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Lâcher les chevaux pour des charolaises

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Mélange. Avec pour seul complément un aliment de ferme constitué de pois, féverole, blé et orge, l’éleveuse finit les taurillons à 16 mois et 420 kg. © ALEXIS DUFUMIER

Astrid Granger a profité de son installation en 2009 pour « sortir de sa zone de confort », guidée par une grande curiosité et l’envie de nouveauté. Aujourd’hui, elle cherche plus de valeur pour la viande et une meilleure autonomie.

«J’ai eu beaucoup de chance. Mes parents m’ont toujours laissée faire mes choix », lâche Astrid Granger, la trentaine, pour expliquer l’orientation qu’elle a donnée à la ferme familiale de 200 ha, reprise en 2009 à Vaubadon (Calvados). Malgré sa passion pour les chevaux, un élevage équin et une activité de pension sur l’exploitation familiale, la jeune agricultrice avait envie d’autre chose. Si bien qu’après des études équines et cinq années passées comme salariée dans le secteur du cheval de course, elle a entrepris d’arrêter cette activité. « Aujourd’hui, je possède un cheval mais j’ai décidé que ce ne serait plus mon métier », relate l’éleveuse.

Tout réapprendre

Pour valoriser les 50 ha d’herbages, Astrid élève des charolaises. Un choix de raison qui est aussi devenu une passion. Un univers entier à explorer : « J’ai dû tout apprendre. Je ne savais pas comment faire vêler une vache. Quant aux travaux des champs, je ne m’y étais jamais intéressée. » L’agricultrice a su se former, s’imprégner de l’expérience parentale pour les cultures et s’entourer de professionnels auprès de la chambre d’agriculture, de Bovins croissance et de sa coopérative Agrial, avec un « excellent conseiller » en grandes cultures. « J’ai mis l’exploitation sur de nouveaux rails car j’étais soutenue par ma famille. Mes parents m’avaient prouvé que c’était possible. En 1998, ils ont lâché l’élevage de cochons sur paille pour celui des chevaux », explique-t-elle.

Mettre sur pied un troupeau de charolaises capable de dégager un revenu a été un challenge. La constitution s’est faite avec des animaux de faible valeur génétique, d’un côté, et le rachat de 11 femelles inscrites au herd-book, de l’autre. Astrid a développé son cheptel essentiellement par le renouvellement, pour aboutir à 50 vaches en race pure aujourd’hui, dont la moitié sont inscrites. De 2009 à 2012, Astrid a conservé une activité de pension de chevaux lui assurant des entrées de trésorerie régulières. « Ensuite, j’ai traversé une période difficile. Mon élevage de charolaises immobilisait beaucoup de trésorerie car je gardais les animaux pour le renouvellement. Mon élevage est désormais ma grande fierté. Mais il aurait peut-être été plus efficace d’acheter un troupeau de bonne qualité, quitte à emprunter. J’aurais pu vendre plus d’animaux plus vite. »

Combat syndical

Éleveuse dans le Bessin, au nord-ouest du Calvados, Astrid fait partie de ce petit territoire normand qui a été le premier à s’embraser au cours de l’été 2015. Elle s’est jointe aux cortèges au sein du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA), dont elle assure aujourd’hui la présidence cantonale. En 2016, elle a dégagé un EBE négatif et, aujourd’hui, « il manque encore des centimes au kilogramme de viande pour dégager un revenu », témoigne-t-elle. Elle a trouvé des débouchés plus rémunérateurs pour ses femelles engraissées à l’herbe auprès d’une GMS mais c’est plus compliqué pour les taurillons.

En grandes cultures, le combat est différent. « Mon père avait trouvé un débouché pour de l’avoine noire que je continue de produire. Pour le reste, la valorisation se fait sur la base des cours mondiaux sur lesquels nous n’avons pas de prise. Nous ne pouvons agir que sur les coûts de production », insiste l’éleveuse, qui a intégré un groupe culture de la chambre d’agriculture depuis cinq ans. Elle consacre chaque année 12 ha aux protéagineux et méteils pour améliorer les taux de protéine de son aliment de ferme. Elle traite à bas volumes, supprime les insecticides sur colza grâce aux associations variétales et se prépare à tester, pour la culture 2017-2018, une conduite rustique pour un mélange variétal de blé. Le premier fongicide sera remplacé par une macération d’ortie.

Depuis octobre dernier, son frère aîné est salarié sur l’exploitation. Lui aussi a travaillé dans des élevages de chevaux et il souhaiterait s’installer en association avec Astrid. Le chantier est lancé. Il reste à trouver une trentaine d’hectares qui permettraient d’assurer de l’activité pour deux UTH sur la ferme.

Alexis Dufumier
Macération. Astrid expérimente les macérations de plantes pour réduire les applications phytos. Ici, de la consoude en infusion. © ALEXIS DUFUMIER
Formation. « J’ai dû tout apprendre. Je ne savais pas comment faire vêler une vache. Quant aux travaux des champs, je ne m’y étais jamais intéressée », témoigne Astrid Granger. © ALEXIS DUFUMIER
Autonomie alimentaire à 100 %

« Je n’ai jamais acheté d’aliment », lâche Astrid Granger. L’éleveuse a voulu jouer la complémentarité entre les cultures et son atelier allaitant, sans s’équiper pour l’ensilage. Dans son système de ration sèche, l’autonomie alimentaire passe déjà par la valorisation des 50 ha d’herbages sous forme de pâturage et de foin apporté aux animaux. Ces fourrages sont complétés avec de l’enrubannage de méteil cultivé en interculture. Les femelles n’ont droit à rien d’autre. Les taurillons sont finis en 16 mois à 420 kg et complémentés par un aliment de ferme composé de pois, féverole, blé et orge. Le mélange mérite d’être encore enrichi en protéines et c’est tout le sens de la culture de lupin d’hiver expérimentée pour la première fois cette année sur 1,5 ha.

Plus d'infos sur le sujet

Évolution du chiffre d’affaires et répartition

- 263 000 € en 2015

- 158 000 € en 2016

Prix de vente

- Blé : 162 €/t en 2015 et 151 €/t en 2016 (prix ferme)

- Taurillons : 3,80 €/kg

- Vaches (ventes GMS) : 4,30 €/kg

Atelier naisseur engraisseur

- Intervalle vêlage moyen = 382 jours

- 45 à 50 vêlages/an

- 30 taurillons par an (16 mois à 420 kg)

- 10 génisses et vaches de réforme par an à 470 kg

Rendements moyens

Blé (80 q/ha), orge (70 q/ha), colza (35 q/ha), avoine (75 q/ha), maïs grain (90 q/ha), lin fibre (6 t/ha), protéagineux méteil (30 q/ha).

Evolution de l’EBE

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L’exploitation
    À Vaubadon (Calvados)

    Surface : 200 ha

    Assolement : blé (68 ha), orge (18 ha), colza (20 ha), avoine noire (12 ha), maïs grain (7 ha), lin fibre (8 ha), protéagineux et méteil grain (12 ha), prairies permanentes (55 ha).

    Production : 55 vaches allaitantes charolaises.

    Main-d’œuvre : 1,5 UTH

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Cet article est paru dans La France Agricole

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