Prenez 27 700 m³ de lisier et 14 000 tonnes de fumier par an. Ajoutez-y 4 000 t de plantes énergétiques, 1 000 à 2 000 t de gazon et différents résidus organiques d'origine industrielle ou domestique. Mélangez chaque jour environ 130 m³ de ces matières et répartissez-les dans trois digesteurs de 1 000 m³ chacun, étanches à toute intrusion d'air et dans lesquels la température est portée à 38 °C. Laissez fermenter durant 25 jours environ, puis transférez le produit dans trois postdigesteurs de même contenance, chauffés à 55 °C. Il en sortira 25 jours plus tard un digestat avec une valeur fertilisante supérieure à celle d'un lisier classique (4 kg d'azote par m³), mais aux odeurs largement atténuées. Il sortira surtout de l'installation environ 5 800 m³ de biogaz par jour, soit un peu plus de 2 millions de m³ par an.

Alimentez avec ce biogaz trois moteurs thermiques couplés à des génératrices. Vous obtiendrez chaque année 4,56 millions de kWh d'électricité et 5,6 millions de kWh sous forme de chaleur, récupérée dans les circuits de refroidissement et d'échappement des moteurs.

Voici la recette qu'applique depuis septembre dernier un groupe de vingt-neuf agriculteurs luxembourgeois, situés à Redange.

Leur installation est, en de nombreux points, comparable aux centaines d'autres déjà en service dans les pays du nord de l'Europe.

Le projet a demandé un investissement de 5 millions d'euros. Il a bénéficié d'une aide du ministère de l'Agriculture à hauteur de 55 %, le Luxembourg s'étant fixé pour objectif à l'horizon 2010 de produire 10 % de ses besoins en électricité à partir d'énergies renouvelables. Chacun des agriculteurs a apporté une contribution de 4 000 ? et le reste des dépenses a été couvert par un emprunt bancaire. Du côté des recettes, la coopérative vend l'électricité 0,1023 ? le kWh, un prix attractif motivé par la volonté gouvernementale de promouvoir les énergies renouvelables. La chaleur issue de la cogénération sert à réchauffer la matière dans les digesteurs et postdigesteurs. L'excédent, soit 3,5 millions de kWh, est commercialisable. Une canalisation souterraine, longue de 800 m, permet de chauffer la piscine de Redange et un hall de sport. La coopérative a aussi fait une offre pour chauffer un établissement scolaire en cours de construction. La quantité de chaleur qu'elle peut vendre équivaut à celle fournie par 350 000 l de fuel. Le prix de la chaleur, fondé sur celui des carburants fossiles, est fixé à un minimum garanti de 0,03 ?/kWh. Toujours au chapitre des recettes, figure la participation de 25 à 30 ?/t que la coopérative demande aux collectivités et aux particuliers pour les gazons et les matières organiques qu'ils apportent. Selon les calculs prévisionnels, moins de dix ans suffiront à la coopérative pour obtenir son retour sur investissement.

Le projet a permis de créer deux emplois. Un salarié est occupé sur le site à l'alimentation des digesteurs, qui fonctionnent en continu et se déchargent par gravité.

Aucune manutention de matière n'est donc nécessaire entre les différentes cuves. Un chauffeur assure avec un camion-citerne de 19 m³ l'enlèvement des lisiers chez les éleveurs et l'acheminement des digestats vers treize sites de stockage, proches des zones d'épandage. Grâce à cette organisation, le camion ne roule jamais à vide.

L'installation de Redange a fait des émules auprès d'agriculteurs et de collectivités : quatre projets similaires sont en cours d'élaboration dans un proche périmètre.