précise le jeune éleveur. L’autre est congelée et reprise au fur et à mesure des besoins, en conserverie ou en surgelé, puisque nous sommes équipés d’une cellule de refroidissement.  »

Anne Mabire

Partager son savoir-faire

Les 21 et 22 septembre, François Becquet et son équipe ont accueilli 400 personnes pour la journée annuelle portes ouvertes. Quelques jours plus tard, c’est le milieu agricole qui s’y est retrouvé à l’occasion du salon aux champs Végétal et animal village. Cette manifestation locale a attiré 560 agriculteurs, 250 étudiants en agriculture et 40 exposants. Elle a permis à François de partager ses connaissances et son expérience autour de l’agriculture de conservation. Il est, en effet, l’un des rares agriculteurs de son secteur à développer ces techniques.

François Becquet pratique le semis direct. Il a autoconstruit ce semoir pour 27 000 euros.
Les génisses, abattues entre 30 et 36 mois, affichent un poids de carcasse moyen de 400 kg.
L’exploitation

Exploitation individuelle à Pontigné (Maine-et-Loire).

Main-d’œuvre : 4 UMO.

SAU : 91 ha (deux sites distants de 6 km). Sols argilo-calcaires (pas d’irrigation).

Assolement 2019 : 49 ha de prairies temporaires, 18 ha de blé, 11 ha de maïs, 7 ha de méteil grain, 6 ha de luzerne.

Cheptel bovin : 80 génisses bouchères charolaises, limousines ou croisées.

Cheptel de cervidés : 60 biches, 2 cerfs (180 animaux présents).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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