Objectif de rentabilité atteint

Productivité par UTH doublée

Comme en travail superficiel du sol (TSL), une productivité du travail deux fois plus élevée qu’en système conventionnel reste la clé des bonnes performances économiques d’un système en semis direct sous couvert végétal (SCV). « À valeur de matériel et nombre d’UTH (unité de travail humain) équivalent, les systèmes de travail du sol simplifiés peuvent être déployés sur une surface deux fois plus importante », estime Baptiste Dubois, économiste à Arvalis - Institut du végétal.

Il donne une référence de 400 hectares par UTH contre 200 en système à base de labour. L’institut a mené une étude sur une ferme expérimentale de 2006 à 2015 (lire encadré p. 57).

Traction : 30 minutes de moins par hectare

En SCV, le temps de traction (débit de chantier x nombre d’hectares travaillés) est encore réduit par rapport à un système en TSL. L’absence de tout travail du sol s’est traduite par la réduction du temps passé aux champs d’une demi-heure par hectare.

Amélioration de la marge nette

La marge nette de la ferme en SCV s’établit à 442 euros par hectare sur la période étudiée, contre 394 euros pour la ferme de référence. Pour le blé tendre, culture dominante dans la rotation, le coût de production est réduit d’environ 20 euros par tonne. Ce sont 141 euros par tonne pour le SCV contre 162 euros par tonne, et cela malgré la hausse des charges d’intrants (produits phytosanitaires et poste semences).

Ajustements techniques

Rendements similaires ou en baisse

Le blé tendre est la seule culture à voir ses rendements augmenter de 3 % en SCV par rapport au TSL. Sur la ferme de référence, à quantité d’azote équivalente et protection optimale contre les bioagresseurs, les rendements sont en baisse de 3 % sur la période. En revanche, l’orge de printemps en SCV enregistre des rendements en baisse et en dessous de ceux de la ferme de référence. « Quant au colza, précise Patrick Retaureau, pilote du système, les échecs des premières années ne permettent pas une bonne interprétation des résultats. »

Hausse de la densité de semis

En orge comme en blé tendre, le passage en SCV a nécessité une augmentation de la densité de semis dès la deuxième année pour compenser les pertes à la levée : de 30 à 37 % pour le blé, et près de 40 % pour l’orge.

Gestion des limaces compliquée

Contre les limaces, une à trois interventions phytosanitaires ont été nécessaires. Ce qui correspond à une hausse des charges opérationnelles de 30 à 45 euros par hectare en moyenne.

Bilan herbicide mitigé

« Après quatre ans en SCV, observe Delphine Bouttet, ingénieure régionale Arvalis en Île-de-France, certaines adventices ne sont pas ou plus présentes (ray-grass, renouée liseron) mais d’autres sont apparues. » L’usage d’herbicides est élevé par rapport à la ferme de référence, avec un indice de fréquence de traitement (IFT) de 3,4 en SCV. L’usage du glyphosate est passé de 1 000 g/ha et par an à 1 700 g/ha/an en SCV, contre 500 g sur la ferme de référence. Toutefois, l’allongement de la rotation réalisé depuis 2016 ainsi qu’un ajustement de la gestion des couverts en culture et en interculture doivent permettre d’améliorer ces indices.

Pauline Bourdois
« Adapter ses pratiques culturales » Clotilde Toqué, ingénieur chez Arvalis, responsable du protocole

«Sur la ferme expérimentale de Boigneville, dans l’Essonne, l’institut Arvalis a testé le passage d’un travail superficiel du sol (TSL) de 2006 à 2010 au semis direct sous couvert végétal (SCV) de 2010 à 2015. L’Institut du végétal a par la suite comparé ces premiers résultats à ceux d’une ferme de référence menée en système labour classique.

Quatre années sont insuffisantes pour dresser un bilan sur l’intérêt du SCV, mais on observe rapidement des réussites.

Depuis le bilan de 2015, les rotations ont été allongées, les mélanges de couverts et associations de cultures ajustés. Ainsi, le SCV nécessite une adaptation continuelle des pratiques culturales à l’environnement pédoclimatique. »