Les races angus et hereford semblent connaître un certain succès en France. Pourquoi ?

Cela tient à leur capacité à déposer du gras facilement. Depuis trente ans, on nous demande de sélectionner des animaux très conformés, avec un fort potentiel de croissance et relativement maigres. Aujourd’hui paraît se développer une demande très ciblée sur des carcasses plus grasses et des viandes plus persillées. Le gras intramusculaire favorise effectivement la flaveur de la viande. Mais pour certains opérateurs, la race angus semble être un argument uniquement commercial.

Les races françaises peuvent-elles répondre à cette demande ?

Bien sûr. Il existe une multitude de rameaux génétiques au sein de chaque race. En limousine par exemple, la production de veaux sous la mère nécessite des souches plus précoces, qui déposent du gras plus tôt. Ce serait dommage d’oublier tout le travail qui est fait. Peut-être ne communiquons-nous pas assez sur cette diversité génétique. Nous avons tendance à être un peu caricaturaux, à associer un seul type d’animaux à chaque race. Il faut également que les opérateurs identifient clairement leurs besoins et nous en fassent part.

L’angus et la hereford peuvent-elles porter préjudice aux races françaises ?

Je ne crois pas et je tiens à préciser que la race hereford est adhérente à Races de France. C’est plutôt stimulant, ça nous oblige à nous poser des questions, à avancer sur certains sujets. Je pense notamment au développement d’un index évaluant le persillé des viandes, à l’image de ce qui existe dans les pays anglo-saxons. Nous n’avons pas à rougir de notre génétique. Nos races s’exportent partout dans le monde, ce qui prouve que beaucoup d’éleveurs apprécient leurs qualités. En 2016, par exemple, 70 % des veaux irlandais issus de mères allaitantes avaient un père limousin ou charolais. Dans ce pays, les taureaux hereford et angus ont davantages de succès en croisement laitier.

Justement, le croisement est-il amené à se développer en France ?

L’effet d’hétérosis qui découle du croisement est intéressant. La pratique peut avoir du sens dans les troupeaux laitiers. C’est en revanche beaucoup moins vrai pour les races allaitantes, car le consommateur est très sensible au lien entre une race et son terroir. Il ne faudrait pas tout banaliser.