Quand elle est bien pensée, la cogénération peut présenter un rendement énergétique très intéressant. La clé est de valoriser la chaleur autant que possible. C’est cette idée qui anime Bruno Calle, l’un des trois associés de la SCEA des Moulins de Kerollet, à Arzal (Morbihan).

L’unité de méthanisation est active depuis 2012. Au début, il y avait un moteur de cogénération d’une puissance de 350 kWe (kilowatts électriques), bridé à 250 kWe. Pour suivre les augmentations de taille du troupeau, aujourd’hui à 200 vaches laitières, et la quantité d’intrants, un deuxième moteur de 350 kWe a été mis en fonctionnement en 2017. « Depuis huit ans, le site a injecté un cumul d’environ 30 millions de kWh électriques, constate Bruno, et plus de 25 millions de kWh thermiques ont été valorisés, en plus du chauffage de la cuve de digestion. » Aujourd’hui, entre 10 et 12 % de la chaleur sert ce process et environ 80 % est valorisée grâce au séchoir conçu par les associés.

Six fauches par an

Un ventilateur de 100 000 m3/h et une dalle de séchage « made in Kerollet » dissipent la chaleur des moteurs. L’objectif pour les associés est de la valoriser au maximum. « Cela correspond à 15 000 kWh d’énergie thermique par jour, précise Bruno. Ce qui équivaut à l’évaporation de 7 à 10 tonnes d’eau, selon l’hygrométrie. » La principale utilité de cette dalle, au volume utile de 200 m3, consiste à sécher des fourrages. Les prairies de fauche, qu’il s’agisse de mélanges ray-grass - trèfles ou de luzerne, sont fauchées en moyenne six fois par an. « Quand la pousse est bonne, nous effectuons une coupe tous les 20-25 jours. »

Qualité plutôt que quantité­ des fourrages

Les fourrages sont généralement récoltés 48 heures après la fauche et les feuilles de légumineuses sont préservées. La coupe se fait à une hauteur correspondant au pâturage. « Nous favorisons la qualité plutôt que la quantité », souligne Bruno. Un peu plus de 2 tonnes de matière sèche sont ainsi récoltées par fauche, soit 12 à 14 tonnes par hectare sur l’année. Le tout n’est fertilisé qu’avec du digestat. La luzerne atteint des valeurs alimentaires très intéressantes « entre 18 et 23 points de MAT (matière azotée totale), sourit l’éleveur. Nous avons ainsi diminué de 30 % nos achats de concentré, pour une production laitière identique. »

La dalle de séchage mesure 6 m par 15 m. La grille qui laisse passer l’air a été fabriquée à la ferme. En plus des fourrages, la SCEA sèche 1 500 à 2 000 t de plaquettes et occasionnellement du maïs. © B. Calle