Cunlhat (1.300 habitants) se situe à une cinquantaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, au flanc des monts du Livradois, dans le Puy-de-Dôme. En 2001, ses habitants choisissent pour maire un ébéniste d'art, Jean Bernard. De sa rencontre avec Fabiola Govare, sculptrice et peintre, va naître l'idée d'essayer de dynamiser le centre, en y accueillant divers artistes. «Nous avons recherché des acheteurs pour des maisons et des magasins fermés, explique le premier magistrat. Grâce au site internet de la mairie (1) et via des parutions dans des médias spécialisés, nous avons reçu beaucoup de demandes... De mon côté, j'ai joué les intermédiaires: les propriétaires qui me faisaient confiance me laissaient leurs clefs pour organiser les visites. En l'espace de deux ans, nous avons ainsi facilité la vente d'environ 880.000 € de biens immobiliers.»

Résultat: aujourd'hui, un musée du Son, plusieurs peintres et sculpteurs, un artiste plasticien, un ébéniste, un maître verrier sont établis dans la commune. Geneviève Penloup-Gratien, peintre, coloriste et décoratrice de bande dessinée, et son époux Eric, qui est scénariste, ont quitté Paris pour Cunlhat, il y a trois ans. Notamment parce que les loyers de la capitale commençaient à leur peser. «Ici, confie Geneviève, c'est bien pour nos enfants, qui peuvent pratiquer beaucoup d'activités "nature". Mais les transports ferroviaires sont parfois peu pratiques et il faut ponctuellement travailler à l'extérieur... Quand j'ai par exemple accepté d'être la chef décoratrice du film d'animation "U", qui dépeint l'amitié entre une licorne et la princesse Mona, j'ai dû me rendre toutes les semaines durant huit mois à Angoulême.» Du coup, si cette artiste juge positive son actuelle installation à Cunlhat, elle ne sait pas non plus où elle résidera dans dix ans...

«Aucun artiste ne peut vivre uniquement de la campagne, assure Fabiola Govare, qui a travaillé de concert avec la mairie pour assurer l'accueil des premiers candidats. S'ils viennent à Cunlhat, c'est pour pouvoir travailler dans un vaste atelier et pour jouir d'un environnement détendu. Il leur faut donc en parallèle cultiver leurs réseaux déjà constitués dans les grandes villes, vendre dans des galeries, continuer à sortir, à fréquenter des expositions...» Comme les échanges sur l'internet sont également incontournables, le maire a fait un véritable lobbying afin d'obtenir l'arrivée de l'ADSL. C'est chose faite depuis octobre 2004.

Depuis, une entreprise familiale de création de sites et de formation à distance en informatique s'est installée à Cunlhat, divers commerces se sont implantés au bourg: une couturière, un magasin de décoration... En revanche, le maire avoue «un petit échec» dans sa tentative de séduction d'artisans tels que maçon ou menuisier. A l'avenir, il souhaiterait aussi que les artistes se structurent davantage en formant une association active et qu'ils ouvrent leurs ateliers à la visite certains dimanches, afin de créer plus d'animation.

En définitive, si cette politique de développement local comporte encore des défis à relever, elle a d'ores et déjà apporté du dynamisme, permis l'arrivée d'enfants dans les écoles. Elle fait aussi planer un souffle artistique sur Cunlhat. Noélie Blanc-Garin, devenue directrice de la résidence d'artistes «Le Collombier» (1), explique que «les enfants peuvent choisir une option "arts plastiques" au collège. Certains d'entre eux aident également les artistes à créer leurs oeuvres lors de notre festival des chantiers d'art, chaque dernière semaine de juillet».

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(1) Pour tout savoir, sur cliquez sur www.cunlhat.com et www.lecollombier.com .

par Chantal Béraud (publié le 15 décembre 2006)