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Dossier 95 % de transmissions familiales en Allemagne

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Il est très difficile de trouver de la main-d’œuvre saisonnière outre-Rhin. Une des raisons qui freine les jeunes à s’installer. © Antonio Pisacreta/ROPI-REA

La reprise d’une exploitation nécessite des investissements importants, difficiles à réaliser sans l’aide des générations précédentes.

À la tête d’un troupeau de cinquante vaches laitières dans le sud de l’Allemagne, Maximilian a repris l’exploitation à 21 ans. Son père devait effectuer la cession pour toucher sa retraite. « La date était fixée, nous avons préparé la transmission dès le début de ma formation », explique le jeune éleveur. Jusqu’en 2018, cette situation était courante. Une loi, longtemps discutée, a mis un terme à l’obligation de trouver un repreneur pour bénéficier de sa pension. Depuis, les départs ont été multipliés par trois, pour ensuite retomber autour de 14 000 par an.

Pour le reste, les modalités des cessions sont identiques et les transmissions restent familiales (95 % des cas). « Un contrat est souvent signé entre les deux générations. Il y est indiqué si le cédant bénéficie du gîte et du couvert ou s’il reçoit une pension mensuelle.

Sociétés familiales

« Dans 99 % des cas, un rendez-vous avec un conseiller permet d’évaluer les performances économiques de la ferme, détaille Henrik Brunkhorst, président des jeunes agriculteurs de Basse-Saxe. La plupart du temps, l’exploitation est d’abord affermée. L’ancienne génération garde la propriété de l’immobilier. » Quand le cédant n’a pas atteint l’âge de la retraite, la création d’une société entre les deux générations suscite un engouement accru, notamment pour des raisons fiscales.

« Les investissements sont très élevés pour démarrer. Les exploitants sans repreneur cessent souvent d’investir dans les cinq à dix ans précédant la cession », observe Henrik Brunkhorst. Il faudrait « augmenter les aides à l’investissement pour les jeunes afin de rendre les cessions plus attractives », estime Peter Pascher, économiste auprès du syndicat agricole DBV. Les jeunes sont aussi confrontés à quatre défis : la crise de confiance de la population, la baisse des prix des productions, l’accès au foncier et à la main-d’œuvre. « En élevage, nous avons 4 à 5 % d’exploitations en moins par an depuis quelques temps », relève Peter Pascher. L’agribashing et la faiblesse des prix du lait et de la viande jouent un rôle. « À mon installation, le prix du lait était très mauvais. Nous sommes passés en bio en 2016 », explique Maximilian.

Difficile de s’agrandir

S’agrandir n’était pas une option dans une région où l’hectare se négocie entre 50 000 et 60 000 euros. Le coût du foncier, notamment près des métropoles, a fortement augmenté, obligeant souvent les jeunes à se tourner vers des modes d’exploitation plus intensifs pour s’assurer un revenu décent.

S’agrandir veut aussi dire trouver des bras : un problème croissant outre-Rhin. Pour des emplois très qualifiés, « le potentiel est là. Pour les saisonniers, c’est un défi croissant », reconnaît Henrik Brunkhorst. Il faut aller les chercher toujours plus à l’est. La fermeture des frontières au printemps a souligné cette dépendance. Henrik Brunkhorst compte sur la numérisation et les robots pour surmonter la difficulté.

Luc André

En chiffres

• Population agricole : 260 000 exploitants.

• Surface moyenne : 62,5 hectares.

• Âge moyen : 55 ans. 39,5 % ont plus de 55 ans et 24,7 % ont moins de 45 ans.

• 6 000 à 7 000 installations par an, dont 5 % hors du cadre familial.

• Taux de remplacement (1) : entre 43 et 50 %.

(1) Nombre de nouveaux installés, par rapport au nombre de départs en retraite sur une année.

Source : Eurostat.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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