Depuis 2020, l’exploitation des frères et sœurs Clément Moret et Mathilde Reygrobellet, et de leur cousin Bertin Moret, connaît un virage de taille. De 100 chèvres en 2016, lorsque Bertin est revenu sur la ferme familiale après avoir été négociant en céréales pendant huit ans, l’élevage a atteint 200 animaux en octobre 2020. Il devrait en compter 300 en 2023.

Trois nouveaux bâtiments

« L’atelier, de 30 chèvres à l’origine, avait été créé par nos parents au début des années 1990 pour diversifier leurs revenus, raconte Bertin. Si le cheptel s’est étoffé petit à petit, nous n’avions pas assez de fromages pour répondre aux demandes des clients. Les installations devenaient, par ailleurs, vieillissantes pour les animaux comme pour les hommes. Afin de pérenniser cette activité et la développer, nous avons décidé, avec mes cousins, de tripler le cheptel et d’investir dans de nouveaux bâtiments plus fonctionnels, favorisant le bien-être des chèvres et de ceux qui y travaillent. »

Développer des débouchés

Pour profiter de la génétique mise en place par leurs aînés, l’augmentation du cheptel ne s’appuie que sur le renouvellement. Depuis plus de trente ans, la famille ne travaille qu’avec des inséminations artificielles orientées sur la production de lait pour atteindre une moyenne 1 200 à 1 300 l/an. « La hausse du cheptel sur plusieurs années permet aussi de développer les débouchés », note Bertin. La commercialisation s’effectue à la ferme, dans d’autres magasins de producteurs, et auprès de fromagers, restaurateurs et grandes surfaces.

Les travaux des trois bâtiments ont été lancés en mai 2019 sur une parcelle achetée par l’EARL Les fromages de chèvres Moret à Clément, qui exploite en parallèle 160 ha de grandes cultures. Entre octobre 2020 et février 2021, les éleveurs ont emménagé dans les nouvelles installations (coût total d’1,3 M€) : 825 m² pour la stabulation, 450 m² pour la salle de traite et la nurserie, et 525 m² pour la fromagerie et la boutique.

 

Les trois bâtiments en bois sont isolés pour un meilleur confort des animaux et des personnes qui y travaillent. © Les fromages de chèvres Moret
Les trois bâtiments en bois sont isolés pour un meilleur confort des animaux et des personnes qui y travaillent. © Les fromages de chèvres Moret

Auparavant, pour la traite, plus d’une heure trente était nécessaire, matin et soir, avec 11 griffes sur un simple quai pour une centaine de chèvres. Une heure suffit désormais pour 200 chèvres grâce au roto de 42 places. Tout le lait est transformé en fromages frais et yaourts mais les cousins souhaitent développer la production de tommes pour enrichir la gamme, tout comme proposer un produit en hiver, lors du tarissement des chèvres. « Nous souhaitons aussi développer la fabrication de yaourts qui offre une meilleure valeur ajoutée, d’où notre investissement dans une empoteuse et un pasteurisateur », expliquent-ils.

La distribution de l’aliment s’est aussi modernisée avec l’achat d’un robot Méchineau qui prépare automatiquement la ration constituée de bouchons déshydratés de luzerne et de pulpes de betteraves (de Tereos où les racines sont vendues), de maïs grain, et de tourteaux de colza et soja. Du foin de luzerne, pour apporter les protéines essentielles pour un « lait de bonne qualité pour la transformation, reste la base de l’alimentation. Nous venons d’ailleurs d’investir dans des équipements de fenaison pour produire notre propre foin de luzerne », indique Bertin, qui exploite également 100 ha de grandes cultures.

Cinq salariés en appui

Depuis 2020, pour l’atelier chèvres, cinq salariés, dont deux à 80 %, se relaient sept jours sur sept et soutiennent les trois associés. « Avec l’augmentation du cheptel, nous devons nous libérer du temps pour nous professionnaliser en termes de gestion du personnel, suivi de clientèle, optimisation des livraisons tout en développant les débouchés », estime Bertin.

Dans cet esprit, la boutique à la ferme se verra prochainement enrichie de produits fermiers locaux. Les cousins envisagent aussi de développer une activité de visite de l’atelier par les scolaires notamment. Des baies vitrées ont été installées sur un pan de la fromagerie, et une aire d’exercice de 2 ha va être clôturée près de la stabulation pour que les chèvres puissent sortir afin d’être vues par les enfants.

Florence Mélix