Y aura-t-il encore de l'herbe pour nourrir les troupeaux malgré le réchauffement climatique ? La réponse est oui.

« Mais plus que les chiffres, ce sont les tendances qu'il est intéressant de retenir, insiste Jean-Christophe Moreau, chef de projet à l'Institut de l'élevage. Le recalage dans l'année de la production des prairies aura plus d'influence sur les systèmes d'élevage que l'évolution des rendements. À la fin du siècle, il restera deux saisons bien distinctes de pousse de l'herbe : le printemps et l'automne, avec un véritable passage à vide l'été. »

Et ce, que la réserve utile du sol soit faible ou élevée. Ce critère jouera tout au plus sur le maintien du potentiel de reprise à l'automne.

Mais revenons à un futur « plus proche », la période qui s'étend de 2020 à 2049. « Là où nous manquons d'un peu de chaleur aujourd'hui, l'herbe poussera mieux au printemps, reprend Jean-Christophe Moreau. La bonne tenue des rendements des prairies à base de graminées et l'intérêt de la luzerne se confirment, notamment dans le sud et l'ouest du pays. »

Partout donc, la quantité d'herbe disponible progresse au printemps. Les conditions météorologiques autorisent une mise à l'herbe plus précoce de deux à dix jours.

Décaler la rentrée pour l'hivernage est également envisageable quand le calendrier de mise bas le permet. À moins que des épisodes pluvieux affectent la portance des sols comme dans l'est, le nord et le nord-ouest de la France.

Ces évolutions de calendrier peuvent, par exemple, conduire un éleveur laitier breton de la région rennaise (voir page ci-contre) à réduire ses stocks au profit du pâturage.

Dans le même temps, le rendement de son maïs progressant, il pourrait en ensiler moins. Et pour sécuriser son système, mettre en place une sole à double fin : l'ensilage et le grain.

Un calendrier décalé

« Nous n'aurons plus recours aux stocks au même moment, poursuit Christophe Moreau. Les besoins annuels ne seront pas plus importants, voire moindres en hiver. En revanche, en Bretagne ou dans les Pays de la Loire, il faudra en distribuer plus l'été pour compenser la baisse de production estivale des prairies. Ailleurs, un léger accroissement de la surface mise à disposition des animaux suffira. »

Cela veut aussi dire que la récolte des surplus d'herbe aura davantage lieu en premier cycle. Tout cela laisserait une marge possible d'augmentation du chargement de 1 à 13 %, avec des conduites au pâturage affichant la même efficacité qu'aujourd'hui.

Les évolutions pour ce futur proche s'annoncent donc de faible ampleur et plutôt positives. Il en va différemment pour la fin du siècle, avec à la clé une baisse du chargement.

« La mise à l'herbe sera encore plus précoce, d'une à trois semaines, estime Jean-Christophe Moreau. Et la rentrée retardée jusqu'à un mois, mais de manière très aléatoire. »

Cet élargissement du calendrier ne se traduira pas pour autant par un accroissement de la durée du pâturage. Car, dans la plupart des régions, la pousse de l'herbe ralentirait l'été, parfois même très sévèrement comme dans les Pays de la Loire.

Bilan : il faudra stocker davantage et distribuer plus de fourrages en été qu'en hiver, notamment dans les zones laitières de l'Ouest et périphériques du Massif central. Là où il y a du maïs, sa part dans les stocks augmentera donc.

Ailleurs, c'est la part de prairies à faucher qu'il faudra accroître. Et comme dans le futur proche, plutôt en première coupe qu'en seconde. La luzerne pourrait tirer son épingle du jeu, notamment dans l'Est. Avec quatre coupes par an, elle amortirait la baisse prévisible de chargement.

Ce n'est pas la seule piste. Il y a aussi l'introduction d'espèces annuelles plus résistantes à la sécheresse estivale. Ou, comme dans le Limousin ou le Charolais, le recalage des vêlages pour que la période de forts besoins des vaches coïncide mieux avec la pousse de l'herbe. La même logique prévaut pour la production d'agneaux d'herbe.

Apparaîtra aussi l'hiver un potentiel non négligeable d'herbe à exploiter. Dans l'Ouest et le Sud-Ouest, cela réduirait la baisse de chargement sans toutefois l'enrayer.

« Les sites présentant un niveau de production supérieur à 300 kg de matière sèche par hectare seraient intéressants pour des animaux aux besoins modérés, estime Jean-Christophe Moreau. Mais, aujourd'hui, il n'existe des prescriptions bien calées que pour les ovins. » Le chantier reste entier pour les bovins laitiers et allaitants.

Disposer de davantage d'herbe, c'est bien, encore faudra-t-il pouvoir l'exploiter. « Avec un premier cycle plus court, la conduite du pâturage en début de printemps sera plus délicate, prévoit-il. Notamment dans les zones où les conditions de récolte seront moins favorables qu'aujourd'hui. Plus que par le passé, il faudra apprendre à gérer les excédents de printemps ! »

par Bérengère Lafeuille et Éric Roussel (publié le 5 mars 2010)