Les bannières régionales ne sont pas un gage de qualité

Aujourd’hui, il y a une tendance générale de la part des régions à lancer leur propre marque pour des produits agricoles ou alimentaires. Elles sont en train de créer une pseudo-certification, sans aucun cahier des charges, hormis une provenance locale. Mais un produit régional est-il un gage de qualité ? Non ! Parfois, il a seulement passé quelques jours sur le territoire. Certains produits transformés ont été faits à façon, ou intégrés au fil des lobbyings… Quelle est la promesse réelle derrière ? Qu’apporte la marque au consommateur en termes de traçabilité, de qualité, d’origine ?

Or, ces bannières régionales viennent chasser sur le terrain des indications géographiques (IG) et des labels rouges, qui eux, ont fait un énorme travail depuis plus de cinquante ans. Les signes officiels de qualité et d’origine (SIQO) respectent des cahiers des charges stricts et sont contrôlés par plusieurs organismes de certification, dont un d’État. Pour les marques régionales, il n’y a rien de tout cela. Certaines régions disent qu’elles en feront, mais quels contrôles, et par qui ? En réalité, elles improvisent. C’est un choix politique et économique de la part des élus. Mais quand le consommateur se rendra compte que les produits vendus sous ces bannières ne répondent pas à ses attentes, il perdra confiance, non seulement dans cette marque, mais aussi dans les SIQO.

Arrêtons de refaire ce qui existe déjà

Cela a peut-être un sens pour les produits manufacturés, mais il faudrait séparer les produits agroalimentaires, et les appuyer sur les IG et les labels rouges existants. En production agricole, on a déjà tout ce qu’il faut, alors arrêtons de refaire ce qui existe déjà, en dépensant de l’argent public ! Le risque, en cas d’échec, est de nuire dans la foulée aux signes de qualité préexistants, qui fonctionnent et ont fait leurs preuves.

Plutôt que se faire plaisir avec une bannière régionale, qui ratisse plus large, plus facilement, les régions feraient mieux d’accompagner le développement des IG existantes et la création de nouveaux SIQO, en s’appuyant sur leur notoriété.

Face aux usurpations, les appellations se défendront

Il existe une législation et une jurisprudence sur les SIQO, et l’Inao et les Fraudes la font respecter. Une usurpation de marque se juge au pénal, avec des condamnations lourdes (1). Ainsi, il n’est plus possible d’appeler une brioche « brioche vendéenne » si elle ne respecte pas le cahier des charges de l’IGP du même nom. En revanche, l’Occitanie peut librement utiliser son nom, car aucun SIQO ne le porte. Les organismes de défense et de gestion (ODG) sont au fait de ces problématiques. Alors évitons de finir au tribunal pour un nom géographique déjà protégé !

Je suis partisan d’un pacte de non-agression. Fédélis souhaite participer à la réflexion des régions pour leur expliquer ce qu’elles peuvent faire et comment, et ne pas se retrouver à combattre des bannières lancées à grand renfort de publicité. L’Inao travaille avec l’Association des régions de France (ARF) à mettre en place une charte de bonnes pratiques. Quel que soit le cas de figure, il y a intérêt à construire ensemble.

Propos recueillis par Elsa Casalegno

(1) Jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende.