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Une transition réussie vers un système herbager

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Poussés par des motivations économiques, éthiques, de qualité de vie ou de santé, des éleveurs désintensifient leur système et donnent la part belle au pâturage. Avec un parcellaire adapté et une certaine technicité, les résultats économiques sont au rendez-vous.

Amorcer la transition

Le déclic

Au Gaec de la Sapinière, la course aux volumes n’a jamais été d’actualité. Mais c’est un drame qui a amorcé la transition vers un système herbager. En 1999, une infection par l’ESB conduit à l’abattage de tout le troupeau. « La contamination était venue des aliments du commerce. Alors on a voulu développer notre autonomie alimentaire pour ne plus revivre ce traumatisme », raconte Isabelle Connan, l’une des trois associés. « Et puis avec la fin annoncée des quotas, il fallait trouver un système résilient. » À cela s’ajoutaient des préoccupations éthiques sur l’impact socioécologique du soja produit à l’autre bout du monde. Le Gaec s’est rapproché du Cedapa (lire ci-dessous) pour être accompagné dans cette évolution de système.

Des systèmes à bout de souffle

« Des éleveurs frappent à notre porte parce que leur système intensif leur semble être arrivé en bout de course, observe Camille Favier, animatrice au Cedapa. Ils produisent beaucoup de lait et ont un très gros chiffre d’affaires mais rien sur le compte en banque ! » D’autres sont poussés par des préoccupations de santé liées à l’emploi de phytos, ou recherchent simplement plus d’autonomie.

Gisements d’économies

Comparer le coût des fourrages

Lorsqu’on opte pour un système économe, il faut s’intéresser au coût des fourrages. Une étude réalisée par le réseau Civam, à partir des données récoltées dans les élevages adhérents, est éloquente : le coût de l’herbe pâturée (1) est estimé à 35 €/t de MS équilibrée, contre 107 €/t de MS équilibrée pour le maïs ensilage (2) ! « Le maïs ensilage en soi ne paraît pas très cher, car il est produit sur la ferme. Mais pour équilibrer la ration, il nécessite des compléments azotés, souvent achetés, qui coûtent cher ! », explique Camille Favier.

Des vaches en bonne santé

Au Gaec de la Sapinière, la désintensification a conduit à une amélioration de la santé du troupeau. « La vache à 6 000 l a moins de problèmes vétérinaires et vieillit mieux que la vache à 9 000 l, constate Isabelle Connan. Nos dépenses vétérinaires ont baissé alors que nous avons plus de vaches, et nos laitières sont réformées à huit ans, voire dix ans… » Il y a trois ans, pour aller plus loin dans la recherche d’autonomie, elle s’est aussi formée à l’utilisation d’huiles essentielles pour soigner les petits maux (mammites, toux…)

Les éleveurs ont aussi vu baisser leurs charges de mécanisation : distribution d’aliment, paillage, etc. Il y a eu de petits investissements pour aménager le parcellaire, installer des points d’abreuvement et poser des clôtures, « mais bien moins élevés que pour acheter du matériel de récolte, par exemple ».

(1) Pour un rendement d’herbe de 7-8 t de MS/ha. (2) Pour un rendement de 12 t de MS/ha.

Bérengère Lafeuille
Témoin
« De 25 à 50 ares pâturés par vache laitière » Isabelle Connan associée du Gaec laitier de la Sapinière (22)

«La transition s’est faite très progressivement sur plusieurs années. On a commencé à travailler sur l’herbe dès les années 2000, mais on n’avait pas les clés. Même si le climat se prête bien à des systèmes pâturants, l’exploitation de l’herbe demande de la technicité. L’adhésion au Cedapa a aidé à lever les derniers verrous, puis la souscription d’une MAEC système polyculture-élevage à 18 % de maïs, en 2016, a été un tremplin.

Le secret de la réussite est l’accès au pâturage, car plus on pâture, plus on arrive à être économe. On est donc passé de 25 ares à 50 ares par vache laitière, en faisant quelques aménagements, dont un chemin d’accès surélevé de 3 m de large sur 1 km de long. On s’est rendu compte qu’en respectant de bonnes pratiques de pâturage, on pouvait faire beaucoup de lait à l’herbe. En 2017, on a fermé le silo de maïs pour la première fois, du 10 avril au 15 septembre.

Produire notre référence n’a jamais été un objectif à atteindre coûte que coûte. Nous avons vu que ce système était bon pour l’environnement, pour notre portefeuille et pour notre santé : alors on a persévéré ! »

Cedapa

Dans les Côtes-d’Armor, le Cedapa, membre du réseau Civam, accompagne les éleveurs vers des systèmes plus autonomes, économes et durables. Les 150 éleveurs adhérents échangent régulièrement en groupe autour de visites de fermes. Sont aussi proposés des formations collectives et des accompagnements individuels.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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