Lors d’un rendez-vous de la chaire AgroTic consacré à la télédétection par satellites le 14 janvier dernier, représentants des fournisseurs d’OAD, prestataires de services et coopératives se sont entendus sur un point : la technique est encore loin de faire l’unanimité chez les agriculteurs. Les centaines de milliers d’hectares utilisant Farmstar cachent en fait une réalité : l’usage détourné de cette solution.

Sur le terrain, les techniciens de coopératives constatent, en effet, que les agriculteurs se servent de cette technologie pour les déclarations de surfaces et non pour le pilotage intraparcellaire de la fertilisation, qui est sa raison d’être. Et lorsque la télédétection est employée pour piloter la fertilisation, son utilisation reste interparcellaire.

Un matériel encore mal adapté

Si les coopératives pointent le problème du revenu des agriculteurs, qui freine leurs investissements, les fournisseurs d’OAD insistent surtout sur l’aspect dématérialisé des données issues des satellites. « Les achats de matériels n’ont jamais été aussi importants qu’au cours des deux dernières années mais il est plus rassurant pour un agriculteur de faire l’acquisition d’une nouvelle machine que d’un conseil sur internet », constate ce fournisseur de services.

L’autre frein identifié est justement lié au matériel. Pour exploiter pleinement les informations fournies par les satellites et les services associés, il faut être en mesure de réaliser de la modulation intraparcellaire et donc d’intégrer des cartes de préconisation dans le terminal du tracteur. Cela signifie qu’il faut non seulement posséder un tracteur capable de gérer la coupure de tronçons mais également avoir un pulvérisateur ou un distributeur d’engrais suffisamment récent et haut de gamme pour moduler la dose en continu. Selon les matériels, cela peut représenter un surcoût­ de 30 %.

Une offre pléthorique

Sur le terrain, les techniciens regrettent des discours discordants entre le monde académique, qui fait la promotion de solutions loin d’être déployées sur le terrain, et les fournisseurs de services, qui ne proposent que des solutions matures.

La gratuité de certaines images Sentinel encourage aussi un grand nombre de start-up à proposer des services à bas coût. Basés sur des algorithmes disponibles en Open source, souvent développé dans des pays où l’agriculture est très différente de la nôtre, ils ne fournissent pas toujours un conseil pertinent.

Certaines parcelles sont ainsi abonnées à plusieurs services et reçoivent des conseils divergents, ce qui impacte la confiance de l’agriculteur dans cette technologie. Et ce d’autant plus que la mode du drone et le développement de solutions considérées plus fiables comme les cartes de sol et la proxi-détection s’avèrent de sérieux concurrents pour les images satellites.

Rentabilité difficile à évaluer­

Mais le vrai handicap à l’adoption de la télédétection par satellite est son retour sur investissement difficile à évaluer. Avec les conditions climatiques changeantes et la succession d’années exceptionnelles, il est désormais compliqué d’avoir une campagne de référence pour mesurer l’impact des OAD. L’accompagnement financier et technique dans l’adoption de cette technologie, en particulier pour les phases fastidieuses comme la saisie des données initiales, et l’investissement dans du matériel sont indispensables pour la démocratiser et la rendre accessible à tous.