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Dossier Difficile accès à la terre aux Pays-Bas

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Peter Van Damme, installé sur la ferme famililale depuis l’âge de 18 ans, pense qu’il faut communiquer sur les valeurs du métier pour créer des vocations. © C. Dequidt

Avec le foncier agricole le plus cher de l’UE, il est très compliqué de s’installer aux Pays-Bas. La diversification des activités est un des leviers pour s’en sortir.

L’agriculture n’a plus la cote auprès des jeunes Néerlandais. Pour s’installer, ils doivent acheter du foncier ou reprendre une exploitation à des prix exorbitants, tout en répondant aux demandes sociétales. L’âge moyen des installations est de 35 ans. Il existe bien souvent une période de tuilage de plusieurs années pour que le jeune puisse se faire un peu de capital et de crédibilité auprès des banques. Pendant cette période, la plupart sont doubles-actifs.

Jusqu’à 140 000 €/ha

Peter Van Damme s’est installé à l’âge de 18 ans sur la ferme familiale. Trop jeune et sans diplôme, les aides à l’installation lui ont été refusées. Il a réussi à obtenir la confiance des banques. Un prêt de trente ans lui a été accordé. Il ne rembourse que les intérêts chaque année et le capital in fine. « Sans cette facilité bancaire, aucun jeune ne pourrait s’installer », précise-t-il. Rapidement, il a réglé ses affaires avec sa sœur en lui rachetant ses parts. « Bien m’en a pris, les terres ont plus que doublé depuis », sourit-il.

Peter cultive 200 ha, dont 100 en propriété. Il est toujours à la recherche de foncier. « Début 2019, un voisin vendait 10 ha. Je lui ai proposé 120 000 €/ha. Il les a vendus en deux jours à 135 000 €/ha, relate-t-il, dépité. Il n’y a aucune logique économique. L’activité ne pourra pas rembourser le foncier. C’est de la spéculation dans ce petit pays où 14 ha disparaissent chaque jour. » Les Pays-Bas affichent le prix du foncier le plus élevé de l’Union européenne, pouvant atteindre jusqu’à 140 000 euros l’hectare.

Pour vivre décemment, Peter cultive des productions à forte marge, mais à risques. « Les pommes de terre sont livrées en contrat. Je fais des plants de pommes de terre et d’oignons qui sont livrés à l’international. Je n’ai pas de certification, l’origine suffit. » Les betteraves sont gérées localement et les carottes vendues à l’export via un trader. « C’est un peu le loto et je dois les stocker pour avoir le bon prix jusqu’en avril. » Les céréales ne sont plus que des cultures de rotation où il espère simplement être à l’équilibre. Complément indispensable à forte valeur ajoutée, Peter loue 30 hectares. Une partie pour des bulbes de fleur à 2 500 €/ha et l’autre pour du fourrage à 1 500 €/ha. Il a aussi conçu un magasin de vente directe d’oignons et de pommes de terre dans le garage de la ferme. L’exploitant a également la chance de louer des emplacements pour éoliennes, pour 50 000 € par an.

Forte pression sociale

« Le manque de vocation agricole n’est pas seulement dû au foncier. La pression sociale est forte et très décourageante. » Peter s’est investi dans la défense du métier. Il est très actif dans l’association Boer bewust, qui lutte pour rétablir la vérité sur l’agriculture. « Les paysans doivent être présents dans le débat. Nous proposons une voie raisonnée avec le moins de produits chimiques possibles. Pour ceux qui se tournent vers la bio, outre les investissements et l’augmentation du poste carburant, la rentabilité est plombée par la main-d’œuvre. Dans mon exploitation, il faudrait employer 40 personnes pour répondre aux normes. Impossible de les trouver, de les payer et de les garder. 

Christophe Dequidt

En chiffres

• L’agriculture : 4 % de la population active, 1,8 % du PIB.

• 55 000 fermes de plus de 3 ha, dont 28 000 ont un gérant âgé d’au moins 55 ans. Seuls 10 000 d’entre eux ont un successeur.

• Âge moyen des repreneurs : 35 ans. 68 % des fermes laitières, 18 % des exploitations de plantes à pot et de légumes sous serre, et 30 % des exploitations de cultures de plein champ trouvent un successeur.

• Le prix des terres varie de 44 000 à 140 000 €/ha.

Source : Nederlands Agrarisch Jongeren.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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