En ration de base ou en appoint, sur quelques mois ou toute l’année, avec de la luzerne, du maïs ou des mélanges trèfle et ray-grass…, l’affouragement en vert se fait à la carte.

D’après une enquête menée par les chambres d’agriculture de Bretagne sur trente exploitations en 2010, trois profils ressortent.

Quête d’autonomie alimentaire

Les éleveurs qui affouragent au printemps et en été cherchent souvent à valoriser les parcelles inaccessibles aux vaches. D’autres privilégient l’affouragement de dérobées et couverts en hiver pour réduire le coût de la ration. Et certains combinent les deux. Cette stratégie permet de diversifier la ration toute l’année et d’économiser un maximum de correcteur azoté. Une souplesse d’utilisation qui pallie aussi un déficit de stocks fourragers et joue sur l’ouverture des silos. Dans tous les cas, la recherche d’autonomie alimentaire, surtout protéique, est dans le spectre des producteurs.

Quant aux volumes distribués, le matériel peut rapidement devenir un facteur limitant. « Le taux de matière sèche (MS) de l’herbe est assez faible, souligne Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage. Apporter 5 kg de MS/VL/jour, c’est plus de 25 kg bruts par tête pour une herbe à 20 % de MS. On se retrouve vite à faire deux coupes par jour avec du gros matériel. »

Concernant les espèces variétales, la palette est tout aussi large. Une production rapide, abondante et plus pérenne qu’un ray-grass italien place le ray-grass hybride parmi les graminées les plus choisies. « Certains mélanges à base de dactyle ou fétuque offrent une résistance supérieure aux fortes chaleurs », relève Valérie Brocard.

Témoignage
« Notre parcellaire morcelé n’est pas adapté au pâturage » Bruno Martel, en Ille-et-Vilaine (Bretagne), 120 holsteins et croisées brunes en bio

« Nous avons 190 ha en herbe sur site, mais seulement 36 ha accessibles pour nos 120 vaches laitières », explique Bruno Martel, en évoquant son parcellaire morcelé. En 2003, 40 ha non accessibles entrent dans l’exploitation. « Il a fallu choisir entre l’affouragement et la constitution de stocks d’herbe, de maïs ou de céréales immatures, se rappelle l’éleveur. La mise en place de cultures annuelles est plus coûteuse et assez incertaine en bio (corbeaux, aléas climatiques, taupin…). Sans compter que le processus de conservation affecte l’appétence et la teneur en vitamines et oligo-éléments des fourrages. Avec l’affouragement, pas besoin d’attendre six mois pour que la réponse en lait renfloue la trésorerie ! »

Cette stratégie permet de maintenir un apport en herbe autour de 20 kg de MS/VL/jour entre mars et octobre. La part d’herbe affouragée varie entre 8 et 18 kg de MS/VL/jour, selon le rendement et la portance des pâtures. Les prairies de fauche, conduites sur cinq ans, sont composées de trèfles violet et blanc, ray-grass anglais, fétuque, orge ou encore avoine. « On atteint souvent 90 g/kg de PDI », se félicite Bruno. Ce mélange productif, à forte valeur nutritionnelle, ne peut pas être adopté sur les prairies permanentes pâturées, « moins portantes et exposées au piétinement. » En hiver, les laitières sont complémentées avec de l’ensilage d’herbe et de maïs, un mélange céréalier sec et du correcteur azoté, à raison de 1,5 kg/VL/jour. « L’affouragement optimise notre autonomie protéique à la belle saison. Avec un correcteur azoté à 750 €/t en agriculture biologique, l’intérêt n’est plus à prouver. »

Témoignage
« Le maïs vert compense la moindre qualité de l’herbe d’automne » Hervé Mottiez, dans le Doubs (Bourgogne Franche-Comté), 75 montbéliardes en zone AOP comté et morbier

Économie importante

Les prédécesseurs d’Hervé Mottiez, installé en 2018, ont commencé à affourager le maïs en 2012. « Le lait conventionnel ne payait pas assez. Ils ont décidé de passer en AOP comté et morbier, bannissant de fait les fourrages conservés de la ration », relate le producteur, qui a perpétué leurs pratiques.

Le maïs vert est distribué en automne, entre le 15 août et le 15 octobre, à raison de 5 kg de MS/VL/jour. « Cette période correspond également au pic des vêlages à la ferme (plus de 80 % des vaches laitières), car le prix du lait y est plus intéressant, explique l’éleveur. Or, cette période est aussi celle où l’herbe est moins riche en protéines et matières grasses. L’apport complémentaire de maïs vert vient compenser ce phénomène. Cela permet d’améliorer l’état d’engraissement des vaches, qui reviennent plus rapidement en chaleur. La qualité du lait suit. »

Le maïs, produit sur 3 ha, est récolté « presque mûr », lorsque les feuilles sont encore vertes, pour garantir l’appétence du fourrage. « Le cahier des charges de l’AOP comté autorise l’affouragement en vert au maximum 75 jours par an et tout refus du jour doit être balayé pour ne pas qu’il parte en fermentation, souligne l’éleveur. Cela est rarement nécessaire, hormis sur les deux dernières semaines avec les fauches tardives. »

Le reste de l’année, les vaches sont complémentées avec de l’orge, de la pulpe de betterave et du maïs concassé. Des intrants estimés à 3 000 €/mois. « Le maïs vert permet de faire l’impasse sur ce correcteur durant trois mois. C’est une économie importante, même s’il faut y retenir le coût du maïs, soit environ 3 200 €/an, hors mécanisation. »

Témoignage
« Diversifier la ration durant la belle période » Éric Casiez, dans le Pas-de-Calais (Hauts-de-France), 100 prim’holsteins en conventionnel

Conversion en bio

En 2014, Éric Casiez a fait installer deux robots de traite au sein de son exploitation. Un agrandissement du cheptel, de 60 à 100 laitières à SAU égale, accompagne cette transition.

« Je dispose de moins de 10 ha de pâtures pour les vaches, explique le producteur. Le parcellaire est groupé mais disposé en longueur. Le troupeau doit rester à proximité des robots, d’autant plus dans un système en circulation libre. » Entre mars et décembre, les vaches reçoivent encore deux tiers de la ration hivernale (fourrages conservés, pulpe surpressée et correcteur azoté au robot), complémentée avec de l’herbe. « Nous distribuons 7 kg de MS/VL/jour d’herbe affouragée. Le pâturage n’est qu’un appoint sur 4 ou 5 h maximum », note Éric. Un apport qui « diversifie la ration » avec « le meilleur des fourrages », sans frais de séchage et de stockage.

Les prairies de fauche sont semées avec du ray-grass hybride, du trèfle violet et de la fétuque, pour atteindre des rendements de 15 t de MS/ha/an, avec jusqu’à sept coupes annuelles. « Le trèfle et la fétuque compensent la baisse de régime du ray-grass durant les périodes de plus forte chaleur et inversement en automne », précise l’éleveur. En arrière-saison, « l’affouragement permet de valoriser une herbe qu’on ne sait pas stocker. »

L’exploitation va débuter une conversion en agriculture biologique en mai 2020. L’objectif est de passer d’un tiers à 100 % d’herbe dans la ration des laitières à la belle saison, avec 1 kg de concentré fermier au robot. Le cheptel laitier va progressivement être réduit à 60 vaches.

Quant à l’affouragement, les quantités distribuées vont grimper à presque 20 kg de MS/VL/jour. « Il va falloir deux coupes quotidiennes au lieu d’une mais, pour moi, c’est davantage un plaisir qu’une corvée ! »