En Auvergne-Rhône-Alpes, la plupart des systèmes bovins allaitants de montagne produisent des broutards exportés pour être engraissés. Dans ce contexte, « la valeur produite sur le territoire de naissance est extrêmement faible », révèle Bernard Sepchat, ingénieur bovin viande à l’unité expérimentale Herbipôle de l’Inrae.

Trouver le bon compromis

Dans le cadre du projet Salamix (1) débuté en 2015 à Laqueuille (Puy-de-Dôme), l’Inrae s’est penché sur une nouvelle voie de valorisation en zone de montagne en bio : l’engraissement à l’herbe, patûrée ou récoltée, et le recours minimum aux intrants. « Or, les orientations génétiques des races allaitantes françaises rendent ces objectifs difficiles à atteindre, estime l’expert. De maturité tardive et à fort développement musculaire, ces races nécessitent des rations très énergétiques en phase d’engraissement. » Si l’idée de ce projet n’est pas d’inciter au croisement, elle est en revanche de souligner la nécessité d’apporter davantage de précocité aux races à viande françaises.

Croissance et finition sans concentrés

En s’appuyant sur les conduites d’élevages suisses montagnards engraissant des jeunes bovins (JB) exclusivement à l’herbe, le collectif Salamix a opté pour le croisement de la race salers avec la race angus en voie paternelle. « Nous avons émis l’hypothèse que le croisement permettrait de réduire la consommation d’intrants, grâce à une meilleure valorisation de l’herbe et à une durée d’engraissement plus courte », souligne Bernard Sepchat.

Depuis le lancement de Salamix, 106 bouvillons castrés à 3 semaines et génisses ont été abattus. Chaque année, 36 vaches salers sont mises à la reproduction avec un premier vêlage à 36 mois. « Les produits croisés naissent entre février et mars. Dès le 15 avril, les couples mères-veaux sont mis à l’herbe sans complémentation dans les prairies de montagne de Laqueuille, entre 1 050 et 1 400 m d’altitude », renseigne l’ingénieur. Sevrés à 300 kg vif à l’automne, les JB rejoignent les bâtiments pour être engraissés. « Depuis deux ans, nous avons stoppé l’apport de concentrés. Les animaux reçoivent en moyenne 8 kg de MS d’enrubannage d’herbe et de regain par jour. D’un gain moyen quotidien (GMQ) de 1 000 g/j sous la mère, ils passent à une croissance plus modérée pendant la phase d’engraissement, autour de 800 g/j », indique Bernard Sepchat. La finition n’en est pas moins réussie. « Abattus à l’âge de 15 mois pour un poids carcasse de 250 kg, la note d’état corporelle des JB croisés (entre 3 et 3,5) est équivalente à celle de bœufs salers abattus entre 18 et 24 mois. Seul bémol, la valorisation de carcasses aussi légères trouve difficilement sa place dans le circuit traditionnel bio », note l’expert.

(1) Systèmes d’élevage allaitant herbagers : adapter le type génétique et mixer les espèces pour renforcer leur durabilité.