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Dossier Sécuriser ses revenus avec des options

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Arnaud Gomichon utilise des options sur un tiers des 500 t de blé qu’il produit chaque année. © Michel Joly

Arnaud Gomichon a construit sa stratégie de couverture des risques de prix à base d’options.

Arnaud Gomichon, agriculteur à Poinçon-lès-Larrey, en Côte-d’Or, s’intéresse aux marchés depuis 2007. Comme beaucoup, la flambée des cours cette année-là est restée gravée dans sa mémoire. « C’était du jamais-vu : le prix du blé n’arrêtait pas d’augmenter, se rappelle-t-il. C’était aussi le début de la mise en place des options. » Sa coopérative, Dijon Céréales, commence, en effet, à proposer cet outil des marchés à terme à ses adhérents. Il en existe deux types : le put (assurance à la baisse) et le call (assurance à la hausse). Pour l’agriculteur qui cultive colza, blé et orge sur ses 260 ha, les options sont devenues incontournables dans sa stratégie de vente, notamment les calls, qui lui permettent de sécuriser un prix tout en continuant à profiter des hausses potentielles sur une certaine période. Il achète aussi parfois des puts, lorsqu’il ne souhaite pas vendre sa marchandise physique tout de suite mais veut se protéger d’un risque de baisse (lire l’encadré ci-dessous).

Il utilise cependant les options avec prudence, et considère qu’appréhender la volatilité des marchés nécessite d’abord de connaître son coût de revient. « Une fois toutes les données en main, je sais si je peux me permettre d’aller chercher un complément. Il est risqué de prendre une option lorsqu’on est à la limite du coût de revient : si le prix n’augmente pas, on passe en perte », explique-t-il.

Mesurer le risque

L’agriculteur parle d’expérience : « En 2018, voyant les cours du blé grimper alors que j’avais déjà vendu, j’ai voulu me couvrir avec un call à 15 €/t, que je n’ai finalement pas exercé. » Les options ont, en effet, un coût appelé « prime ». C’est leur principal frein, selon Arnaud Gomichon, elles ne sont pas toujours rentabilisées. « L’option vaut la peine dans un contexte de volatilité importante. Par exemple, si elle coûte 8 €/t pour du blé, il faut que les cours évoluent d’au moins 8 € avant de gagner dessus », indique-t-il. Il se souvient par exemple de 2012, une « année impressionnante » où les prix ont explosé à la suite de l’embargo russe. Au contraire de 2015 : « Les prix se sont tenus une dizaine de jours pendant la moisson. Une fois terminée, je me suis intéressé au marché mais le prix du blé avait déjà perdu 10 € et n’a cessé de chuter jusqu’à la récolte suivante. Je me suis réveillé trop tard, et j’ai mal vendu », regrette-t-il.

Sa déconvenue lui aura servi de leçon : depuis, il admet être plus vigilant et n’hésite pas à vendre régulièrement. « Je ne me dis pas “ce sera mieux demain”. Il est inutile de courir après une hausse qui reste potentielle. Le but des marchés n’est pas forcément de vendre au plus haut : c’est de comprendre quand le faire en suivant le cadre de gestion qu’on s’est donné. Les formations du club Marchés Dijon Céréales m’ont aidé à mieux comprendre et gérer mon risque. » Il constate d’ailleurs que la volatilité s’est un peu stabilisée ces dernières années, ce qui ne l’empêche pas de saisir des opportunités.

Un outil complexe

Arnaud Gomichon produit en moyenne 500 t de blé par an et limite l’achat d’options à un tiers du volume. Il estime y consacrer chaque année un budget de 2 000 à 3 000 €. « Je ne me vois pas travailler sans, mais mon objectif n’est pas non plus de couvrir chaque quintal de blé, affirme-t-il. En général, je contractualise une partie du volume avant moisson. Après la récolte, je me couvre sur le marché à terme avec des calls si je sens que les cours peuvent monter. »

La difficulté reste de déterminer quand déclencher son option. « Il faut être réactif et savoir prendre les gains quand c’est le moment », prévient-il. Arnaud Gomichon opte depuis trois ans pour l’option « prix max » proposée par Dijon Céréales, qui lui permet de déléguer cette partie à la coopérative. « Beaucoup d’agriculteurs achetaient des options sans les déclencher, constate Victor Moulins, responsable commercialisation à Dijon Céréales. C’est de la valeur perdue pour l’exploitation. En plus d’accentuer la formation et l’information de nos agriculteurs, nous proposons maintenant des offres structurées, comme des prix minimums garantis avec des mandats de débouclage. Celui-ci s’exerce automatiquement sur le plus haut du marché sur une période donnée. » Cette option rencontre plus de succès que les « classiques » puts et calls.

Arnaud Gomichon travaille également avec le groupe Soufflet. Ce dernier propose des calls avec trois échéances de débouclage. « Sur un lot de 50 t, je peux exercer mon option sur 20 t dans un premier temps », informe-t-il. « Peu d’agriculteurs s’intéressent aux options, par peur de se lancer. Ce sont des outils complexes, mathématiques. Il faut essayer de comprendre par soi-même, à tête reposée, avec ses chiffres, et se poser les questions au fur et à mesure », conclut Arnaud Gomichon.

Un principe proche de celui d’une assurance

Une option donne le droit, et non l’obligation, d’acheter ou de vendre une quantité définie d’un actif, la marchandise, à un prix et une échéance prédéterminés. Elle peut être exercée, ou abandonnée. « Son fonctionnement rejoint celui d’une assurance, explique Gauthier Le Molgat, d’Agritel. Il existe deux types d’options, pour deux types de risques. »

Le put, pour un producteur qui regrette de ne pas avoir vendu, est une assurance à la baisse qui indemnise si le prix baisse. C’est une option de vente qui est exercée si le prix de marché de l’actif est plus faible que le prix d’exercice.

Le call, pour un producteur qui regrette d’avoir vendu trop tôt, est une assurance à la hausse qui indemnise si les prix montent. C’est une option d’achat qui est exercée si le prix de marché de l’actif est plus élevé que le prix d’exercice.

« Il faut toutefois accepter de payer cette assurance, la prime, ajoute Gautier Le Molgat. Le producteur paye une sécurité qui peut être frustrante quand le marché est stable, car il doit assumer le coût de la prime. »

Arnaud Gomichon tient à jour un tableur Excel à partir duquel il calcule son prix de revient, © Michel Joly
« Ne pas céder aux émotions »

Le groupe Carré, négociant basé dans le Nord, ne privilégie pas les options pour se protéger de la volatilité. « C’est un outil qui n’est pas toujours bien compris, qui coûte cher et n’est pas rentable pour beaucoup d’agriculteurs, estime Maximilien Carré, responsable de la commercialisation. Il faut faire la démarche soi-même de les déclencher, ce qui demande une certaine connaissance des marchés, et un suivi de près. »

Le groupe propose plusieurs schémas à ses clients, selon « l’appétence au risque » : du prix moyen sur l’année à la stratégie indexée sur le marché à terme. Entre 5 et 10 % font le choix de déléguer complètement la partie vente au négociant. « Certains considèrent que leur métier est de produire, pas de vendre, remarque Maximilien Carré. Nous essayons de les conseiller en bon père de famille, à partir de notre analyse, sachant que l’on n’a pas toujours raison. Les clients préfèrent qu’on leur donne des signaux de marché plutôt que des formations pures. »

Il constate que, souvent, seules quelques périodes de l’année sont intéressantes pour vendre. « Quand le prix est rémunérateur, il ne faut pas chercher à faire le plus malin sur les marchés, et se saisir de l’opportunité de couvrir une partie de ses charges, affirme-t-il. Il faut s’imposer une rigueur pour ne pas céder aux émotions. Car cela reste une activité très émotionnelle. Les deux pires sentiments sur les marchés sont la panique et la cupidité. La cupidité, c’est quand le marché monte et qu’on attend encore un ou deux euros de plus, en vain. Au final, le marché baisse, on ne vend rien car on s’était fixé un prix objectif qui n’arrive jamais. La panique peut au contraire faire liquider toutes ses positions quand parfois il suffit d’éteindre son ordinateur et attendre des jours meilleurs. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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