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Dossier Une offre de formation rénovée pour la rentrée de 2020

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Le numérique, une compétence transverse essentielle dans les formations de demain. © Lycée La Germinière

De nouvelles compétences, plus de spécialisations et un verdissement général des formations devraient se matérialiser à la prochaine rentrée.

À l’occasion du Salon international de l’agriculture, le ministère de l’Agriculture a dévoilé les grands axes de la rénovation de l’offre de formations, qui devraient commencer à se matérialiser à la prochaine rentrée. Une enquête destinée au monde professionnel et institutionnel de l’enseignement agricole avait été lancée en début d’année. Sondages en ligne, séminaires et consultations ont fait émerger les tendances de demain. « Cette rénovation s’inscrit dans la dynamique de “L’aventure du vivant” (lire l’encadré p. 52). On veut montrer une image positive, confie Adeline Croyère, sous-directrice du service de l’enseignement technique du ministère de l’Agriculture. Ce travail servira de référentiel dans les années à venir pour la rénovation des diplômes. »

Pas de nouveaux métiers

La grande consultation lancée par le ministère, comptabilisant 250 répondants, n’a pas fait émerger de nouveaux métiers, ni de nouvelles formations. Pour autant, les professionnels soulignent l’importance des fonctions support à la production : accompagnement, conseil, audit, logistique­, vente…

Avec une offre atteignant 120 formations agricoles aux noms souvent jugés illisibles, trop longs, voire obsolètes, un travail de simplification s’impose au ministère, afin de « développer l’attractivité des diplômes agricoles, explique Philippe Poussin, secrétaire général du Conseil national de l’enseignement agricole privé (CNEAP). La multiplicité d’acronymes peu concrets rend difficile la communication auprès du public. Il faut leur donner des dénominations plus parlantes. »

Néanmoins, le ministère projette de déployer des certifications de plus courte durée pour spécialiser les jeunes en fonction des particularités du territoire mais aussi sur des sujets de niches : génie écologique, agroéquipements ou agriculture urbaine. « Un vrai enjeu avec l’urbanisation de la population et des territoires, détaille Philippe Poussin. Il en est de même avec la gestion des déchets, la dépollution ou les friches industrielles. »

Renforcer les compétences

Si aucun nouveau métier ne semble se dégager à l’issue de l’enquête du ministère de l’Agriculture, la multiplicité de compétences transverses, que demande le métier d’agriculteur, oblige à renforcer certains enseignements, dont la gestion. Les bacs professionnels sont particulièrement concernés. « Les résultats de l’enquête dressent le constat que ces formations ont une approche trop disciplinaire. Les notions d’économie gestion et la connaissance des filières ne sont pas suffisamment abordées », relate Adeline Croyère. « Les projets de vente en direct, la mondialisation des échanges et l’export, ou l’emploi de salariés nous obligent à renforcer notre socle stratégique », enchérit de son côté Marianne Dutoit, élue référente à la FNSEA. Un avis partagé par Véronique Marchesseau, secrétaire national à la Confédération paysanne, pour qui « l’autonomie de réflexion permettra d’être plus résilient au sein de sa ferme ». À la Coordination rurale, Joris Miachon, responsable de la section jeunes, pointe du doigt « la régression au niveau de la spécialisation, surtout au niveau du végétal ». Il préconise une professionnalisation toujours plus accrue des formations. Un souhait partagé par l’Unrep, fédération représentant une centaine d’établissements­ privés.

Les professionnels soulignent également l’enseignement du « vivre ensemble ». Des compétences relationnelles « utiles pour appréhender les contrôles sanitaires ou vétérinaires », selon Loïc Quellec (JA) ou « communiquer et construire l’agriculture telle que la société et les consommateurs la souhaitent », d’après Véronique Marchesseau. Des qualités nécessaires pour « expliquer notre métier, accepter la contradiction et savoir s’entourer », ajoute Marianne Dutoit, insistant sur l’intérêt du travail en collectif. Si l’agriculture innove, l’accès au numérique et aux nouvelles technologies est primordial, selon l’élue FNSEA. « La dématérialisation, les outils d’aide à la décision, ce sera notre quotidien demain », explique-t-elle. « La formation doit s’adapter aussi aux nouvelles technologies, souligne Loïc Quellec. Maintenant, on ne conduit pas un tracteur comme il y a dix ans. »

L’élan agroécologique

En 2020, avec un deuxième plan du ministère de l’Agriculture en faveur de la transition agroécologique, celui-ci se donne l’ambition d’intégrer le bien-être animal et l’agroécologie dans tous les projets d’établissements et de former les équipes éducatives et pédagogiques à ces nouveaux référentiels. « Il faudra sans doute garder une partie technique dans les formations mais aussi s’ouvrir pour qu’elles répondent aux attentes sociétales et à celles des jeunes », estime Roland Grimault, directeur de l’Union des maisons familiales rurales (MFR). « Le métier évolue pour répondre aux enjeux environnementaux. Il est nécessaire d’opérer ce virage, précise Véronique Marchesseau. Plus nous serons aptes à le prendre, moins cela sera difficile. La formation initiale doit permettre d’y répondre. » Marianne Dutoit complète : « Le changement climatique est un vrai défi. Les solutions pour être plus résilients sont propres à chaque territoire. Cela oblige à faire évoluer les compétences et à les territorialiser. »

Alexis Marcotte, Alessandra Gambarini

Près de 70 000 diplômés en agriculture en 2019

L’enseignement agricole, sous tutelle du ministère de l’Agriculture, comptait, pour l’année 2019, 68 459 diplômés répartis comme suit :

• bac professionel : 21 793 ;

• Bepa : 20 998 ;

• BTSA : 11 204 ;

• Capa : 7 823 ;

• bac technologique : 4 768 ;

• bac S EAT (écologie, agronomie et territoire) : 1 870.

L’enseignement agricole cherche ses « aventuriers »

Pour attirer davantage de jeunes à se tourner vers l’enseignement agricole, le ministère de l’Agriculture a lancé une campagne de communication, appelée « L’aventure du vivant », au début de l’année 2019.

Après un an de déploiement sur différents réseaux sociaux, cette action a pris un nouveau virage lors du Salon international de l’agriculture en février dernier, avec le lancement sur les routes d’un imposant bus orange. Dans un espace de conférences, les visiteurs pourront discuter avec des enseignants agricoles, voire des agriculteurs, de façon à peaufiner leur orientation. Le ministère se fixe comme objectif d’intéresser au moins 4 800 élèves durant son trajet, y compris dans les quartiers urbains sensibles.

Interview
« Apprendre à gérer un site de méthanisation » Carine Dumas-Larfeil, formatrice au CFPPA de la Dordogne

Comment est née cette nouvelle formation permettant de devenir chef d’une unité de méthanisation ?

L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) recense depuis plusieurs années une forte demande de la part des exploitants et des porteurs de projets d’embaucher des salariés­ formés. Un certificat de spécialisation Responsable d’une unité de méthanisation agricole (CS Ruma) a donc été ouvert en 2019-2020.

Pour la rentrée 2020, cette formation sera proposée par le CFPPA (1) de Périgueux (Dordogne), de Bar-le-Duc (Meuse), de Laval (Mayenne), de Montbrison (Loire), de Pontivy (Morbihan) et par l’Ireo (Institut rural d’éducation et d’orientation) des Herbiers (Vendée). La voie de l’apprentissage sera possible dans certaines écoles. Ce diplôme permet de prétendre à des postes de responsable de site de méthanisation ou à des missions plus spécialisées au service d’une unité.

Quel est son contenu ?

Cette formation, destinée aux titulaires d’un BP, bac, bac pro ou BTS agricole, se déroule pendant douze semaines en centre et au moins autant en stage. La formation se veut très concrète grâce aux interventions de beaucoup de professionnels et également grâce au méthaniseur en place sur le site de l’EPL du Périgord. À Pontivy, il sera mis en service en 2020 et des projets sont à l’étude dans d’autres établissements.

La formation est construite en trois blocs de compétences. Le premier est consacré à la gestion des flux d’entrée et de sortie du digesteur. Le deuxième vise le fonctionnement du méthaniseur, et le dernier se concentre sur le pilotage de l’unité. Chaque bloc peut être acquis de manière indépendante sur plusieurs années si besoin. Le diplôme sera obtenu à la validation des trois blocs.

Propos recueillis par Florence Mélix

(1) Centre de formation professionnelle et de promotion agricole.

Accompagner la transition à l’AB

Le territoire national accueille plus de 120 formations en agriculture biologique, dont la licence professionnelle ABCD.

L’engouement pour l’agriculture bio n’est plus à prouver. D’après le réseau d’agriculture biologique de l’enseignement agricole Formabio, les filières les plus représentées dans l’enseignement sont le maraîchage, la polyculture-élevage puis la viticulture-œnologie. Rattachée à l’université Clermont Auvergne et VetAgro Sup, la licence pro ABCD (agriculture biologique : conseil et développement) accueille depuis 2008 une centaine d’étudiants pour les former à l’accompagnement dans la production bio. Conseils et animations aux producteurs, développement des filières, audit ou déploiement technico-commercial, cette licence a la particularité d’être dispensée dans huit sites ayant leurs propres spécificités (viticulture, élevage, grandes cultures) et leur exploitation conduite en agriculture bio. Le statut des apprenants, majoritairement issus de BTS, est varié : 50 % sont en apprentissage, 37 % en formation continue et 13 % en formation initiale. Les 16 à 32 semaines de stage en organismes certificateurs, structures de conseils ou chez les producteurs les amènent à « côtoyer leurs pairs », souligne Boris Fumanal, responsable universitaire du diplôme.

Bon taux de réussite

Arthur témoigne, il fait un stage en ferme maraîchère avec un magasin de vente. Il étudie la faisabilité technico-économique pour l’installation d’une serre, de quoi se créer un bon réseau. Boris Fumanal explique que « bien qu’ils soient minoritaires, certains élèves s’installent après un emploi de salariés agricoles ». La formation réalise de bons taux de réussite, 77 % des étudiants sont insérés six mois après leur sortie. Deux nouveaux sites à Angoulême et à la Réunion verront prochainement le jour.

A.G.

Les élèves auprès d’une plate-forme d’approvisionnement pour de la restauration collective en produits bio. © A. Arnaud-Dupont
Cultiver en milieu urbain

À 15 minutes du cœur de Paris, l’école du Breuil accueille le BPREA « Fermes agroécologiques urbaines et périurbaines ».

Voilà trois ans que l’École du Breuil accueillait la Sil (spécialisation d’initiative locale), option agriculture urbaine et périurbaine impulsée par la mairie de Paris. Sur les 40 élèves ayant suivi la formation, 16 ont entamé des démarches pour s’installer en milieu urbain, périurbain, voire rural. « Nous remarquons un glissement vers l’installation en milieu rural au cours de la formation, constate Simon Ronceray, co-coordinateur du diplôme. Ce qui conduit progressivement à une ouverture sur les enseignements que nous proposons. » La formation ouvre à des compétences très transverses : agroécologie, travail en collectif, gestion des déchets organiques, accueil à la ferme…, qui répondent aussi bien à un projet d’installation urbain que rural.

Depuis le début de l’année, deux promotions de 24 élèves suivent le nouveau BPREA « fermes agroécologiques urbaines et périurbaines ». Une formation de presque un an, qui offre aux futurs diplômés la capacité professionnelle agricole nécessaire pour obtenir la dotation jeune agriculteur lors de l’installation et permet « la reconnaissance de nos pairs », complète Simon Ronceray. Trois semaines de stage sont obligatoires en milieu (péri) urbain. « Nous tenons aussi à ce que nos élèves puissent expérimenter les techniques hors-sol », explique-t-il. Les élèves s’essayent à la production de champignons, d’insectes, de fleurs coupées, de plantes aromatiques, à l’aquaculture, mais aussi au maraîchage, à l’arboriculture et bientôt à l’élevage avicole. Autant de sources de diversifications qu’ils pourront mettre à profit une fois installés. Une aubaine pour cette région qui accueillait jusqu’alors seulement deux centres de formations pour BPREA alors que la demande ne cesse de croître.

A. Gambarini

3 000m² du site sont réservés aux étudiants pour expérimenter différentes cultures. © a.gambarini
Interview
« Le numérique répond aux besoins agricoles » Marc Faudeil, directeur général de l’Isen Yncréa Ouest

Comment l’Institut supérieur de l’électronique et du numérique (Isen) de Brest, établissement privé sous contrat avec le ministère de l’Enseignement supérieur, en est-il venu à s’intéresser à l’agriculture ?

Notre mission est de répondre aux besoins des acteurs économiques quels qu’ils soient. Il y a trois ans, la chambre départementale d’agriculture du Finistère est venue nous voir et nous a demandé de réfléchir à une formation pour ceux qui veulent reprendre une exploitation, avec une application du numérique. Nous avons notamment construit dans notre établissement une serre connectée. Nous avons audité une trentaine de personnes, politiques et professionnels, comme Eureden, le Crédit agricole et le Crédit mutuel Arkéa. Nous ne connaissions pas l’agronomie. Nous avons travaillé avec l’école d’ingénieurs de l’ISA à Lille pour coconstruire le programme et pour le recrutement des enseignants ainsi que les cours. Nous ouvrons donc, à la rentrée prochaine, un cursus post-bac dédié à la biologie, à l’agronomie, aux sciences et aux technologies (Biast). À l’issue de ce cycle, les étudiants pourront se diriger en quatrième et en cinquième année vers le domaine professionnel « agriculture et numérique », permettant d’obtenir un diplôme d’ingénieur de spécialité.

L’enseignement de compétences numériques est-il vraiment « un plus » ?

Oui, il valorise le salaire de nos jeunes ingénieurs par rapport à ceux qui sortent d’une école d’agriculture classique de l’ordre de 10 000 euros annuels supplémentaires en moyenne. Pour ceux qui s’installent, ils pourront intégrer plus facilement des notions numériques et d’électronique, comme dans n’importe quelle entreprise.

Propos recueillis par Alexis Marcotte

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Cet article est paru dans La France Agricole

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