Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Dossier 24 % d’agriculteurs en moins en dix ans en Pologne

réservé aux abonnés

 - -->
Une loi de 2016 a freiné le nombre de transactions, figeant le paysage déjà très fragmenté des exploitations. © Alamy Stock Photo

La loi privilégie les transmissions familiales. La population agricole diminue mais reste très supérieure aux autres pays européens.

Plus de quinze ans après son entrée dans l’Union eu­ropéen­­ne (UE), la Pologne souffre davantage d’un déficit que d’un excédent de naissances et de main-d’œuvre. Elle suit, avec une génération de différence, la même trajectoire que d’autres pays européens, mais ne semble pas être préoccupée par le défi du renouvellement des générations.

34 000 euros d’aides

En dehors de la prime à l’installation d’environ 34 000 euros, elle ne propose aucune mesure spécifique d’aide à la transmission des exploitations agricoles. Privilégiée en raison d’un fort attachement culturel à la terre ancestrale, la transmission familiale est facilitée. Aucun impôt sur les donations et successions entre parents proches n’existe. Mais la taille insuffisante et la non-rentabilité de la grande majorité des fermes conduisent le plus souvent à un transfert du domaine sans maintien d’une réelle activité agricole. Ainsi, le nombre de chefs d’exploitation assurés à la Krus, équivalent polonais de la MSA, a chuté de 24 % entre 2010 et 2020.

Quant à la transmission hors cadre familial, elle est entravée par une loi stricte de la vente du foncier, mise en place en 2016 pour défendre un modèle d’agriculture familiale et limiter les cessions aux étrangers. Seuls les associations culturelles, des organismes représentant les pouvoirs publics et des exploitants individuels peuvent acquérir du foncier. Ces derniers doivent habiter depuis plus de cinq ans dans la commune de l’exploitation convoitée. En cas d’achat, ils ont l’obligation de la gérer eux-mêmes pendant au moins cinq ans, sans possibilité de la revendre.

Si la loi permet d’accorder des dérogations au cas par cas, elle a eu pour effet de réduire le nombre de transactions et de figer le paysage des exploitations, déjà très fragmenté. Pour des jeunes dépourvus de ferme familiale, la difficulté à acquérir une terre se reflète dans le faible intérêt porté au programme de primes à l’installation.

Aucune formation

Prévu pour 30 000 bénéficiaires entre 2014 et 2020, seules quelques milliers de demandes par an sont formulées. Fin 2019, 30,8 % de l’enveloppe avait été consommée. Un autre indicateur du caractère essentiellement héréditaire de l’agriculture polonaise est que la majorité des moins de 35 ans n’ont suivi aucune formation et ne comptent que sur « l’expérience pratique ». De façon paradoxale, une majorité des plus de 55 ans ont bénéficié d’une formation, plus courante à l’époque communiste.

La Pologne sera-t-elle bientôt confrontée à un problème de renouvellement ? Les exploitations et la population agricole restent très supérieures à la moyenne de l’UE. Elle peut encore en perdre sans impact négatif pour sa production, qui n’a jamais été aussi élevée.

Romain Su

En chiffres

• 714 000 chefs d’exploitation. 38 % ont plus de 55 ans, 20 % ont moins de 40 ans.

• 1,4 million d’exploitations d’une surface moyenne de 11 hectares.

• 25 000 transmissions d’exploitations par an et 80 000 départs à la retraite.

• Taux de remplacement : environ 30 %.

• Prix des terres : de 5 000 à 19 000 euros, avec une moyenne de 10 900 euros/ha.

Sources : Eurostat, l’Agence de restructuration et de modernisation de l’agriculture, Krus.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !