Chimique

Le plus rapide, le plus cher

« Le désherbage chimique a des atouts. Habituellement maîtrisée, cette technique permet d’intervenir en rattrapage sur des adventices développées. En grandes cultures, avec des pulvérisateurs équipés de rampes de 20 à 30 m de large, les applications prennent peu de temps », souligne Loïc Doussat, animateur du réseau de fermes Dephy (1) à la chambre d’agriculture de l’Aude. Mais c’est aussi la plus coûteuse, compte tenu du prix des phytosanitaires.

Des limites techniqueset réglementaires

Ces produits, pour être pleinement efficaces, doivent être appliqués au bon stade, dans des conditions de température, d’humidité et de vent qui ne sont pas toujours faciles à rassembler. « Les adventices développent des résistances, ce qui limite également l’efficacité de cette pratique », note le technicien.

Par ailleurs, les contraintes réglementaires se multiplient et le nombre de matières actives utilisables se réduit.

Mécanique

Le moins cher, le plus long

« Le désherbage mécanique est efficace de la prélevée jusqu’au stade deux feuilles », indique Loïc Doussat. S’agissant des intrants, il nécessite surtout du carburant et revient moins cher que le chimique. Il réduit la pression des adventices résistantes. Il n’y a pas de risques de phytotoxicité et, pour l’instant, pas de contraintes réglementaires.

« Par contre, il demande plus d’interventions, avec du matériel spécifique. » Le sol doit être nivelé et ressuyé, sinon le passage du tracteur fait des dégâts sur la culture. « Il vaut mieux avoir deux jours sans pluie après un désherbage mécanique, afin que les adventices sèchent. »

Trois outils nécessaires

La herse étrille, rapide à passer, est la plus utilisée. Son prix varie de 10 000 à 14 000 € en 12 m de large. « Sur un sol soufflé, cet équipement travaille correctement. Par contre, s’il y a une croûte de battance ou des débris végétaux, son efficacité est insuffisante. Il est préférable de disposer d’une houe rotative en complément, pour un coût situé entre 10 000 et 18 000 € en 6 m de large », précise Loïc Doussat. La bineuse, employée pour les cultures d’été, oscille entre 5 000 et 8 000 € en sept rangs. « C’est un investissement. Pour amortir ces outils, ils doivent tourner sur au moins 200 ha », signale-t-il.

Mixte

Un bon compromis

Associer désherbage chimique et mécanique réduit le coût total par rapport au chimique seul, sans trop augmenter le temps de travail. « C’est un bon compromis, qui améliore également l’efficacité », poursuit l’animateur du réseau. Avec ces deux techniques complémentaires, il y a plus de solutions pour éliminer les adventices résistantes. Efficace au début du cycle, la méthode mécanique agit à un stade où l’intervention chimique est parfois délicate à cause des risques de phytotoxicité. « Comme elle réduit la pression des adventices, elle permet de choisir des matières actives moins chères en complément. »

Souplesse d’organisation

« Le travail est mieux étalé. Sur les céréales, si le désherbage mécanique a fonctionné l’hiver, le rattrapage chimique n’est plus nécessaire au printemps », relève le technicien. En alternant ces deux pratiques, qui nécessitent des conditions d’intervention différentes, il est plus facile de s’adapter à l’état des terres et à la météo. « Cela donne une souplesse d’organisation », note-t-il. Quand le sol est portant et qu’il y a du vent, par exemple, on peut passer la herse étrille, alors qu’on ne pourrait pas sortir le pulvérisateur. À l’inverse, si le sol est humide, mieux vaut intervenir avec ce dernier, en roulant sur les lignes de passage, ce qui évite d’abîmer la culture.

Frédérique Ehrhard

(1) Une journée sur les retours d’expériences de ce réseau est organisée le 18 décembre, à Castelnaudary (Aude).

Témoin
« J’associe les interventions chimiques et mécaniques » Mathieu Guilhem, exploitant (90 ha) à Castelnaudary (Aude)

« Avant d’implanter les cultures d’été, tournesol, sorgho, soja ou haricot, je passe la herse étrille. Je sème deux jours après avec un outil qui me permet de désherber, en même temps, sur le rang. À l’avant du tracteur, j’ai installé une cuve. Elle alimente des buses placées au-dessus de chaque élément semeur. Celles-ci pulvérisent sur une largeur de 20 à 25 cm. Je gagne un passage, je réduis la dérive et j’évite de mettre du désherbant sur l’interrang avant d’y faire un ou deux binages. Je diminue ainsi de 60 % la quantité de produit, sans perdre en efficacité. Lors du semis du blé dur, j’associe aussi le désherbage chimique raisonné, en fonction du salissement, et mécanique. Je fais quelques rattrapages chimiques localisés sur les chardons. Cette stratégie mixte fonctionne, même si la fenêtre météo n’est pas facile à trouver l’hiver pour passer la herse étrille. »