«Du théâtre dans la grange,

Comme c'est étrange!

Du swing dans le hangar,

Bizarre, Bizarre!

Dans le grenier,

de la peinture,

Mais c'est bien sûr...

De la peinture à l'agriculture,

C'est Brin de culture.»

Ces vers résument à eux seuls l'esprit du festival: faire rimer agriculture avec culture.

Le festival est né en Bretagne, il y a trois ans, d'une rencontre entre agriculteurs et associations culturelles. «Nous, agriculteurs, nous travaillons avec les saisons. Au sein du réseau «Bienvenue à la ferme», chaque temps fort est marqué par un événement: marchés de Noël, randonnées à la ferme aux beaux jours, marchés d'été. A l'arrivée de l'automne, nous cherchions un moyen de faire vivre nos campagnes», explique Huguette Legrand, agricultrice, présidente du réseau dans les Côtes-d'Armor.

«De leur côté, des musiciens, des artistes de l'Ecole des beaux-arts, l'Association de promotion du conte, à la recherche de nouveaux lieux d'expression ou d'exposition, nous avaient contactés», se souvient Marie-Paule Fouquin, animatrice de l'Union bretonne du tourisme rural. Il restait à les faire se rencontrer. C'est aujourd'hui chose faite. Durant dix jours, à la fin d'octobre, la campagne s'anime au gré des programmations: fest-noz à la ferme, veillées de contes au coin du feu, bal musette dans les vergers, exposition de photos dans la porcherie, concert de rock dans la "stabu"... Toujours dans la simplicité et la convivialité. Cette année, trente exploitations ont ouvert leurs portes au public. Chaque agriculteur organise sa programmation.

«Le festival contribue à diffuser la culture pour tous en milieu rural en proposant aux artistes des lieux insolites, poursuit-elle. Rien de tel que des vieilles pierres pour faire résonner les sons et les voix. "Brin de culture" permet de rapprocher deux mondes qui ne se côtoient pas si souvent et répond à une demande de la société. Accessoirement, le festival permet de générer de nouvelles activités dans les fermes.»

«Les écrits des Garennes»

Composé d'agriculteurs et d'écrivains, le jury a primé trois nouvelles et décerné un coup de coeur.

Organiser un concours de nouvelles «agricoles», c'est l'idée originale qu'a eue un groupe d'amis comptant des agriculteurs et des écrivains dans les Côtes-d'Armor. «Lors de la première édition de "Brin de culture", les écrivains s'étaient déplacés à la ferme pour un plateau littéraire. Nous avons voulu aller plus loin en permettant à tous de s'exprimer, de s'essayer à l'écriture», explique Anne-Marie Charles, agricultrice au Haut-Corlay. Le concours intitulé «Les écrits des Garennes» invitait toute personne à écrire une nouvelle valorisant l'agriculture d'aujourd'hui, en tenant compte de ses réalités, de ses contraintes, de ses espoirs. «Nous avons reçu 51 écrits de toutes les régions de France et de tous horizons. Seuls six exploitants se sont portés candidats, mais beaucoup ont trouvé leurs sources d'inspiration dans la famille, auprès d'amis agriculteurs.» Le jury a primé trois nouvelles et décerné un coup de coeur. «Le choix a été difficile tant les écrits étaient remarquables», atteste Georges Gendreau, écrivain, l'un des initiateurs du projet. Le fils qui ne reprendra pas la ferme, le coup de pouce des grands-parents à l'installation du petit-fils, le célibat ou encore la vie chronométrée d'une jeune agricultrice mère de famille... autant de thèmes à découvrir dans le recueil édité pour l'occasion et diffusé par le réseau «Bienvenue à la ferme».

par Isabelle lejas (publié le 31 octobre 2003)