Les tracteurs achetés par les exploitants sont de plus en plus puissants, au risque d’alourdir inutilement la rentabilité économique. Ils ont gagné 40 ch ces dix dernières années. Selon les bancs d’essai des Cuma, les tracteurs de plus de 200 ch sont exploités en moyenne 416 h/an. Un usage faible pour rentabiliser correctement ce type de modèles. « Se suréquiper pour le travail le plus contraignant, comme le déchaumage, peut rapidement devenir une erreur de gestion », constate Éric Canteneur, conseiller machinisme à l’Union des Cuma des Pays de la Loire. Selon lui, le triptyque puissance-poids-pneu doit être correctement équilibré.

Tracteur

Poids

Au quotidien, le tracteur n’est pas utilisé à sa pleine puissance, il transporte (alimentation du bétail, grains, fumier) plus qu’il ne tracte, notamment en polyculture-élevage. Pourtant, que sa pleine puissance soit utilisée ou pas, tout poids supplémentaire engendre une consommation d’environ 1 l/h/t, par conséquent, au bout d’une année, beaucoup de litres sont consommés uniquement pour déplacer le tracteur.

De plus, la puissance n’est pas forcément corrélative au poids. « Nous avons comparé un engin de 160 ch et un autre de 170 ch pesant 1 t de plus. Le plus léger possédait une vitesse de chantier supérieure de 13 %, en ayant une consommation moindre de 5 % », relate le spécialiste.

Pneus

Au champ, un pneu surgonflé risque de patiner. Pour l’éviter et bénéficier de l’effort de traction au maximum de la puissance du moteur sans déperdition, il existe deux leviers : un lestage proportionnel au poids tracté ou une baisse de la pression pneumatique.

Par exemple, le John Deere 6R de 195 ch, auquel est attelé un déchaumeur de 4 m pour une profondeur de travail de 16 cm, consomme sans masse 15,4 l/ha et réalise 2,6 ha/h, alors qu’avec masse, il passe à 9,5 l/ha et 3 ha/h.

Pour les pneus, une pression inférieure à 1 bar peut suffire. Reportez-vous aux tableaux de gonflage des manufacturiers. À l’inverse, si le tracteur fait plutôt de la route, un pneu sous-gonflé va avoir une surface de contact trop importante avec le bitume et créer une résistance considérable, exigeant plus de puissance. « Adapter la pression des pneumatiques aux utilisations du tracteur optimise sa traction », conclut-il.

Vitesse

La vitesse augmente fortement le besoin de puissance. Voulant aller trop vite, l’outil s’use et le véhicule risque de surconsommer : 12 km/h semble une bonne moyenne pour du déchaumage avec des disques. Il faut tenir compte de la nature du sol et de son état.

Outils

Largeur

La rapidité de chantier n’est pas non plus le meilleur argument pour surinvestir dans un tracteur trop puissant. On estime qu’un tracteur a une capacité de traction au champ de la moitié de son poids. « Cependant, en pratique, dans les fermes, la puissance des tracteurs a évolué plus vite que la largeur des outils », constate Éric Canteneur. Dès lors, en élargissant ces derniers, l’agriculteur gagnerait de cette façon en rapidité d’exécution de chantier, sans avoir besoin de se servir de tant de chevaux.

Semi-porté

Les outils semi-portés allègent la puissance de « relevage » requise. De ce fait, un outil à disques de 5 m de large, semi-porté, se contente de 160 ch, tout en conservant un bon débit de chantier lorsque la configuration des parcelles, bien entendu, le permet.

Le surcoût d’un outil semi-porté est d’environ 25 %, rentabilisé par moins de charge d’énergie et une puissance nécessaire moindre sur le tracteur.

Il est souvent préférable d’investir sur la ferme dans un tracteur polyvalent de puissance moyenne et, en copropriété ou en Cuma, dans des outils semi-portés onéreux. Le gain est ainsi démultiplié par le nombre d’utilisateurs.

Gaia Campguilhem

Expert
« Il ne faut pas négliger le lien avec le sol : les pneus » Éric Canteneur, conseiller en machinisme à l’Union des Cuma des Pays de la Loire

« La conception des pneus, et notamment la capacité des flancs à se déformer, influe sur la capacité de charge. Les pneus IF sont conçus pour porter 20 % de charge en plus d’un standard à la même pression, et 40 % pour un VF. Raison pour laquelle ces derniers peuvent être utilisés à la même pression sur route et au champ. Toutefois, la pression devrait être aussi fonction de la vitesse.

Au champ, une faible pression permet une surface de contact élevée, d’où moins de tassement et une meilleure capacité de traction, sans être obligé d’ajouter des masses pénalisantes. Sur route, il faudra rechercher la pression nominale du pneu (1,6 bar pour un standard). Le VF offre la possibilité de s’approcher de ces bases. L’idéal est le télégonflage, rentabilisé pour les tracteurs en Cuma ou en copropriété. »