«Nous ne pouvons pas payer des taxes qui représentent 8 % de notre chiffre d’affaires ! Cela remettrait en cause notre équilibre économique, car nous ne pouvons pas augmenter nos tarifs si nous voulons rester compétitifs », explique Jean-Claude Coulet, éleveur et président de la Société coopérative d’intérêt collectif, qui possède l’abattoir de Perpignan.

Depuis trois ans, ce nouvel outil, reconstruit en dehors de la ville, a progressé. Le tonnage est passé de 3 500 à 4 500 tonnes équivalent carcasse. Au démarrage, les collectivités locales ont accordé des dégrèvements de taxes. Puis en 2018, la direction des impôts a demandé près de 150 000 euros à l’abattoir pour la taxe foncière et la contribution foncière des entreprises.

Réglementation inadaptée

« Nous sommes considérés comme un établissement industriel et commercial, alors que nous réalisons des prestations dans le cadre d’un service public ouvert à tous les éleveurs. Cela ne colle pas ! », affirme Jean-Claude Coulet. Ce dernier a mobilisé un député, qui a rencontré l’administration fiscale à Paris. « Il nous a indiqué que le gouvernement prévoyait de faire évoluer les taxes locales appliquées aux entreprises. En attendant, nous avons payé ce que nous avons pu, sans mettre en péril l’abattoir », note-t-il.

Dans les autres régions, les taxes locales sont plus modérées. Mais l’équilibre économique des établissements de proximité reste, malgré tout, difficile à trouver. « Ils doivent réaliser des investissements lourds et ont du mal à couvrir leurs frais. Si nous voulons préserver le maillage du territoire avec des abattoirs ayant une mission de service public, nous devons redéfinir le cadre réglementaire », affirme André Éloi, directeur de la Fédération nationale des exploitants d’abattoirs (Fneap), qui planche sur ce dossier.

Frédérique Ehrhard

Interview
« Tout nouveau projet doit émaner des territoires » Jean-Baptiste Moreau, éleveur et député LREM de la Creuse, rapporteur de la loi Alimentation

Le 4 octobre, au Sommet de l’élevage, Emmanuel Macron a proposé de construire de nouveaux abattoirs en utilisant le grand plan d’investissement (GPI) issu des États généraux de l’alimentation. Quelles seront les suites de cette annonce ?

Pour avoir échangé avec lui, l’objectif est d’abord de moderniser les outils de proximité existants, pour qu’ils puissent lutter face à de gros groupes qui, eux, ont déjà les moyens de faire des travaux. Les besoins de financement sont très importants.

Il n’y aura donc pas de nouveaux abattoirs publics ?

Je suis très sceptique face à cette idée. Un abattoir ne doit pas être géré par des collectivités territoriales. Si on décide de construire des outils publics sur la seule base des « trous » dans le maillage géographique, cela ne fonctionnera pas. En France, nous sommes déjà en surcapacité : il y a trop de structures par rapport, hélas, au nombre d’animaux. Tout projet doit émaner des territoires, être porté par des abatteurs, des éleveurs, des coopératives, et répondre à une réelle demande. Il est, par ailleurs, indispensable que ceux qui utilisent l’outil soient impliqués dans sa gestion. Des règles du jeu doivent être établies, avec, par exemple, des engagements de tonnage.

Comment se concrétisera cet appui via le GPI ?

Des aides et des subventions peuvent être une solution. Mais ce qui pose surtout un problème, c’est d’obtenir un financement. Les banques sont réticentes à prêter aux abattoirs, qu’elles savent fragiles. S’il y a un fonds de garantie pour appuyer le dossier, ce sera plus facile de négocier un emprunt. C’est également une voie envisagée.

Y a-t-il un calendrier ?

L’annonce du Président étant récente, je ne peux pas à ce stade avancer une date, à laquelle les travaux pourraient commencer en s’appuyant sur ce dispositif.

L’abattage mobile peut-il être un moyen de pallier l’érosion des outils de proximité ?

Je n’y vois pas d’inconvénient. Mais il faut des porteurs de projets, car les investissements sont importants. En revanche, il ne doit pas y avoir de distorsions de concurrence sur le plan sanitaire. Les contrôles doivent être les mêmes que pour un abattoir classique.

Propos recueillis par Vincent Guyot