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Dossier Vingt ans de sélection en charolais et en limousin

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Un veau sans cornes peut être porteur du gène cornu : il est hétérozygote. © M.-F. Malterre

Les organismes de sélection (OS) des deux premières races allaitantes françaises ont développé le gène sans cornes et travaillent à la diversification des lignées.

«Le gène sans cornes chez les bovins est une caractéristique naturelle », insiste Pascal Soulas, de Charolais Univers. Il ne s’agit pas d’une manipulation génétique, comme le prétendent certaines personnes mal informées sur les réseaux sociaux. En charolais, l’origine de la souche sans cornes remonterait à 1967. Dans l’élevage Jumentier, au sud de Paris, naissent les premiers « spécimens » sans cornes. Ces bêtes étaient souvent de petite taille et leurs performances de croissance plus limitées. Petit à petit, la sélection et le croisement avec différentes origines aboutissent à des reproducteurs performants. « En 2018, 17 % des animaux qui entrent en station d’évaluation sont porteurs du gène sans cornes », précise Aude Torrent, directrice technique du herd-book charolais. En limousin, 5 % des bovins de la base est porteur du gène.

En race limousine, « l’organisme de sélection (OS) (*) s’est concerté au début des années 2000 pour importer des paillettes nord-américaines », explique Sébastien Stamane, directeur technique à l’OS. La semence de Ridges et Sky force, qui avait alors été importée, était issue de croisements avec la race angus. Les taureaux étaient inscrits au herd-book américain et comportaient 93 % de sang limousin et 7 % de sang angus. Leurs filles ont donc été inscrites en section annexe au herd-book limousin. « Les sans cornes sont classés dans la catégorie "race pure" à côté des "pur sang". Les "race pure" englobent tous les animaux porteurs d’imperfections, comme une petite tache blanche sur la robe », explique Sébastien Stamane.

Certains animaux sans cornes sont parfois porteurs de petites excroissances peu développées. « Appelées scurs, elles concernent 80 % des individus porteurs d’une seule copie du gène sans cornes et surtout les mâles », indique David Beaudiment, du herd-book limousin.

Davantage de taureaux

Par croisement, tout éleveur peut obtenir une base de bêtes sans cornes sur son exploitation. « Le gène sans cornes (SC) est un caractère dominant », ajoute Aude Torrent. L’animal SC est soit homozygote, soit hétérozygote. Dans le premier cas, il est porteur de deux allèles sans cornes (PP) et dans le deuxième il porte un allèle sans corne et un allèle cornu (p). Un animal cornu est donc forcément porteur des deux allèles (p) (voir infographie). « Pour être homozygote, un animal doit recevoir le gène SC de la part de ses deux parents, précise Aude Torrent. Mais tous les animaux issus de deux parents SC ne sont pas homozygotes. Seul un test génétique permet de connaître leur statut. Le herd-book charolais propose ce test pour 30 euros. »

L’introduction du caractère dans son élevage peut se faire sans modifier sa stratégie de sélection. L’offre en taureaux sur le marché s’étoffe de plus en plus ces dernières années. « 20 % des taureaux de notre catalogue sont non-porteurs de cornes, souligne Pascal Soulas. Nous en avons dans toutes les gammes (Super naissance, Vêlage facile et Renouvellement). »

Idem en race limousine, de nombreux taureaux sans cornes sont désormais disponibles. « Il s’agit maintenant de créer de la diversité dans les lignées sans cornes pour répondre à l’augmentation de la demande, déclare Sébastien Stamane. Cela passe par la dilution du sans cornes dans les lignées "cornues". »

Pour l’instant, il n’y a que cinq à six lignées, dont celle de Trotski, un taureau provenant du Luxembourg, Sheila, descendant de Ridges, Tigris, ou Matéo, issus du catalogue allemand.

« La gestion du gène sans cornes sur son exploitation doit en tout cas s’effectuer sans oublier les autres caractères, précise Aude Torrent. Une course à l’homozygote serait une erreur. Les accouplements s’effectuent en fonction des défauts que l’on souhaite corriger. »

C’est un des objectifs de Gilbert Mazaud, qui présentait des animaux sur le foirail de Chénérailles le 25 avril. « Les bêtes sans cornes sont aussi plus vigoureuses à la naissance, observe-t-il. C’est un atout, car elles vont téter plus rapidement le colostrum. Pour autant, je n’ai pas constaté de problèmes de docilité par la suite », assure-t-il.

Obtenir des troupeaux 100 % sans cornes n’est pas un objectif. « Beaucoup d’inconnues subsistent aussi au sujet des corrélations de l’absence de cornes avec d’autres gènes. Sans compter que les cornes sont des attributs très utiles pour lutter contre la prédation », déclare Sébastien Stamane.

(*) En parallèle du groupe d’éleveurs du « Polled excellence », dont Daniel Peyrot fait partie(voir l’article précédent).

Plus de 3 500 accidentsliés aux animaux

La manipulation des bêtes est source de danger pour les éleveurs. Chaque année, plus de 3 500 accidents comptabilisés par la Mutualité sociale agricole (MSA) sont dus à un coup donné par un animal. « Une centaine est liée à un coup de cornes (*) », indique Florian Dassé, conseiller technique national en prévention à la MSA. De 12 à 14 accidents concernent les salariés, contre 88 à 90 les exploitants. « Les chiffres sont certainement sous-évalués, car tous les exploitants se soignent sans déclarer la péripétie », indiquait Didier Lamiraud, de la MSA, lors de la journée technique « sans cornes », à Chénérailles dans la Creuse.

« La fréquence des accidents ne devrait pas diminuer, malgré le recul du nombre d’exploitants et du cheptel », estime Florian Dassé. L’agrandissement des troupeaux et l’augmentation du nombre de têtes par unité de main-d’œuvre expliquent le recul du temps passé auprès des animaux par les exploitants et un risque accru de coups, sachant que les coups de pied et les ruades représentent plus de 1 600 accidents par an à eux seuls.

(*) Chiffres issus des statistiques menées sur trois années, de 2014 à 2016.

Taureau sans cornes porteur de scurs. © M.-F. Malterre
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Cet article est paru dans La France Agricole

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