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Dossier Une rentabilité en berne qui freine les jeunes en Espagne

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Marcos Garcés est installé dans un village de Teruel, dans une zone emblématique de la désertification rurale. © M. Garcés

L’augmentation des coûts de production, la baisse des prix, le difficile accès aux aides et le manque de formation empêchent les jeunes de s’installer.

Si certaines zones rurales attirent davantage depuis le début de l’épidémie en Espagne, ce mouvement, difficile à interpréter, car précoce, est loin d’effacer le dépeuplement des campagnes. Une tendance qui sévit dans le pays depuis des années et se conjugue avec le déclin du secteur agricole. Rien qu’en 2019, celui-ci a perdu 7 700 actifs, dont 1 700 exploitants et 6 000 salariés, générant un abandon des terres et d’exploitations.

Déserts ruraux

Un phénomène qui s’explique en partie par le vieillissement des agriculteurs : plus de 60 % ont 55 ans ou plus, ce qui augure dans les cinq à dix ans qui viennent une vague de retraités. Beaucoup d’exploitations sont gérées par des paysans sur le départ, préoccupés que personne ne prenne la relève. « Dans certains endroits, il n’y a plus beaucoup de population, c’est un sérieux frein à l’installation des nouveaux », résume Marcos Garcés, responsable des Jeunesses agricoles du syndicat COAG et basé en Teruel, dans un village emblématique de cette désertification. « Les jeunes se tournent vers les activités où la rentabilité est plus élevée. Dans les serres d’Almería par exemple, plutôt que vers des cultures dites de “secano”, que l’on arrose peu », raconte l’agriculteur de 34 ans, qui a repris la ferme familiale.

Compte tenu des besoins et du taux de chômage chez les jeunes, le sujet est suivi de près et préoccupe, notamment en Navarre, près de la France, où le pourcentage de jeunes dans le secteur primaire est le deuxième plus faible du pays. L’institut Intia, dédié à la transmission et à l’innovation, a lancé des services d’accompagnements et de formations, avec des mises en relation de potentiels repreneurs avec des futurs retraités. Mais ce type d’initiative doit être encouragé pour que les jeunes s’en sortent sur la durée. Car il ne suffit pas d’entrer dans le secteur, il faut y rester. Entre 2011 et 2017, beaucoup s’étaient laissés tenter par l’aventure face au chômage critique, avant d’être contraints de jeter l’éponge. En cause ? Une bureaucratie excessive, des rendements fragilisés, des coûts de production à la hausse et des difficultés à accéder à la terre, à l’eau et aux financements. Les aides Pac, elles, vont souvent vers ceux qui sont déjà installés. Parmi les moins de 25 ans (2 % des exploitants), seulement 0,5 % les reçoivent, et 8 % chez les moins de 40 ans. Résultat : depuis 2017, le nombre d’installations décroît.

Initiatives locales

« Partir de zéro me semble très difficile », reconnaît Ricardo Bayo, 40 ans, qui, dans le cadre d’accompagnements à l’Union des petits agriculteurs, a vu nombre de jeunes rester au milieu du gué, faute de financements. À son sens, pour attirer, le secteur a besoin de prix plus justes et de plus de « formations professionnalisantes », afin d’être aussi de bons gestionnaires. Des savoir-faire qui, souvent, ne sont pas assez pris en compte.

Marjorie Cessac

En chiffres

• 749 700 exploitants.

• 60 % des agriculteurs ont plus de 55 ans, 18 % ont moins de 40 ans.

• 12 500 jeunes se sont installés entre 2014 et 2020, tandis que 7 700 actifs ont quitté le secteur sur la seule année 2019.

• Prix du foncier : de 4 546 euros à 189 346 euros l’hectare.

Sources : ministère de l’Agriculture espagnol et Eurostat.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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