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Dossier Mycotoxines : des risques à ne pas sous-estimer

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Le Deoxynivalénol ou Don est synthétisé par des champignons du genre Fusarium, responsables de la fusariose de l’épi. © Sébastien Champion

Bien que le risque sanitaire lié aux fusarioses soit bien maîtrisé en France,le développement de systèmes « alternatifs » comme le semis direct questionne.La vigilance doit rester de mise. D’autres maladies que l’on croyait vaincues resurgissent.

«Le Don, ou déoxynivalénol, fait partie des mycotoxines les plus préoccupantes en Europe », assure Laëtitia Pinson-Gadais, chercheuse à l’Inra. Également connu sous le nom de vomitoxine, il est synthétisé par des champignons responsables de la fusariose. Sa concentration dans les produits alimentaires, à destination humaine ou animale, est réglementée au niveau européen depuis 2006. Le Don peut provoquer chez l’homme des vomissements, voire la mort dans le cas d’intoxications aiguës (modification de la synthèse des cellules sanguines).

« Contrairement à d’autres pays, le risque sanitaire lié aux mycotoxines est très bien maîtrisé en France. La problématique est connue depuis longtemps », affirme Françoise Botterel, médecin et secrétaire générale de la Société française de mycologie médicale. Selon Arvalis, le contexte climatique, qui n'est pas maîtrisable, a un poids important dans le développement de cette maladie. Il explique à lui seul 60 % de la variabilité des contaminations en Don sur céréales. Les leviers techniques, reflétant les 40 % restants, sont cependant identifiés et hiérarchisés. Ainsi, le précédent cultural (nature et gestion des résidus) est celui qui influence le plus l’accumulation de mycotoxines dans les épis.

Vient ensuite la résistance variétale, bien qu’aucune variété ne soit totalement résistante à la fusariose, puis l’utilisation de fongicides. « C’est la combinaison de ces facteurs qui module le niveau de risque », insiste Benoît Méléard, responsable qualité technologique et qualité grains chez Arvalis.

Tous ces éléments ont été synthétisés par l’institut technique dans une grille agronomique (voir ci-contre pour le blé tendre. Son équivalent est également disponible pour le blé dur, le triticale et le maïs). « Cet outil de diagnostic permet d’articuler les traitements anti-fusariose en fonction des risques et du climat dans une fenêtre de quatorze jours autour de la floraison », explique-t-il. Un temps humide autour de ce stade favorise le développement des fusarioses de l’épi. Il est important d’être attentif aux précipitations pour évaluer au mieux le risque final. Aussi, il est fortement conseillé de ne pas irriguer pendant cette période.

Cinq fois plus contaminé

Arvalis et Syngenta proposent également des applications aux collecteurs (respectivement Myco-LIS et Qualimètre) pour que les conseillers adaptent leurs recommandations de traitement. Prenant en compte diverses données climatiques locales, elles visent à prédire le niveau de risque avant récolte, et à adapter la collecte et l’allotement.

Sur blé tendre, les niveaux de risque les plus élevés résultent notamment de la combinaison d’un précédent de maïs avec un non-labour. « La technique du semis direct a été très clairement identifiée comme un facteur de risque, indique Benoît Méléard. Les blés sont en moyenne cinq fois plus contaminés que ceux ayant bénéficié d’un labour ou d’un broyage préalable des résidus. » En effet, les résidus de maïs constituent potentiellement une source d’inoculum importante. « Le broyage des cannes est recommandé, car il permet de diviser par deux les teneurs en Don par rapport à un semis direct sans broyage. »

En agriculture biologique, les seuils réglementaires sont les mêmes qu’en conventionnel et la surveillance menée par les coopératives similaire. Aux champs, la lutte s’articule autour de la mise en place de rotations longues, l’utilisation de variétés résistantes (Renan par exemple), du labour pour la gestion des adventices, ainsi que la gestion de la fertilisation. « En quantité importante, l’azote favorise la sensibilité des cultures », assure Bruno Taupier-Letage, responsable qualité des produits et transformation à l’Itab (1). Contrairement aux idées reçues, les cultures bio ne seraient pas plus contaminées qu’en agriculture conventionnelle. La moindre présence de maïs et la pratique plus importante du labour limiteraient la contamination par les mycotoxines. « Il y a peu de références sur le sujet », nuance toutefois Benoît Méléard. Ce qui empêche de tirer des conclusions.

Éviter les jachères de couverts spontanés

Le cahier des charges de la démarche CRC (Cultures raisonnées et contrôlées) garantit des céréales dont la teneur en Don est inférieure à 1 000 µg/kg (seuil européen : 1 250 µg/kg). Pour s’y conformer, le GIE CRC a mis en place des obligations de moyens pour les organismes stockeurs (utilisation d’OAD), mais également pour les agriculteurs. Il est par exemple interdit d’implanter une culture CRC (blés, seigle) derrière une jachère de couverts spontanés. Pour le blé dur, l’irrigation pendant la floraison est interdite. D’autres critères relatifs à la résistance variétale et au travail du sol sont également pris en compte.

L’ergot, enjeu d’exportation

Même si le seigle est l’espèce la plus sensible à l’ergot, cette maladie peut, plus ponctuellement, toucher d’autres céréales. En blé, l’enjeu est de taille : début avril, les opérateurs ont appris qu’un bateau français de 63 000 t avait été refusé en Égypte, officiellement en raison de la présence d’ergot (0,1 % contre un seuil acceptable de 0,05 %). En marge d’un conseil spécialisé pour la filière céréales de FranceAgriMer qu’il préside, Rémi Haquin a estimé que ce terme de « refus » était excessif et a indiqué que les discussions se poursuivaient. Quand les Égyptiens ont acheté ce blé, les cours étaient nettement plus élevés qu’à la livraison, ce qui pourrait expliquer ces discussions. Le chargement a finalement été accepté après contre-expertise. Un des moyens de prévenir l’ergot est la gestion des adventices (hôtes secondaires), dans les parcelles et en bordure. Les évolutions réglementaires, relatives notamment aux herbicides, ne facilitent pas cette lutte.

Changement climatique, métabolites des DON : des enjeux émergents

Des travaux de recherche suggèrent qu’en réponse au réchauffement climatique, le risque de contamination aux champs du maïs en aflatoxines pourrait augmenter. Cette autre famille de mycotoxines, réglementée à l’échelle européenne depuis 1997, est synthétisée par des champignons du genre Aspergillus. Elles sont aujourd’hui cantonnées dans des zones à climat chaud et sec (Espagne, Italie, Europe de l’Est par exemple) et se développaient jusqu’alors surtout au stockage. En revanche, les fusarioses et leurs mycotoxines associées, dont les Don, ne devraient pas être modifées. Autre enjeu : celui des « mycotoxines masquées », issues de la dégradation des toxines par la plante infectée. Celles issues du Don auraient une toxicité similaire à la molécule mère elle-même. La réglementation se dirigerait vers une prise en compte de ces métabolites, ce qui équivaudrait à un durcissement.

La carie du blé de retour

Si les blés cariés ne sont pas toxiques, ils sont néanmoins impropres à la consommation et provoquent des pertes de rendement. « On remarque une recrudescence en lien avec l’agriculture biologique », indique Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture à l’Inra. Bien qu’encore présente, la maladie avait fortement régressé depuis les années 1950 avec la généralisation des traitements de semences. Sa progression serait liée à la multiplication des surfaces cultivées en bio et à la méconnaissance des techniques de lutte. Traitement de semences, rotations longues, contrôles réguliers aux champs, analyses en laboratoire au moindre soupçon… L’Itab (1) préconise de combiner les leviers. En cas de présence avérée, la récolte doit être incinérée, voire brûlée sur pied.

(1) Institut technique de l’agriculture biologique.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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