Charges

Travail

« La rémunération des agriculteurs est souvent la dernière chose prise en compte. Pour moi, c’est la priorité », lance Richard Laizeau. Formateur pour le réseau Fnab et arboriculteur depuis dix-sept ans, il porte sur ce sujet le regard d’un ancien conseiller en finances et gestion d’entreprise et se dit « effaré par le manque de considération qu’ont beaucoup d’agriculteurs pour leur propre travail ».

Selon son approche, la première étape consiste à évaluer le coût horaire du travail­ de l’exploitant. « Vu leurs compétences et le temps qu’ils y passent, les agriculteurs méritent, à mon avis, plus qu’un Smic ! »

De la même manière, la rémunération des salariés et des associés­ est calculée sous forme de coût horaire. Cette charge est ensuite répartie entre les différentes productions de la ferme. Les coûts de la main-d’œuvre familiale, de l’entraide et des stagiaires, même lorsqu’ils ne perçoivent aucune indemnité, sont aussi calculés. En effet, « le jour où on n’a plus cette main-d’œuvre gratuite, on doit faire face au coût éventuel d’une embauche. »

Équipements et foncier

Tous les équipements utilisés (matériel, plantations, bâtiments d’exploitation…) voient leur coût intégré dans le prix des produits. « Le but est d’être en capacité de les renouveler, pour toujours travailler avec du matériel qui tient la route », explique Richard Laizeau. Un équipement qui continue à être utilisé, même s’il est amorti, n’a donc pas un coût nul car il nécessitera un jour d’être remplacé. Le formateur propose donc de ne pas prendre en compte sa valeur comptable mais de calculer une « valeur annuelle de remplacement ». Basée sur sa durée d’utilisation (et non celle d’amortissement), elle permettra de couvrir le coût du futur renouvellement. Cette approche « prend en compte le vrai coût du matériel­ et n’incite pas au surinvestissement ».

Pour le foncier, le formateur conseille d’affecter un coût équivalent au fermage, même pour les terres en propriété. « Ces dernières ont aussi un coût car elles représentent une immobilisation de trésorerie. »

Clé de répartition

Pour certaines charges difficiles à relier à une production en particulier, une clé de répartition est nécessaire. Elle permet de les affecter aux différentes productions, en fonction d’un ou plusieurs critères : le temps de travail, la surface, le chiffre d’affaires ou la quantité (à condition toutefois d’exprimer toutes les productions dans des unités constantes et comparables).

Prix de revient

Les étapes précédentes ont permis d’attribuer un coût aux charges les moins faciles à estimer. Reste à y ajouter celui des consommations (faciles à établir d’après les factures d’intrants, d’énergie, d’assurances, de prestations de services...), les éventuels emprunts (hors ceux pour investissements qui sont intégrés au coût de l’équipement) et les subventions (qui apparaissent comme des charges négatives). Pour chaque produit, le total des charges est divisé par la quantité produite.

Pondération pour risques

Pour intégrer le risque climatique, Richard Laizeau propose d’introduire une pondération de 10 % (par exemple), ce qui correspond à une année sur dix sans production. Dans le calcul, cela revient à diminuer de 10 % la quantité produite et donc, mécaniquement, à augmenter le prix de revient. « Quand nous expliquons au client que ce risque est la réalité, vu les aléas climatiques, il est généralement compréhensif », note le formateur.

Marge de sécurité

À ce stade, on a un prix de revient. Il ne reste plus qu’à financer le cycle d’exploitation à l’aide d’une marge de sécurité. « Sa valeur dépend de la production : un maraîcher a un cycle d’exploitation plus court qu’un arboriculteur ou un éleveur bovin », souligne l’exploitant, qui la fixe à 10 %. En additionnant le prix de revient, la marge de sécurité et la TVA, on obtient un prix de vente qui permet de couvrir toutes les charges et les risques.

Bérengère Lafeuille

Expert
« Le prix de vente doit couvrir tous les risques » Richard Laizeau, formateur pour le réseau Fnab

« Nous avons une relation si passionnelle avec l’agriculture que nous oublions que les fermes sont des entreprises. Deux points cruciaux sont trop peu pris en compte : le financement du cycle d’exploitation et celui du risque climatique. Les exploitants méritent une rémunération à la hauteur des dangers encourus. En travaillant dans la banque, j’ai constaté qu’en agriculture, le gros problème est souvent le manque de trésorerie. Certains doivent s’arrêter, non parce que la production n’est pas rentable, mais faute de faire face au financement du cycle d’exploitation. Le cycle de trésorerie est long et peu accompagné par les banques.

Le prix de vente doit couvrir toutes les charges et tous les risques. Être autonome financièrement signifie remédier à tout ce qui peut arriver. Connaître ses coûts permet de réfléchir à l’organisation et à la rentabilité de sa ferme, par exemple en raisonnant les investissements ou le choix des productions. Cela nous rend capables de défendre nos prix. »