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En Bulgarie (photo), les montants moyens des aides Pac sont faibles, mais le revenu agricole est au même niveau que le reste de l'économie. © P.Peeters.

PAC

Des montants tout sauf uniformes dans l’UE

Commune, la Pac ? Oui, mais pas uniforme. Ne serait-ce que sur les niveaux de soutien versés aux agriculteurs, très variables d’un État à l’autre. En 2016, le montant moyen des aides directes à l’hectare allait de moins de 120 €/ha en Estonie jusqu’à plus de 400 €/ha aux Pays-Bas et plus de 600 €/ha à Malte, tandis que la France était à peine au-dessus de la moyenne européenne de 259 €/ha. Du fait des diversités de structures parmi les Etats membres, cette hiérarchie est bousculée si l’on regarde le niveau moyen d’aides versé par exploitation (aides directes du premier pilier et aide aux zones défavorisées). Avec plus de 23 000 € par bénéficiaire en 2017, les exploitations françaises apparaissaient parmi les mieux dotées. Toutefois moins que les slovaques ! Et les agriculteurs estoniens n’apparaissent finalement pas tant lésés, avec en moyenne 8 090 € par bénéficiaire alors que la moyenne européenne s’établit à 6 790 €. Le niveau le plus faible s’observe en Roumanie, avec 2 370 €/bénéficiaire d’aides directes en moyenne. Mais les différents niveaux de soutien doivent aussi être mis en perspective avec les contextes économiques.

En moyenne dans l’Union européenne, le revenu agricole atteignait à peine 40 % de celui des autres secteurs d’activité sur 2013-2015. Toutefois, dans certains pays (notamment les pays baltes, en République tchèque, en Slovaquie, en Bulgarie, en Hongrie, mais aussi en Espagne), l’écart entre le revenu agricole et le revenu moyen, tous secteurs économiques confondus, était très faible, voire nul. À l’inverse, les montants d’aides relativement élevés dans certains pays (comme la France, le Luxembourg, le Danemark…) étaient loin d’assurer aux agriculteurs un revenu comparable à celui des autres secteurs d’activité.

La part des aides Pac dans le revenu agricole est également très variable. Ainsi, en France, elles n’ont représenté « que » 40 % sur la période 2013-2017. C’est légèrement au-dessus de la moyenne européenne de 37 %, mais très en dessous des niveaux observés dans certains États. Près de 90 % du revenu agricole en Slovaquie est assuré par la Pac (aides des deux piliers) et plus de 65 % dans les États baltes. On voit que l’équité entre les États membres ne se résume pas à une simple « convergence » des montants versés à l’hectare, ni même à l’actif…

Réglementation routière

On roule moins vite en France

40 km/h mais le pied sur le frein, c’est le paradoxe français. Alors que tous les tracteurs sont homologués pour circuler à cette vitesse, la plupart des véhicules agraires sont encore limités à 25 km/h. Les Allemands et la plupart des pays d’Europe centrale autorisent une circulation à 50 km/h, voire 60 km/h à condition d’être titulaire d’un permis de conduire spécial et de soumettre le tracteur à un contrôle technique régulier. Aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, les vitesses autorisées sont respectivement de 25 et 30 km/h mais, dans la pratique, personne ne les respecte et tout le monde roule à 50 km/h, sous l’œil compréhensif des autorités. Les nouvelles règles européennes d’homologation des tracteurs, la Mother Regulation, permettent de vendre des engins capables de rouler à 50 km/h en France mais le code de la route impose toujours au chauffeur de se limiter à 40 km/h. L’obligation de mise en place d’une double ligne de freinage devrait aussi résoudre progressivement le problème des remorques limitées à 25 km/ h.

Si les agriculteurs français roulent moins vite que leurs collègues, ils bénéficient toutefois de forces de l’ordre plus compréhensives. En Allemagne comme en Pologne, le bâchage des remorques de betteraves et de pommes de terre est en effet obligatoire. Les policiers procèdent aussi fréquemment à des contrôles de poids des chargements. Enfin, la largeur d’outil de 3,5 mètres autorisée sur route, une spécificité française, permet d’augmenter le débit des chantiers par rapport à un matériel de 3 mètres, sans investir dans un outil repliable, plus coûteux.

BIOÉNERGIES

Le parcours du combattant

Quand il s’agit de se lancer dans les bioénergies, les agriculteurs allemands font un sprint en conditions idéales, alors que les Français doivent emprunter un parcours du combattant en pleine tempête. L’Allemagne compte plus de 10 000 unités de méthanisation, dont les trois-quarts en agricole. En 2012, le gouvernement fédéral a introduit une prime de flexibilité qui a permis à beaucoup d’agriculteurs d’augmenter leur puissance installée. En outre, moins de six mois suffisent pour monter un projet en Allemagne, contre près de deux ans en France.

Avec le photovoltaïque, les Français partent aussi avec un handicap. En effet, pour obtenir le tarif de rachat le plus intéressant, les modules doivent constituer l’élément principal assurant l’étanchéité de la structure et couvrir un bâtiment agricole âgé de plus de deux ans, clos et couvert sur toutes ses faces latérales. De leur côté, les Allemands peuvent se contenter d’installer du photovoltaïque en surimposition sur n’importe quel bâtiment pour bénéficier du tarif de rachat avantageux.

L’Atout du conseil indépendant

Le réseau des chambres d’agriculture garantit un accès aux services de conseillers compétents et indépendants à la majorité des agriculteurs. Hormis l’Allemagne et les Pays-Bas, la plupart de nos voisins européens doivent faire appel à des prestataires privés. En France, seul le machinisme agricole est dans ce dernier cas de figure, avec la disparition de structures centrales comme le BCMA. Les Allemands, eux, bénéficient des services haut de gamme de la DLG, qui teste tous les matériels, du manchon de traite jusqu’à l’arracheuse de betteraves.

Interview
« La France garde des perspectives » Thierry Pouch, économiste et responsable du service des études références et prospective pour l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture

La France est-elle si mauvaise ?

On ne peut pas l’affirmer. Nous avons gardé un excédent agricole que les Allemands n’ont jamais eu par exemple, concentré autour de quelques secteurs : vins et boissons, céréales, produits laitiers, sucre et animaux vivants. Nous avons un excédent de près d’un milliard d’euros sur les semences, ce n’est pas négligeable. Certaines de nos filières, comme la fromagère, sont très organisées. Les branches céréalières et viticoles marchent assez bien. On ne peut pas être bon partout.

Comment expliquer la place de la France sur le marché européen ?

L’Union européenne s’est élargie, nous n’étions pas les seuls à vouloir conquérir les marchés et nous avons ouvert la voie à de nouveaux concurrents. En quelques années, la Pologne est venue se ranger dans les principaux pays producteurs et exportateurs de l’UE. En Allemagne, les coûts salariaux ont été réduits grâce à la politique de Schröeder mais aussi aux travailleurs détachés. Face à ça, la France ne tient pas la route.

Quelles sont les perspectives pour l’agriculture française ?

D’ici 2050, 64 % de la classe mondiale moyenne sera en Asie. La Chine est un marché difficile, mais nous avons réussi à leur montrer la qualité de notre production. Le Japon comme Singapour recherchent la qualité française. Des marchés s’ouvrent en Afrique subsaharienne. Pourtant, lâcher nos exportations sur l’UE, par rapport à l’imaginaire collectif, semble compliqué. Or, l’UE est un espace concurrentiel et nous allons voir les pays s’affronter sur le marché intra-communautaire. Comment enclencher une harmonisation entre les pays membres ? Soit nous amorçons un débat douloureux sur une Europe fédérale, soit nous allons vers une Europe néo-nationaliste, comme cela semble être le cas aujourd’hui. Mais la France a des perspectives, la position des Pays-Bas et de l’Allemagne n’est pas forcément durable avec des contraintes environnementales, des difficultés à renouveler les générations… L’Ukraine et la Russie ne sont pas à l’abri d’une sécheresse dans les années à venir. En France, nous avons une régularité de nos productions qui nous avantage.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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