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Dossier Quinze ans de suivi de vaches en finition

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À la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, l’engraissement de 356 vaches limousines a été étudié de 2000 à 2015. Avec plus de dix essais alimentaires comparés, cette base de données offre de solides repères en agriculture biologique.

Le suivi de l’engraissement des bovins est une affaire de longue date à la ferme de Thorigné-d’Anjou, dans le Maine-et-Loire. « Cette phase est associée à un certain nombre de verrous techniques », rapporte Julien Fortin, responsable de l’exploitation. Le risque d’acidose en cas d’augmentation des concentrés fermiers riches en amidon ou la variabilité de la valeur alimentaire des fourrages utilisés impliquent une gestion rigoureuse.

Performances variables

Pour y voir plus clair, les caractéristiques zootechniques de 356 femelles limousines ont été analysées durant quinze ans. Parallèlement, des essais ont été conduits en lots, pour comparer différents régimes alimentaires. « Les mises en lots ont été réalisées en fonction de l’âge, du poids, de l’état corporel et, dans la mesure du possible, des potentiels génétiques », ajoute l’expert.

« La grande diversité des caractéristiques initiales des femelles a conduit à des réponses zootechniques très variables intra et inter-essais », constate Julien Fortin. Pour une croissance moyenne de 878 g/j, l’écart type était de 354 g/j, signe d’une large fluctuation selon les individus. Néanmoins, de grandes tendances se dégagent. Par exemple, « la note d’état corporelle (NEC) a une incidence majeure sur la durée de finition : les vaches très maigres (NEC = 1,4) nécessitent en moyenne 60 jours d’engraissement supplémentaires par rapport à celles en état moyen (NEC = 2,4) », note Julien Fortin. Autre élément, sur les vaches abattues à plus de 6 ans, le rendement est plus faible. Quant à celles de plus de 8 ans, elles sont moins bien classées.

L’âge des vaches joue aussi sur leur prise de poids. Pour une durée d’engraissement de 135 jours avant abattage, « le gain journalier de carcasse sur les femelles de plus de 6 ans est de 340 g/j, contre 400 g/j en moyenne. « Si la reprise de poids chute en finition, les vaches plus âgées semblent décrocher de façon plus marquée. En mettant en perspective leur gain de poids par rapport aux coûts alimentaires, le bilan économique est négatif (- 0,71 €/j) », analyse Bertrand Daveau, ingénieur à Thorigné-d’Anjou.

74 % des femelles produites sur la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou ont âgées de moins de 6 ans. © L. Pouchard

Les derniers kilos coûtent cher à produire

Concernant l’incidence du régime alimentaire sur les performances des animaux, l’hétérogénéité des résultats ne permet pas de tirer de conclusions évidentes. Pour autant, trois régimes ont donné satisfaction dans le cadre d’un pré-engraissement à l’herbe et d’une finition à l’auge. L’enrubannage de prairies à flore variée, avec une récolte précoce de fourrages ingestibles à densité énergétique élevée (0,85 UFV/kg de MS ingérée), permet de se passer d’un concentré azoté. Le régime à base d’ensilage de prairies à flore variée et de foin est jugé efficace, à condition que les fourrages récoltés soient de bonne qualité. Les régimes à base de 6 kg de MS d’ensilages d’associations céréales-protéagineux ou de maïs se valent également, si un complément de foin est distribué. « L’objectif est d’aller chercher une valeur énergétique maximale dans les fourrages. Concernant les apports azotés, tendre vers un équilibre de 100 g PDI/UF permet de sécuriser la phase d’engraissement », souligne l’expert.

Malgré une alimentation dosée au plus près des besoins des vaches en finition, la marge sur coût alimentaire ne s’est améliorée que de 45 € en quinze ans. Les derniers kilos, qui coûtent cher à produire, suscitent des interrogations. Pour aller plus loin dans son analyse, la ferme s’est équipée d’auges peseuses depuis 2017. « Ce dispositif permettra de quantifier l’efficacité alimentaire individuelle des animaux », fait savoir Julien Fortin. La ferme expérimentale travaille actuellement sur la conduite de deux lots de 15 vaches abattues à une NEC de 2,5 et de 3, respectivement. L’objectif est de mesurer l’incidence d’une NEC basse sur les qualités organoleptiques de la viande. Les résultats sont attendus en 2021.

Le croisement limousin-angus à l’essai

« En l’espace de quinze ans, les durées de finition ont augmenté de 56 jours, rapporte Julien Fortin, responsable de la ferme de Thorigné-d’Anjou. La part de concentrés, quant à elle, a doublé, sans améliorer pour autant le classement des carcasses. Les bovins finis sont de plus en plus lourds, alors que la filière aval est à la recherche de carcasses légères pour la mise en barquettes des muscles prêts à découper (PAD) en grande distribution. Chez Unébio, premier metteur en marché français, « des pénalités sur la grille de prix sont appliquées dès lors que le poids de l’animal dépasse 480 kgc », renseigne Aurélie Mauget, responsable marketing, communication innovation.

Devant ce constat, des interrogations se sont posées sur l’efficience technico-économique du système. Parmi les leviers techniques, la race angus utilisée en croisement terminal, précoce et de petit gabarit, s’est révélée être une piste intéressante à explorer. » Ainsi, un taureau angus issu du rameau écossais a fait son entrée sur la ferme en avril 2019. Seules les génisses pour un premier vêlage à 24 mois sont mises à la reproduction. Tous les produits sont destinés à la production de bœufs et de génisses croisées de 24 à 27 mois, pour des poids carcasse de 350 à 400 kg. Si deux veaux issus d’insémination sont nés en automne 2019, sept autres produits de ce taureau ont vu le jour au printemps. « Les premières naissances confirment la compatibilité du taureau angus avec un âge au premier vêlage à deux ans », note Julien Fortin. Pour plus de résultats, il faudra attendre 2022.

© L. Pouchard
Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Hausse inattendue dans les laitières

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Cet article est paru dans La France Agricole

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