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Dossier Un suivi indispensable pour les nouveaux installés

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Sébastien a monté un groupe de travail avec d’autres jeunes après s’être installé en 2011. © Cédric Faimali/GFA

Les premières années peuvent être cruciales : 15 % des jeunes installés décident de cesser leur activité dans les cinq ans.

Emilie, éleveuse ovine dans l’Indre-et-Loire, confie : « On est très encadré lors d’une installation. Mais une fois que c’est fait, on est tout seul. » Un suivi minimum est néanmoins obligatoire pour les jeunes qui ont touché des aides.

Service minimum

Depuis 2015, les chambres d’agriculture et les directions départementales du territoire assurent deux contrôles post-installation. Un premier à mi-parcours, en deuxième année, permet de s’assurer du bon respect du plan d’entreprise et, le cas contraire, de faire le point sur les avenants à rédiger pour s’y conformer. Le contrôle de fin de plan d’entreprise est réalisé, quant à lui, en fin de quatrième année. Il conditionne le versement du solde des aides à l’installation et peut amener à la déchéance totale ou partielle de la dotation jeune agriculteur en cas de non-respect des engagements.

Pour ceux qui s’installent en dehors du parcours à l’installation aidée, aucun contrôle n’est imposé. Des profils qui « frisent l’isolement », selon Emilie, dont nombre de ses collègues ne sont pas passés par le dispositif.

Une période critique

Les données MSA, traitement ODR (Observatoire du développement rural) Inrae, montrent que 15 % des jeunes installés cessent leur activité d’ici la fin de la cinquième année d’installation. Pour les plus de 40 ans, seuls 76 % des installations se maintiennent jusque-là. L’accompagnement au démarrage et tout le long de la carrière est nécessaire, comme l’explique Alexandre, installé depuis 2011 en élevage laitier dans la Sarthe. « Toute compétence qui manque dans l’accompagnement, c’est du chiffre d’affaires en moins pour le jeune dans ses premières années », résume-t-il.

Le Cerfrance Terre d’Allier a conçu, en partenariat avec la chambre d’agriculture départementale, un protocole de suivi technico-économique spécifique pour les nouveaux installés. « C’est un dispositif pertinent, assure Patrice Girard, responsable au Cerfrance Terre d’Allier, car les premières années sont souvent les plus périlleuses. »

Un recul nécessaire

« Après l’installation, on fait une indigestion de l’administratif, on a envie de décrocher. C’est seulement à partir de la deuxième ou troisième année que l’on a le recul nécessaire sur l’environnement de l’exploitation et sur nos difficultés, explique Sébastien, céréalier depuis neuf ans en Seine-et-Marne. C’est à ce moment-là que nous avons besoin d’un accompagnement pour envisager tous les leviers d’amélioration. » Un recul et une maturité que Natalie Maurs, coach d’entreprise pour la chambre d’agriculture du Tarn, juge indispensables pour envisager une première réflexion sur la gestion de l’exploitation.

« Humainement, c’est important de sentir que l’on est entouré et d’éviter l’isolement en cas de difficultés », estime Emilie. La jeune agricultrice a pu profiter du tutorat d’un autre éleveur rencontré par le réseau Adear (Association pour le développement de l’emploi agricole et rural) pour la conseiller et l’accompagner dans ses premières années, notamment lorsque la pression parasitaire a brutalement augmenté sur le troupeau. Un soutien « bénéfique en cas de difficultés techniques ou économiques », raconte-t-elle.

Pour Sébastien, travailler et côtoyer ses pairs a été et reste essentiel pour progresser. D’ailleurs, après son installation, c’est avec d’autres collègues récemment installés qu’il décide de se réunir pour échanger, comparer ses résultats économiques et travailler à les améliorer. Dans la Mayenne, ce sont les jeunes installés qui sont à l’initiative des journées collectives post-installation portées par la chambre d’agriculture départementale (lire « Les participants échangent sur leur vécu et leurs projets »).

Les participants échangent sur leur vécu et leurs projets

Depuis quelques années, la chambre d’agriculture de la Mayenne propose aux nouveaux installés un « suivi installation » non obligatoire. Dès la fin de la première année, une visite individuelle est programmée avec un conseiller pour poser un premier diagnostic, s’assurer du suivi du plan d’entreprise (PE) et identifier les problèmes s’il y en a. Deux journées collectives entièrement gratuites sont également organisées. Tous les participants à une même session de stage préparatoire à l’installation sont invités à se retrouver pour une journée, un ou trois ans après.

La matinée en salle permet d’échanger sur l’installation, les projets, ou les différentes expériences vécues par chacun. « Les langues se délient, les participants se confient les uns aux autres, explique Isabelle Hayau, conseillère d’entreprise et animatrice de ce type de journée. Échanger sur leur vécu entre jeunes installés, discuter, ça leur fait du bien. » L’après-midi, le groupe est invité à visiter l’exploitation d’un des participants.

La chambre d’agriculture organise également d’autres événements collectifs durant lesquels tous les installés de l’année se retrouvent pour échanger sur un thème et pour une visite d’exploitation sur le sujet de leur choix (méthanisation, stockage des céréales, production de viande bovine…). Environ la moitié des installés participent à ces journées post-installation. « Les retours sont positifs. Les jeunes demandent à se retrouver encore cinq ans après leur stage préparatoire à l’installation, la chambre d’agriculture y travaille », confie Isabelle Hayau.

Interview
« Un contact systématique quelques années après l’installation pourrait être bénéfique » Natalie Maurs est conseillère d’entreprise et coach à la chambre d’agriculture du Tarn.

Quelles sont vos missions ?

J’accompagne les agriculteurs en situations complexes. Ma mission est de transformer un problème en projet, de dénouer les points de blocage que l’agriculteur peut difficilement voir. Je pose un diagnostic lors du premier rendez-vous. Ensemble, nous définissons la problématique et ce que veut la personne, les solutions envisagées et les étapes. Nous voyons se dessiner les points de blocage que nous levons peu à peu.

Quel type de profils recevez-vous ?

Ce ne sont que très rarement des jeunes installés. Il y a des âges où l’on se pose moins de questions. Les quelques jeunes que je reçois auraient aimé me rencontrer avant, au moment de leur installation et dans leurs premières années. Cela aurait pu les aider à prendre des décisions et à les relativiser. Je pense qu’un accompagnement pourrait être préconisé aux jeunes qui s’installent pour détecter des situations à risque et éviter de les revoir plus tard quand rien ne va plus.

Quel est le principal frein pour que les jeunes viennent à vous ?

L’information. Les jeunes qui s’installent ne connaissent pas forcément le service proposé par le coach. Un contact systématique au bout d’un certain nombre d’années après l’installation pourrait être bénéfique. À 30 ans, un jeune a la maturité requise pour profiter d’un accompagnement.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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