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Dossier Un pas vers la protection intégrée

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Même sur variétés sensibles et semis précoces, l’application du T1 (stade 2 nœuds) n’était pas valorisée dans les conditions de 2020. © Christian Watier

Pour répondre aux objectifs environnementaux et économiques, Arvalis combine, dans ses essais, agronomie, chimie et biocontrôle.

«À l’écoute de la pression sociétale, les agriculteurs bougent : l’adaptation est en cours !, estime Claude Maumené, chez Arvalis. Il faut donc les accompagner au changement grâce aux pratiques qui vont avec. » C’est pourquoi, dans le cadre de la protection intégrée, l’institut a mis en place des essais avec la volonté de combiner différents leviers : date de semis, résistance variétale, biocontrôle et outils d’aide la décision (OAD).

Il ressort que dans le contexte de l’année 2020, il y avait un gros risque à retarder ses dates de semis pour ne rien gagner au final en termes de protection et avoir une perte de potentiel de - 12 à - 13 q/ha. S’il y a, par ailleurs, plus à gagner à traiter une variété sensible qu’un blé qui l’est peu, en 2020 le résultat économique est resté équivalent. Il n’y a pas eu en revanche de valorisation du T1 (1-2 nœuds) même sur variétés sensibles et en cas de semis précoce.

« Sauf peut-être sur variétés sensibles en semis précoce, il n’y avait pas franchement de bénéfices à protéger au-delà de l’épiaison (T3 : début floraison) en 2020 », complète Claude Maumené­.

Encore trop tôt pour le tout biocontrôle

Quant aux OAD (voir l’encadré) - ici c’est Septo-LIS qui a été testé - il ressort que techniquement il n’y a pas de gros écarts. Mais au niveau économique, l’avantage est plutôt à cet OAD qui fait en moyenne moins intervenir qu’un programme de référence classique à trois traitements. « Le programme Septo-LIS a ainsi conseillé l’impasse au T1 presque systématiquement, même sur variété sensible », ajoute Arvalis.

Enfin à la question : était-il concevable de faire du tout biocontrôle ? Arvalis répond que le 100 % n’est pas encore d’actualité. Et si effectuer quatre applications a été proche d’un emploi unique conventionnel en T2 (dernière feuille étalée à gonflement) sur variétés peu sensibles, il a été économiquement déclassé ! « L’idée n’est pas de disqualifier le biocontrôle. Il garde sa place aujourd’hui au T1 quand il est nécessaire », ajoute le spécialiste.

C’est d’ailleurs là qu’il a été utilisé avec des spécialités à base de soufre très largement employées. Ainsi, avec 250 000 ha sur blé tendre, les utilisations de soufre, au T1 principalement, ont baissé (300 000 ha en 2019). Mais dans un contexte de recul de 30 % de ce marché, on peut estimer que son emploi s’est quasiment maintenu. Sachant que 1 million d’ha a encore été traité avec du chlorothalonil (dernière année d’utilisation en 2020), il est possible qu’en 2021 cette surface soit pour partie substituée avec du soufre.

L’institut précise pourtant que le marché du biocontrôle présente un nombre de solutions limité en grandes cultures. Ainsi, Échiquier (hydrogénocarbonate de potassium), nouvellement arrivé, n’est, selon Arvalis, « pas convainquant sur fusariose des épis ». Quant aux phosphonates de potassium, testés depuis plusieurs années par l’institut, ils ne sont pas attendus avant 2021, pour une utilisation en 2022. « Vacciplant GC, et surtout le soufre, restent donc les seuls et presque uniques contributeurs de la dynamique du biocontrôle sur blé tendre (hors traitement de semences et anti-limaces) », juge Arvalis.

Impasse au T1

Pour la prochaine campagne, on notera que le chlorothalonil, mais aussi le propiconazole, l’époxiconazole et le fenpropimorphe ne pourront plus être utilisés. Quant au mancozèbe et au thiophanate-méthyl, qui seront interdits début 2021, ils étaient très peu employés sur blé. En ce qui concerne les recommandations, Arvalis conseille de ne pas faire de T1 sur blé sauf s’il y a de la rouille jaune précoce et si le modèle OAD le conseille, soit en présence de variétés sensibles et si la séquence climatique est favorable aux contaminations de septoriose. Si une application est nécessaire, il faudra opter pour des triazoles associés à un produit de contact.

Alterner les triazoles

L’institut rappelle que pour le T2, « les SDHI (carboxamides), les QiI (picolinamides) et/ou les QoI (strobilurines) trouvent leur place en complément des IDM (triazoles) ». Quant au T3, il est conseillé d’éviter l’azoxystrobine mais d’employer plutôt Fandango S ou un triazole anti-fusarium seul ou associé (tébuconazole, metconazole, bromuconazole et prothioconazole). À ce sujet, rappelons que le prothioconazole peut désormais être mélangé. « Une des conséquences pratiques sera la possibilité de mélanger prothioconazole + metconazole pour un usage au T3 contre les maladies de l’épi », explique Arvalis. Mais la molécule pouvant aussi être employée en T1 et T2, l’institut juge « que la pression de sélection pourrait s’accroître et accélérer la progression des souches de septoriose qui lui résistent ».

Ainsi, comme chaque année et afin de minimiser le risque d’apparition de résistances (lire l’encadré ci-dessus), l’institut réitère ses conseils. C’est-à-dire de limiter le nombre d’applications, ainsi que l’usage des Qol et SDHI à un seul par saison. Cette dernière famille devant systématiquement être associée à d’autres modes d’action (triazole, picolinamides, multisite...). Il faudra aussi diversifier les modes d’action et substances actives au sein d’un même mode. Il n’est donc pas recommandé d’employer le même triazole plus d’une fois par saison.

Les OAD faciles d’emploi

« Les outils d’aide à la décision (OAD) sont aujourd’hui accessibles et facile à mettre en œuvre, juge Arvalis. Ils permettent de faire des impasses. » Ils font d’ailleurs l’objet d’une fiche CEPP (certificat d’économie de produits phyto). Parmi ceux disponibles pour raisonner les traitements fongicides sur céréales : Septo-LIS (Arvalis), Xarvio Field Manager (BASF), Avizio (Syngenta)… Ils établissent le risque à la parcelle, à une date donnée, pour chacune des maladies (septoriose et parfois rouilles, piétin verse et oïdium) mais aussi évaluent ce risque prévisionnel, souvent à 5 jours. Pour cela, ils intègrent les données météo ainsi qu’agronomiques (variété, date de semis, type de sol, précédent cultural...).

Analyser et tester les molécules reste d’actualité

Dans un contexte de réduction voire de suppression à moyen terme de l’emploi des produits phyto, pourquoi continuer à s’intéresser aux résistances ? « Nous faisons le pari qu’on aura encore besoin de phytos quelques années, estime Claude Maumené, chez Arvalis. Donc se préoccuper de la pression qu’on exerce sur les populations avec les molécules dont on dispose demeure utile. Le sujet reste d’actualité dans la mesure où plus les produits seront efficaces, moins on aura besoin d'y recourir, moins on devra augmenter les doses, associer différents modes d’action, multiplier les interventions... Rappelons aussi que même les molécules de biocontrôle peuvent être sujettes à des problèmes de résistance. »

Ainsi, en 2020, le réseau de recherche participative « Performance », qui regroupe les chambres d’agriculture, firmes, négoces, coopératives, instituts et l’Inrae, a collecté des échantillons dans onze régions céréalières. Il ressort que malgré une faible pression de septoriose, la résistance a continué de progresser (voir l’infographie), notamment pour les souches de Z. tritici très résistantes à au moins un triazole (TriHR) et celles résistantes aux SDHI (CarR). Désormais, elles représentent respectivement 58 % de la population (contre 42 % en 2019) et 18 % (contre 13 %). Quant aux souches MDR, résistantes à tous les IDM mais aussi aux autres modes d’action, leur progression a été moindre (28 % contre 26 %).

Les essais mis en place par les vingt-quatre partenaires du réseau ont de plus montré que les SDHI associés aux IDM font progresser la proportion de souches MDR et CarR. « Les résultats en T1 du soufre associé à des IDM et du soufre solo ne semblent pas ralentir la sélection de populations de septoriose résistantes, ajoute Arvalis. Le folpel au T2 ne ralentit , ni n’accélère, leur progression. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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