À la question de savoir si, en déléguant le suivi de sa ferme, elle se considère comme agricultrice, Nathalie Bourlier répond sans équivoque : « Je suis agricultrice et j’en suis très fière. » Après le décès soudain de son mari, elle s’est retrouvée, en mai 2019, seule à la tête de l’exploitation dont ils étaient tous deux associés en EARL. Propulsée gérante de la société, elle a dû s’improviser cheffe d’exploitation, rôle que jouait jusque-là son mari sur cette ferme en grandes cultures de l’Eure.

Sauvegarder le patrimoine familial

« Avec l’aide de nos voisins, il a fallu dans un premier temps récolter ce que mon mari avait semé », explique-t-elle. Ensuite, vendre la ferme de 240 ha aurait pu être la solution mais, pour elle, il en était hors de question. « Le vœu de mon mari était que la ferme reste dans le patrimoine familial pour nos deux filles », avoue l’exploitante de 59 ans. Toutes les deux salariées en entreprise après des études supérieures, la question de la reprise de l’exploitation n’est pas encore à l’ordre du jour au sein de la famille. « Même si je sais que des personnes auraient pu être intéressées pour acheter, j’ai dit suffisamment fort que la ferme était pour mes filles. Ainsi, personne n’est venu avec une offre », relate Nathalie Bourlier.

Se donnant pour mission de « sauver cette ferme pour ne pas la voir disparaître », Nathalie Bourlier a conclu un contrat de délégation de trois ans reconductible avec Agridomaine. Cette entreprise a été créée en 2008 par le GRCeta d’Île-de-France, avant d’être élargie au GRCeta de l’Evreucin. L’objectif était de répondre aux besoins de certains de leurs adhérents qui souhaitaient déléguer le suivi opérationnel de leurs exploitations. C’est le choix qu’a fait l’agricultrice de la commune de Tilleul-Dame-Agnès. « Si Agridomaine n’existait pas, j’aurais dû rechercher un chef de cultures, mais ça aurait été un vrai marathon », admet Nathalie Bourlier.

Le choix de l’assolement, le suivi et la planification des travaux culturaux ont été confiés, avec l’appui technique du GRCeta, à Nathan Bourgeois, gestionnaire d’exploitation chez Agridomaine et également agriculteur à son propre compte. Il réalise chaque semaine un tour de plaine dont il envoie le compte rendu à la gérante de l’EARL. Une fiche de chantier est aussi adressée au salarié de la ferme et aux ETA qui interviennent. Le schéma est simple : Agridomaine propose et Nathalie Bourlier décide.

A.M.

L’expert
« Un service à la carte » Arnaud Lethrosne, président d’Agridomaine et agriculteur dans le sud de l’Eure

« Agridomaine est née pour répondre aux besoins d’agriculteurs qui souhaitent déléguer la gestion de leur exploitation, faute de temps ou de moyens. Après une évaluation des objectifs et des besoins de l’exploitation, nous contractualisons avec eux notre relation et notre champ d’intervention. Ce service à la carte porte sur l’assolement, les itinéraires culturaux, et l’ensemble des interventions prévues jusqu’à la récolte. Il peut comprendre la réalisation de certains dossiers administratifs, comme les déclarations Pac. En fonction du degré de service et du parcellaire, nos tarifs vont de 35 € à 100 € par hectare, sur la base de contrats pluriannuels de trois à cinq ans reconductibles. L’agriculteur reste le seul décisionnaire. Le gestionnaire de l’exploitation se charge d’adresser des fiches de chantier aux salariés et aux ETA et d’obtenir le meilleur coût d’intrants grâce à des appels d’offres. »