«Le bled, c'est chez nous, un pays perdu au fond d'une vallée. Nous vivons à 100 habitants sur 1.000 hectares. Nous avons peu de touristes», s'amuse Francis Philip, maire de Saint-Martin-les-Eaux, dans les Alpes-de-Haute-Provence, depuis six ans. Cela fait longtemps que cet agriculteur artisan tout juste retraité s'investit dans la vie de sa commune du Lubéron. Lorsque, en 2003, Olivier Roche le contacte, il accepte instantanément le tournage d'une semaine d'émissions pour Télé bled international. «Nous nous reconnaissons dans l'approche d'Olivier. Ici, les gens, en particulier les agriculteurs, sont preneurs de culture, mais d'une culture ouverte, de spectacles où l'on va sans cravate. Olivier apporte son imagination débridée, sa culture, ses contacts. Et le tout pour un petit budget.»

Olivier Roche habite dans le Vaucluse, à Sivergues, une petite commune de caractère de moins de trente habitants, cachée au bout d'une route sinueuse à l'autre bout du plateau du Lubéron. Depuis huit ans, c'est là qu'il consacre ses nuits à l'écriture de scénarios et de polars. Il vient d'obtenir le prix Antoine Blondin pour son livre «La Course» (1).

En revenant dans le village de son enfance, il a fondé une association de cinéma ambulant, Ciné manouche, avec des amis. Et «pour lutter contre l'ennui» qu'il sentait ruisseler dans certains villages, lui qui ne regarde jamais la télévision, il a créé en 2003 Télé bled international. «Ce nom affiche nos intentions: proximité, humour et ouverture.» En ce mois de février 2007, sa télé locale hiberne face à sa maison, dans une caravane. A l'automne, celle-ci redeviendra une régie ambulante. Olivier l'attellera à sa voiture et il débarquera avec deux autres bénévoles dans un des villages volontaires: «En règle générale, nous arrivons le lundi pour faire le casting. Quelques villageois forment l'espace d'une semaine notre équipe de tournage: perchmans, décorateurs, preneurs de son… Ensuite, nous puisons dans une liste des émissions déjà créées ou nous en mettons d'autres sur pied: "On n'est pas chez Mémé", une émission de cuisine de proximité qui se regarde avec les dents, "Lascar académie" pour la chanson, "Un micro trop tard" pour le reportage… Nous filmons les artisans locaux, comme ce "5 à 7" enregistré dans une boulangerie aux aurores, ou "La télé est dans l'atelier", chez une potière. Les jeunes du coin posent les questions. Le tout est projeté en fin de semaine dans le village. Nous diffusons l'émission sur la télévision locale. Nous échangeons aussi nos images avec d'autres chaînes locales.»

Télé bled s'est équipée progressivement grâce au GAL (groupe d'appui local) du Lubéron-Lure, qui a appuyé le dossier pour trouver des financements européens, mais aussi des conseils général et régional.

«Nous n'assurons pas une animation touristique de plus. Nous cherchons à recréer du lien entre les habitants. Sans cela, nous n'aurions pas obtenu ces aides, qui relèvent de l'animation des territoires ruraux», rappelle Olivier. Il chiffre à 13.000 € le montant des aides à l'équipement perçues. Prochaine étape à la rentrée de 2007: la création de Télé bled institut. «Cet institut initiera à la réalisation d'une émission. Les jeunes pourront venir deux soirs par semaine et les adultes deux autres soirs. Au bout de trois mois, les jeunes monteront pendant une semaine une émission avec notre appui. Un autre groupe prendra la relève.»

TOURNAGE. Francis Philip, maire de Saint-Martin-les-Eaux, au cours de l'enregistrement d'une émission de Télé bled international en décembre 2003. Il est aux côtés de Nathalie Mazet, une présentatrice bénévole. © TV BLED INTERNATIONAL

par Marie-Gabrielle Miossec (publié le 23 février 2007)