L'histoire commence à Merlieux, petit village isolé de 218 âmes au milieu des collines boisées entre Laon et Soissons. Quelques passionnés le transforment en village du livre. Depuis treize ans, ils organisent une fête du livre rurale et populaire, pour promouvoir le plaisir de lire. Les visiteurs rencontrent des auteurs – 80 écrivains en 2004! – et découvrent toutes les activités liées à l'écrit. Près de 15.000 personnes ont participé, sans compter les animations entre les écrivains, les écoles et collèges locaux.

Ce succès n'a pas laissé indifférents les élus des cinq communautés de communes du pays du Grand Laonnois, dont Merlieux fait partie.

«La plupart des bibliothèques de nos 48 communes vivotent, regrette Nadine Lombardi, animatrice à la culture et la famille de la communauté de communes de la Champagne picarde. Il faut inciter les jeunes à les fréquenter. L'écrit est une constituante indispensable de la culture. La résidence d'écrivains vise à démystifier le livre et communiquer l'envie de lire, d'écrire, de créer.»

Les communes vont accueillir pendant trois mois deux auteurs: Thomas Scotto, écrivain, et Maud Lenglet, illustratrice de littérature pour la jeunesse. Ils seront chargés de transmettre leur passion de l'écriture et de la création. Première cible: vingt groupes de jeunes des écoles, collèges et centres aérés. Ils vont animer des ateliers d'écriture, de jeux de mots, de comptines, d'illustration pendant quatre séances. Deuxième cible, les adultes. Des soirées sur la littérature, la création jeunesse, l'illustration, l'édition seront organisées dans chaque communauté de communes. Autre temps fort, ils vont accompagner la réalisation d'un recueil journalistique mémoire. Le thème est déjà choisi: l'histoire de l'industrie du sucre et de la betterave, une composante essentielle de la culture dans ce département, premier producteur de France. La résidence d'écrivains va se poursuivre pendant trois ans, avec des auteurs différents chaque année. D'autres résidences d'artistes sont prévues, dont une par le conseil général de l'Oise. Le concept est dans l'air du temps...

Le coût de la résidence d'écrivains s'élève à 20.000 euros, financé par les cinq communautés de communes, le conseil général, le conseil régional et la direction régionale des affaires culturelles.

Un auteur à la rencontre des adolescents

Thomas Scotto, auteur de littérature pour la jeunesse, communique sa passion à de jeunes ruraux.

Voyage dans le cerveau d'un professeur. Alice et Marine rédigent avec application leur chapitre. Elles planchent sur la rédaction d'un carnet de voyage, comme tous leurs camarades de cinquième du collège de Liesse, établissement rural de l'Aisne. Avec un écrivain, un vrai, en chair et en os, à leur côté. «C'est génial, vous avez créé une atmosphère étrange et moelleuse. Continuez!», s'enthousiasme Thomas Scotto. Cet écrivain, plusieurs fois primé, passe de table en table. «Je veux leur communiquer le plaisir d'écrire, d'imaginer et de concevoir.» Et, apparemment, ça fonctionne! «Il nous donne vraiment envie d'écrire», s'exclame Nathan. «Il nous aide à organiser nos idées, à décoincer là où on bloque», ajoute son voisin, tout en rédigeant «Le Labyrinthe du souvenir». Le professeur de français apprécie cette ouverture: les élèves s'impliquent dans ce travail sans notation. Ils découvrent à l'occasion que tous les auteurs étudiés ne sont pas morts ou vieux. Après trois séances avec l'écrivain, Maud Lenglet accompagnera les élèves pour illustrer leur ouvrage. Ce travail de professionnel est destiné à faire germer le plaisir d'écrire et de lire.

par Marie-Pierre Canlo (publié le 10 juin 2005)