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Dossier Un label mal compris et peu adapté à des filières longues

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Pour qu’un produit transformé puisse être labellisé HVE, il faut qu’il contienne au moins 95 % de matières premières issues d’exploitations certifiées HVE. © Jérôme Chabanne

Le développement de la HVE en grandes cultures reste handicapé par plusieurs freins.

Au 1er juillet 2020, 8 218 ex­ploitations étaient certifiées HVE, dont seulement 411 en grandes cultures contre 6 699 en viticulture. Comment expliquer ce développement inégal ? « Ce n’est pas tant lié à la production qu’à l’organisation de la filière », avance Laurent Brault, animateur de l’association nationale de développement de la haute valeur environnementale. « La mise en valeur de la certification auprès d’un consommateur est d’autant plus facile que la filière est courte, et que le produit agricole est transformé et conditionné au plus proche des producteurs », poursuit-il. La forte dynamique de la HVE dans le secteur viticole tiendrait ainsi de ses « facilités opérationnelles » et de son importante proportion­ de vendeurs directs.

Accumulation des intermédiaires, gestion des flux complexe… La filière des céréales est quant à elle longue, et la valorisation du label HVE sur le produit final nécessite une organisation de l’aval, de la collecte au conditionnement. « C’est ce que le groupe Agromousquetaires (Intermarché, Netto N.D.L.R.) a réussi en contractualisant avec deux coopératives céréalières pour un prix garanti dans le temps, et en préparant son outil industriel afin que les meuneries soient capables de traiter les céréales HVE en circuit dédié », explique Laurent Brault.

Limites techniques et financières

La certification HVE s’obtient pour l’ensemble de l’exploitation. Pour Didier Marie, directeur de la coopérative GPS (Groupe Provence Services), qui s’est lancée dans la démarche, c’est un frein : « Il y a une vraie difficulté technique à accompagner l’ensemble des cultures et à amener les exploitations vers la HVE. » L’IFT est notamment un facteur délicat. « Un incident climatique sur un blé dur qui nécessite un fongicide peut faire échouer la certification », affirme-t-il.

Obligation de résultats

Contrairement à d’autres cahiers des charges, la certification ne repose pas sur un système de normes, mais de performances, dont les moyens sont laissés à l’initiative des fermes. « Cet espace de liberté est sa clé de réussite, mais peut être difficile pour les producteurs, complète Laurent Brault. Il faut un accompagnement territorial, car la performance en termes de biodiversité ne se traduit pas de la même façon suivant le contexte de l’exploitation. »

Entre contraintes et investissements supplémentaires, les efforts des agriculteurs ne sont pas toujours récompensés financièrement (lire le témoignage ci-contre), du moins pas pour toutes les cultures. Le syndicat France Grandes Cultures considère même la démarche HVE « inadaptée aux filières céréalières », et toute certification HVE sans plus-value de prix à la production comme « une escroquerie ». « Le supplément de prix devrait au contraire être direct et significatif pour l’agriculteur, par exemple de 10 ou 20 €/t », estimait-il, en réponse à l’annonce d’une prime de 1€/t de céréales certifiées HVE par le groupe Vivescia.

HVE contre bio ?

Privée de logo jusqu’en 2015, la HVE est aujourd’hui mise en avant par la grande distribution, créant une forte hausse de la demande. Avec un risque : « Si le consommateur ne comprend pas le message derrière HVE, le label va exploser en plein vol », assure Olivier Nasles, président du Comité national de l’agriculture biologique de l’Inao.

Opposés à la création d’un crédit d’impôt HVE (lire l’encadré p. 48), la Confédération paysanne et plusieurs ONG, dont France Nature Environnement, ont dénoncé l’insuffisance du label HVE et son « illusion de transition agroécologique ». La certification, reconnue au même titre que le bio comme produits dits « de qualité » dans la loi Egalim, « trompe les consommateurs », fustigent-elles dans un document adressé aux parlementaires.

« L’enjeu est d’expliquer la différence entre les deux promesses : l’agriculture biologique est basée sur un référentiel sans intrants chimiques, et la HVE sur un système qui n’altère pas la valeur environnementale du milieu, tout en autorisant l’utilisation raisonnée des phytos », explique Olivier Nasles.

« Qu’en sera-t-il si, demain, cette certification venait à devenir le sésame obligatoire pour la commercialisation ou l’accès à des marchés publics ? », interrogeait la Confédération paysanne. L’idée d’une « HVE 2 + », avec une adaptation du cahier des charges pour les grandes cultures, est envisagée par l’AGPB pour fédérer les producteurs. Et France Grandes Cultures de prévenir : « La HVE doit rester un label volontaire et les agriculteurs ne doivent subir aucune pression pour y souscrire ! »

Témoignage
« Je n’ai obtenu aucune valorisation de ma certification HVE3 » Jean Lefèvre, agriculteur à Ognes, dans l’Oise

Jean Lefèvre fait partie des premiers agriculteurs en France à avoir obtenu en 2016 la certification HVE de niveau 3 en grandes cultures. « Depuis, j’ai contacté de nombreux meuniers et l’ensemble de mes coopératives et clients habituels, explique le producteur situé à Ognes, dans l’Oise. Je n’ai pas encore réussi à valoriser cette certification sur la commercialisation de mes produits, en dehors du quinoa que je vends en direct. C’est très décevant car c’est un outil de communication formidable. »

Il s’est lancé une première fois pour trois ans jusqu’en 2019, puis une deuxième fois jusqu’en 2022, et il est en train de se demander s’il ne va pas en rester là. « L’investissement en temps et surtout en argent pour être sûr de toujours être en phase avec les contraintes dans lesquelles je me suis engagé est très élevé, indique-t-il. Entre la multiplication des espèces de Cipan (1), le remplacement d’une partie des engrais azotés par des vinasses et des composts, et le fait de devoir trier les cultures semées en mélange, j’estime le surcoût de la démarche à 200 €/ha/an, sans compter les pertes de rendement de l’ordre de 15 % ! En retour, je n’en tire aucun avantage économique. »

(1) Culture intermédiaire piège à nitrates.

Nouveau crédit d’impôt et attention politique en hausse

Avec l’objectif de certifier 4 000 exploitations agricoles supplémentaires dans les deux ans à venir, le gouvernement a débloqué 76 millions d’euros du Plan de relance en soutien à la certification pour « accélérer la transition agroécologique de l’agriculture ». Le Projet de loi de finances 2021 précise, pour les années 2021 et 2022, que les entreprises agricoles bénéficiant d’une certification HVE en cours de validité au 31 décembre 2021 ou délivrée au cours de l’année 2022 pourront bénéficier d’un crédit d’impôt d’un montant de 2 500 €. Celui-ci est cumulable au crédit d’impôt bio dans la limite de 5 000 €. Dans le cas d’un Gaec, les plafonds de ces crédits d’impôts sont multipliés par le nombre d’associés, dans la limite de quatre.

Dans la future Pac, à partir de 2023, la certification HVE pourrait rendre éligible à certains « éco-régimes ». Ces nouvelles aides à l’hectare rémunèreront les pratiques environnemen­tales allant au-delà des exigences réglementaires. Les éco-régimes seront définis d’ici la fin de l’année dans le Plan national stratégique.

A.G. et S.B.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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