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Dossier L’union fait la force avec les prairies à flore variée

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« Il faut respecter le type d’exploitation (fauche ou pâture) prévu au départ », souligne Vladimir Goutiers, de l’Inrae. © M-.F. Malterre

Un groupe d’éleveurs de Haute-Loire mise sur la diversité prairiale pour augmenter la part de pâturage dans la ration.

«Il n’y a pas de plantes magiques, mais des assemblages ou des combinaisons d’espèces qui peuvent offrir une résilience face aux aléas climatiques, souligne Vladimir Goutiers, concepteur à l’Inrae de l’outil Capflor®, un logiciel pour composer des prairies à flore variée (PFV).

De nombreux groupes d’éleveurs ont déjà adopté l’outil, dont le GIEE (Groupement d’intérêt économique et environnemental) Los bòns prats, qui présentait le 15 septembre 2020 à Saint-Pierre-du-Champ (en Haute-Loire) son bilan après trois années de fonctionnement. Ces agriculteurs dispersés sur une dizaine de communes du territoire du Forez-Emblavez ont déjà implanté 243 ha de prairies à flore variée depuis 2017. Cette nouvelle pratique a permis d’améliorer les résultats technico-économiques des exploitations (lire l’encadré p. 71). Didier Dantony, à la tête de 80 vaches laitières et chez qui se déroulait la journée technique, est un fervent convaincu de l’intérêt de l’outil. « Mes vaches pâturent même en été, explique-t-il. Alors qu’avec les prairies à mélange simple (ray-grass × trèfle violet) que je cultivais auparavant, ce n’était plus possible. Toutes les espèces étaient grillées dès la fin du mois de juin. » Aujourd’hui, les mélanges intègrent parfois plus de six espèces et plusieurs variétés par espèce. Résultat, une grande partie d’entre elles étaient encore productives au mois de septembre chez Didier Dantony.

Analyser le sol

« Le point de départ pour composer le mélange, c’est l’analyse de terre », explique Vladimir Goutiers : pH, texture, structure, rapport C/N sont autant d’éléments déterminants pour le choix des variétés et des espèces. « Nous évaluons ainsi les points forts et les points faibles du sol, ajoute-t-il. Le type d’exploitation prévu, c’est-à-dire pâturage, fauche ou utilisation mixte, est le deuxième élément important qu’il convient de respecter. Le brome, par exemple, qui est utilisé dans certaines parcelles de fauche, ne résistera pas à un pâturage récurrent. »

Différents profils racinaires­

Pour une prairie destinée au pâturage précoce, autour des bâtiments par exemple, il peut être intéressant d’incorporer de la chicorée. C’est une plante qui résiste aux conditions séchantes grâce à sa racine pivotante capable d’aller chercher de l’eau en profondeur.

« Le profil racinaire des plantes prairiales est variable. Certaines ont la capacité d’explorer le sol en profondeur et de tirer parti de la moindre fissure pour aller chercher de l’humidité, et cela peut profiter aux autres, soulignait Nathalie Vassal, de VetAgroSup, devant le profil cultural d’une prairie à flore variée âgée de trois ans. Combiner les espèces stimule l’activité du sol. »

L’outil Capflor® (1) permet donc de trouver ces assemblages de plantes cohérents. Les espèces sont complémentaires et non concurrentes. La diversité permet de couvrir une multitude de fonctions. La fétuque ou le pâturin offrent une bonne couverture du sol, ce qui évite le salissement. Les légumineuses apportent de l’azote. Le sainfoin ou le plantain ont, entre autres, des vertues antiparasitaires. Le but est de mélanger des espèces complémentaires dont la concurrence vis-à-vis des ressources du sol ou de la lumière est limitée. Au final, la production est plus longue dans le temps et la valeur alimentaire « équilibrée ».

« Capflor® est évolutif et construit en coopération avec les collectifs d’éleveurs, explique Vladimir Goutiers. C’est un outil collaboratif qui est enrichi au fil du temps. Nous nous appuyons sur un modèle agro-écologique et des connaissances issues de la recherche et des savoirs agricoles pour produire un conseil efficace. »

Suivre une formation

« L’adoption » des PFV requiert toutefois des compétences. Cinq jours de formation sont conseillés pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure. « La conduite technique lors de l’implantation est aussi primordiale, insiste Vladimir Goutiers, notamment le rappuyage au rouleau après le semis. Les graines doivent être déposées entre 1 et 2 cm de profondeur. Le semis en ligne est le plus facile à maîtriser, mais pour que les plantules occupent plus d’espace, le semis croisé est une astuce intéressante. Il suffit alors de diviser la quantité de semence en deux avant de “quadriller” la parcelle avec le semoir. »

Concernant la fertilisation, l’apport d’azote n’est pas nécessaire dans ce type de prairies. Cela peu même être néfaste. La légumineuse que l’on « habitue » avec un apport minéral n’est plus en mesure de capter l’azote de l’air quand la ressource est épuisée et elle meurt.

« Toute erreur de conduite a des conséquences », ajoute Vladimir Goutiers. Cela joue aussi sur la composition de la prairie. Certaines espèces, comme le lotier, sont sensibles au surpâturage. Si le chargement est trop important, celui-ci disparaît vite par exemple.

(1) L’application, libre d’utilisation pour les éleveurs, les conseillers et les enseignants agricoles, est accessible sur internet depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette.

« Combiner les espèces stimule l’activité du sol », explique Nathalie Vassal, de VetAgroSup. © M-.F. Malterre
Le semis en ligne peut être croisé pour une meilleure occupation du sol. © M-.F. Malterre
La part d’herbe dans la ration a doublé en trois ans

Les résultats ne se sont pas fait attendre pour les éleveurs de Los bòns prats. La part d’herbe intégrée dans la ration à l’année a doublé, en passant de 10 -15 % à 30 % en 2020, et a amélioré de nombreux critères technico-économiques. L’état des lieux au démarrage était catastrophique. « Les éleveurs du GIEE n’avaient pas de stratégie fourragère, les animaux sortaient tard au pâturage et les fauches étaient trop tardives », constate Quentin Pignol, le conseiller technique du groupe. « Beaucoup d’agriculteurs s’interrogeaient sur leurs pratiques, ajoute Marine Rabeyrin, conseillère à la chambre d’agriculture et animatrice du groupe. Certains semaient des mélanges prairiaux suisses qui coûtaient cher, mais ils ne comprenaient pas pourquoi ils ne réussissaient pas. »

Désormais, avec un taux de pâturage à 30 %, « cela veut dire que les animaux pâturent au moins quatre mois dans l’année », souligne Quentin Pignol.

En moyenne, les éleveurs, dont le taux de pâturage est le plus élevé, enregistrent aussi les meilleurs résultats technico-économiques. Ils emploient, par exemple, moins de gazole à l’hectare, leur production autonome est plus importante… Et l’efficacité du travail est meilleure, ce qui était une priorité pour le groupe au démarrage.

« Attention, prévient le conseiller, ce n’est pas parce que l’on produit plus que l’on gagne plus. En réduisant la production, on peut avoir le même revenu. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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