«J'ai d'abord essayé d'intensifier ma production avec des éponges et l'insémination pour arriver à trois agnelages en deux ans, témoigne Xavier Picot, à Saissac, dans l'Aude. Puis j'ai testé une race prolifique, la romane, mais je ne m'en sortais pas.

J'ai préféré revenir à la rustique limousine, qui valorise mieux le pâturage. J'obtiens seulement un agneau par brebis et par an. Mais en m'organisant bien, j'ai doublé l'effectif, pour arriver à 600 brebis tout en dégageant du temps pour vendre 300 agneaux en direct aux particuliers. »

Avec un parcellaire bien groupé  160 ha en trois îlots, Xavier mise sur le pâturage pour exploiter l'herbe avec un minimum de travail. Sur les 70 ha de prairies temporaires, il n'a besoin que d'une coupe. Dix hectares enrubannés et 60 ha fanés lui suffisent pour être autonome en fourrage. Les regains sont ensuite pâturés, de même que les 57 ha de prairies naturelles.

Pour gagner du temps, Xavier a aussi supprimé le travail du sol et délégué l'implantation de ses 50 ha de céréales et de prairies temporaires à une entreprise équipée d'un semoir direct. Avec 33 ha d'orge, de triticale et d'avoine, il couvre largement ses besoins en paille et en grain.

Toujours pour gagner du temps, la reproduction est conduite en monte naturelle. Une centaine de limousines sont saillies par des béliers limousins, et les autres par des suffolks.

L'agnelage est réparti en deux périodes pour étaler le travail et les ventes. Un premier lot de 400 brebis agnellent en décembre et janvier, et rentrent en bergerie à ce moment-là. En mars, en fonction de la pousse de l'herbe, les mères commencent à sortir durant la journée. A partir d'avril, après le sevrage, elles restent tout le temps au pré pendant que les agneaux sont finis en bergerie.

Les 200 brebis restantes mettent bas d'avril à juin et élèvent leurs agneaux en plein air. Démarrés au lait et à l'herbe, ceux-ci ne rentrent en bergerie qu'en juillet et août pour la finition. « D'avril à novembre, toutes les brebis sont conduites en plein air intégral, ce qui allège le travail. Je n'ai plus à les affourager, sauf s'il fait très sec, mais seulement à les déplacer d'un parc à l'autre », relève Xavier.

Huit mois en plein air.

En fin d'hiver et au printemps, les brebis qui ont agnelé pâturent sur 50 ha cloisonnés en parcs de 2 à 5 ha. Cela facilite la bonne gestion de l'herbe. Pendant qu'elles utilisent ce premier îlot, Xavier se consacre aux foins et aux moissons sur les deux autres îlots. A partir de juillet, une fois les récoltes terminées, il y amène les brebis, qui y pâturent jusqu'à l'automne.

« Pour disposer de suffisamment d'herbe au printemps, je sème un mélange de ray-grass italien et d'avoine, très productif. Ensuite, j'utilise surtout du dactyle. » Grâce à un ruisseau qui traverse toute l'exploitation, pratiquement tous les parcs disposent d'un point d'eau naturel.

Le calendrier est bien organisé. « Pendant les trois mois d'hiver, les animaux ne sortent pas. A cette période, je n'ai plus d'agneaux à vendre, et je peux me consacrer à fond à l'agnelage », souligne Xavier. Quand la vente directe redémarre, le travail en bergerie diminue rapidement avec la mise à l'herbe.

Il y a un pic en avril, mai et juin, au moment des récoltes et du deuxième agnelage. « C'est là que j'ai le plus besoin de mon fils », poursuit Xavier. A l'automne, il faut s'occuper de l'entretien des clôtures, du curage et du nettoyage des bergeries. Entre son fils et lui, Xavier estime qu'il y a du travail pour 1,3 UTH. Deux périodes plus calmes lui permettent de partir en vacance fin février et fin août, en laissant l'exploitation à son fils.

20 km par colis livré.

La vente directe s'étale sur trente semaines de mi-mars à mi-juin, et de mi-septembre à mi-décembre. Le lundi en fin d'après-midi, Xavier trie les agneaux commandés et les emmène à l'abattoir. L'abattage, la découpe et le conditionnement en colis d'une demi-carcasse sont réalisés par un prestataire de services. « Le vendredi midi, je récupère les colis et je livre jusqu'au soir », précise Xavier.

La plupart des clients sont de l'Aude. En organisant bien ses tournées, il arrive à ne faire que vingt kilomètres par colis en moyenne. « Je connais mes clients. Je note à quelle période ils ont acheté l'année précédente et je les rappelle un peu avant, pour prévoir les tournées des semaines à venir. Cela me prend une bonne heure chaque soir, mais c'est un travail indispensable. »

En 2009, Xavier n'a obtenu que 500 agneaux, à cause d'une stérilité passagère des béliers à l'automne 2008. Il a gardé cent agnelles pour le renouvellement, et en a commercialisé cent comme reproductrices ou comme brebis tondeuses pour les particuliers.

Les 300 agneaux vendus en direct, lui ont apporté une plus-value de 48 € chacun, ce qui fait 14 400 € en tout. « Si je ne m'étais pas lancé dans ce mode de vente, je ne serais plus éleveur. Je dégage enfin un revenu. J'ai pu quitter mon groupement de producteurs, et commencer à rembourser mes dettes. L'an prochain, il me restera à trouver de nouveaux clients pour cent agneaux de plus. »

Points forts :
  • Deux périodes d'agnelage pour répartir le travail.
  • Des prairies groupées et de nombreux points d'eau.
  • Huit mois en plein air.
  • Du temps dégagé pour la vente directe.

Points faibles :

  • Un pic de travail très marqué en avril, mai et juin.
  • L'équilibre entre travail et revenu peut être amélioré.
par Frédérique Ehrhard.