Depuis 2015, les aléas climatiques, la baisse des cours et l’érosion des primes entament les marges des exploitations céréalières. « Avec un prix du foncier qui reste élevé et une rentabilité en baisse, l’agrandissement perd de son intérêt. Se diversifier dans une production qui amène de la valeur ajoutée permet­ de retrouver un équilibre tout en partageant les risques », souligne Denis Réjaud, du CerFrance Midi-Méditerranée.

Avant de se lancer

Le choix de la production

« Mieux vaut tenir compte de ce qu’on aime avant d’envisager une nouvelle production. Certains préféreront rester dans le domaine végétal, alors que d’autres seront prêts à se lancer dans une production animale », note Denis Réjaud. L’objectif étant d’améliorer la valeur ajoutée, il faut s’informer sur les débouchés existant dans sa région ainsi que sur les coûts et les prix de vente. Échanger avec des techniciens ou des agriculteurs connaissant les productions envisagées permet aussi de se faire une idée du travail à réaliser au quotidien et du savoir-faire à acquérir. « Pour bien démarrer, mieux vaut bénéficier de formations et d’un accompagnement technique », ajoute-t-il.

Le calendrier de travail

Évaluer le temps consacré à la culture des céréales au fil des saisons permet de voir comment la nouvelle production pourrait s’intégrer dans le calendrier de travail. « L’élevage de volailles, par exemple, nécessite un peu de temps tous les jours, alors qu’avec les légumes, il y a des périodes de travail intenses », souligne Denis Réjaud. Si la récolte n’est pas mécanisée, il faudra faire appel à des saisonniers. « Il faut être prêt à devenir employeur et ne pas hésiter à se former à la gestion d’une équipe. »

Volailles

Des cabanes et une tuerie

L’élevage de volailles sur parcours demande peu de surface. Pour trois cabanes de 40 m² comme dans l’exemple ci-contre, un hectare suffit. « Il est préférable que la parcelle soit proche de l’habitation afin de faciliter la surveillance », conseille Denis Réjaud. Pour l’abattage, il est possible dans un premier temps de faire appel à un prestataire ou d’intégrer un abattoir en Cuma, s’il en existe un à proximité. « Cela permet de limiter les investissements le temps de développer son circuit de vente. » Sinon, il faut prévoir d’investir dans une tuerie à la ferme.

Un planning bien calé

La surveillance et l’alimentation nécessitent une à deux heures par jour, en fonction du nombre de volailles. En circuit court, avec des ventes tout au long de l’année, le travail s’organise à la semaine. L’abattage, s’il est fait à la ferme, mobilise deux à trois personnes, avec un rythme de cinq à huit volailles par heure. Le temps consacré à la vente dépend des circuits choisis. Dans l’exemple ci-contre, les livraisons prennent une demi-journée par semaine, le reste des ventes se faisant à la ferme.

Asperges

Amortir les investissements

Le maraîchage nécessite de l’irrigation et des terres adaptées. Pour l’asperge, le sol doit être drainant. Une fois installée, la culture produit durant huit à dix ans, ce qui laisse le temps d’amortir la plantation. Si on ne vend pas brut de cueille à un expéditeur ou à une coopérative, il faut investir dans une station de conditionnement équipée de frigos. « On peut commencer par 2 ha avec un objectif de monter à 5 ha afin de mieux amortir cette station », note Gilles Lévêque, consultant spécialisé en asperges.

Charges élevées, marges aussi

Le coût des intrants est élevé, de même que les frais de main-d’œuvre. « La récolte dure deux mois et nécessite 600 h/ha. Pour 2 ha, il faut recruter deux saisonniers pour la cueillette et un pour le conditionnement », précise-t-il. Le suivi technique doit être soigné, avant et après la récolte. Le rendement commercialisé se situe alors entre 4 à 7 t/ha en asperge verte et 6 à 8 t/ha en blanche. En panachant vente à la ferme et débouchés locaux, on peut se fixer un objectif de 6 €/kg en verte et 5 €/kg en blanche. « Les marges restent proches pour ces deux types d’asperges. En vente directe, c’est bien d’avoir les deux pour répondre aux goûts des uns et des autres », ajoute Gilles Lévêque.

Frédérique Ehrhard

Expert
« Panacher les circuits de vente » Denis Réjaud, du CER France Midi-Méditerranée

« Se diversifier dans le cadre d’une coopérative permet de déléguer la commercialisation, ce qui réduit la charge de travail. En contrepartie, la vente se fait en circuit long, avec une marge moindre. Prendre en main sa commercialisation nécessite du temps, des capacités d’écoute et de la souplesse pour s’adapter aux attentes des clients. Cette option permet de mieux valoriser ses produits. En maraîchage, par exemple, il y a de la demande pour des produits locaux. On peut pratiquer la vente à la ferme, tout en fournissant des supermarchés ou des grossistes. On arrive ainsi plus facilement à tout vendre. En panachant les circuits, on dégage des prix moyens plus réguliers d’une année sur l’autre. »