Plus que de longévité « brute », Frédéric Lepoint, responsable génétique holstein chez Gènes diffusion, préfère parler de « longévité productive. Si l’on considère la quantité de matière utile produite moyenne par carrière, les vaches prim’holsteins n’ont pas leur égal », appuie-t-il.

Une « sprinteuse »

Néanmoins, d’après les résultats 2019 du contrôle laitier, la première race laitière­ française peine à cumuler les lactations : seules 36,7 % des lactations qualifiées correspondent à un rang supérieur ou égal à trois. Un résultat proche des normandes, mais bien éloigné des races plus tardives : 47,3 % pour les montbéliardes et 51,7 % pour les abondances.

« Si l’on s’intéresse à la production laitière par jour de vie, alors le palmarès change, explique Frédéric Lepoint. La prim’holstein peut produire deux fois plus de lait en deux fois moins de lactations par rapport à certaines races. On compare un sprint à un marathon. » Pour le responsable, le temps nécessaire à l’amortissement du renouvellement est ainsi tout relatif. « Le coût d’élevage s’établit entre 1 300 et 1 600 € par génisse. On ne le rentabilise pas en une lactation, c’est certain, mais il n’est pas non plus gagnant de faire vieillir si la production par jour de vie s’effrite. »

Miser sur la santé

Sur le terrain, la moindre longévité des prim’holsteins pourrait également s’expliquer par les stratégies adoptées par les éleveurs. « Son potentiel est clairement sous-estimé. Il n’est pas indispensable de recourir au croisement pour gagner en robustesse, indique Frédéric Lepoint. Il suffit simplement d’aller au-delà de l’ISU et d’affiner son choix de taureau sur des caractères précis. Un index de moindre niveau en lait est souvent tabou. Mais il faut garder à l’esprit que l’indexation se fait intra-race et que la moyenne est très élevée en holstein. Miser sur les caractères de santé, de morphologie et sur les fonctionnels peut être plus avantageux, notamment sur un système herbager, qui ne peut suivre le niveau d’exigence de vaches à plus de 10 000 kg de lait par an. » L’index longévité pèse pour 5 % de l’ISU de la race. « Il s’agit d’un index de corrélation, et non d’un index génomique, précise l’expert. Il y a encore du travail à faire pour gagner en précision. »

En ce qui concerne les lacunes de la race sur la reproduction, première cause de réforme, Frédéric Lepoint se dit confiant car « le schéma de sélection est assez puissant pour corriger le tir. »

Ne pas les « pousser »

À Pont-Scorff, en Bretagne, Anthony Kervorgant conduit un troupeau de 65 vaches laitières de race prim’holstein. Avec un rang de lactation équivalent à 3,5 et un âge à la réforme supérieur à 7 ans en moyenne, l’élevage est bien au-dessus des niveaux enregistrés dans le Morbihan. « Je ne cherche pas à pousser la productivité des laitières, ni la croissance des génisses, qui vêlent entre 24 et 30 mois en fonction de leur croissance, explique Anthony. L’objectif premier est de s’adapter aux fourrages disponibles pour contenir le coût alimentaire. »

Ainsi, l’éleveur axe sa sélection sur le gabarit et les aplombs « pour valoriser l’herbe au maximum et maintenir le capital santé des vaches. » Il accorde également un soin particulier à l’entretien des chemins d’accès aux pâtures. « Les sortir régulièrement permet d’entretenir les pattes, mises à rude épreuve sur un système avec logettes et béton comme le mien », ajoute Anthony, qui dispose d’une cage de parage en cas d’urgence.

Si la production laitière s’élève à 8 700 kg/tête, contre une moyenne nationale à 9 300 kg, le coût alimentaire aux 1 000 litres oscille entre 40 et 60 €. « On s’y retrouve économiquement », estime finalement Anthony.

Un juste équilibre

Avec une bonne longévité, un taux de renouvellement de 25 % suffit à pérenniser le troupeau. « La moitié des vaches sont inséminées en race pure, sans sexage ni génotypage, pour assurer la relève. Les autres le sont en croisement avec des races allaitantes, avec des produits valorisés 6 €/kg de viande auprès d’un agriculteur-boucher voisin. »

Autre secret de la longévité : être conciliant. « Si on est trop exigeant, alors les réformes pleuvent », affirme l’éleveur. Au sein de l’exploitation, il n’est pas rare de conserver des vaches à trois trayons « tant qu’elles produisent 6 000 ou 7 000 kg à l’année. »

« On peut gagner en robustesse sans passer par le croisement laitier », souligne Frédéric Lepoint, responsable génétique holstein chez Gènes diffusion. © V. Guyot