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Dossier Les solutions chimiques se restreignant, l’agronomie s’impose

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L’objectif est qu’une adventice donnée soit contrôlée par au moins deux modes d’action différents dans deux cultures successives. © Stéphane LEITENBERGER

Avec des adventices de plus en plus résistantes aux molécules, il est primordial de combiner les pratiques.

On l’a compris, le contexte réglementaire rend complexe la maîtrise des mauvaises herbes. Mais c’est d’autant plus vrai que d’autres éléments peuvent aussi perturber la réussite des interventions herbicides. Parmi ceux-ci, on retrouve des conditions d’application pas toujours optimales et pouvant provoquer des phytotoxicités (lire l’encadré p. 51), mais surtout la présence de résistances des adventices aux produits. En effet, l’utilisation répétée d’herbicides du même groupe Hrac (Comité d’action pour les résistances aux herbicides) induit un risque de développement de mauvaises herbes résistantes. Ainsi, toutes les substances appartenant à un même groupe ont la même cible biochimique, et donc le même mode d’action quelle que soit leur famille chimique d’appartenance.

Résistances aux herbicides Groupes Hrac A et B

Dans un bilan réalisé en 2019 par ce comité, on apprend que le nombre d’espèces d’adventices concernées par une résistance en France est de 9 pour le groupe « Hrac » A (familles chimiques des « Fop », « Den »…) et de 16 pour le B (sulfonylurées, triazolopyrimidines…). Il s’agit des groupes les plus touchés et pour cause : les herbicides qui les constituent sont utilisés sur de nombreuses cultures au sein des rotations. Les populations de graminées résistantes sont donc en hausse et les dicotylédones de plus en plus concernées.

De plus, les dernières autorisations de mises sur le marché montrent qu’il ne s’agit pas d’innovations au sens propre puisqu’elles sont déjà présentes sur d’autres cultures de la rotation. Ainsi, on note l’arrivée l’an dernier sur céréales de l’aclonifène et de la métribuzine. Deux nouvelles substances actives sont aussi attendues d’ici deux à trois ans sur ce créneau des céréales à paille. Si la bixlozone (FMC) est une substance active du même groupe que la clomazone (groupe Hrac F4), Luximo (BASF) appartient, cette fois, à un nouveau mode d’action herbicide (groupe Q ou 30). Or, il n’y avait plus eu de nouveaux modes d’action herbicide depuis le milieu des années quatre-vingt. Toutefois, ces « nouveautés » ne demeurent pas suffisantes pour maîtriser les populations d’adventices résistantes.

Premier des outils de lutte : la rotation­

En présence de grosses populations d’adventices difficiles à contrôler, il pourrait y avoir des suspicions de résistance. Il faudra prendre soin d’employer une seule fois par culture les herbicides des groupes A ou B, et ce, si et seulement si ces derniers sont efficaces sur l’espèce ciblée. En outre, il faudra les appliquer à la dose efficiente pour contrôler au mieux les adventices. Quoi qu’il en soit, il n’est pas recommandé de s’appuyer uniquement sur la lutte chimique mais de combiner les pratiques car aucune d’entre elles n’atteint une efficacité totale. Dans ce contexte, le recours à l’agronomie reste le principal levier à actionner pour éviter d’aller droit dans le mur (lire le tableau ci-contre).

« La rotation des cultures est le premier outil de lutte contre les adventices », appuie Arvalis. Quand cela est possible (débouché existant, type de sol et matériel adaptés), l’intégration de cultures de printemps permet de diminuer la pression des adventices automnales en ne favorisant pas leur levée. C’est aussi une possibilité pour employer d’autres modes d’action. Pour la même raison, retarder les dates de semis représente un autre levier efficace. Cela permet d’éviter l’implantation de la culture au cours de la période de levée préférentielle de certaines adventices automnales très nuisibles (vulpin, ray-grass…).

La charrue efficace sur graminées

Les labours ponctuels, tous les trois ou quatre ans, sont également performants contre les espèces dont les semences ont une faible durée de conservation dans le sol. C’est notamment le cas des graminées telles que le brome, le vulpin ou le ray-grass… L’emploi de la charrue réduit le stock semencier par l’enfouissement­ des graines, évitant qu’elles ne lèvent.

Quand cela est possible, il est recommandé de réaliser un ou plusieurs faux-semis qui permettent là encore d’épuiser le stock semencier de certaines espèces. « Ce type de stratégie demeure plus efficace sur graminées que sur dicotylédones, où les leviers de type travail du sol ne sont que peu profitables, ajoute Ludovic Bonin, spécialiste des herbicides sur céréales à paille chez Arvalis. Dans ce cas, il faudra essentiellement miser sur la rotation puis jouer sur les modes d’action. Par exemple, sur coquelicot, qui présente une résistance au groupe B, la pendiméthaline fonctionne­ bien. »

Même si leur mise en œuvre n’est pas toujours évidente, les outils de désherbage mécanique pourront aussi être employés dans le cadre d’un désherbage mixte afin de répondre à ces problématiques. « La bineuse est aujourd’hui l’outil le plus performant sur les adventices développées », juge l’institut technique. Quant aux derniers essais d’Arvalis, ils démontrent une efficacité limitée sur graminées de la herse étrille.

Résistances : R-Sim, un OAD proposé par les instituts

R-Sim est un outil d’aide à la décision (OAD) mis à disposition par Arvalis, Terres Inovia, l’ITB et l’Acta. Il permet d’évaluer le risque d’apparition d’adventices résistantes selon les pratiques herbicides envisagées sur la parcelle. Il fournit le niveau de risque pour chaque culture, et globalement pour la rotation. De plus, il indique si les pratiques agronomiques augmentent ce risque ou au contraire le diminuent. Enfin, R-sim propose des stratégies herbicides pour chaque rotation, permettant de limiter le risque d’apparition d’adventices résistantes.

Prendre garde aux conditions d’emploi des spécialités

Avec des conditions météorologiques atypiques au cours de la campagne précédente, l’utilisation des herbicides a parfois été mise à mal sur céréales. Des manques de sélectivité ont ainsi pu être observés en lien avec des conditions de semis difficiles et/ou de fortes précipitations.

Arvalis rappelle que pour des substances actives telles que la pendiméthaline, le flufénacet ou le prosulfocarbe, le manque de sélectivité est essentiellement dû à la présence de grains en surface compte tenu des mauvaises conditions de semis. De forts abats d’eau juste après les pulvérisations ou en sols légers, sableux ou battants ont de plus favorisé la mise en contact rapide des herbicides avec les graines de céréales. Il faut donc au maximum soigner le lit de semences et éviter tout traitement avant de fortes pluies. Il est aussi recommandé d’ajuster les doses sur sols très filtrants.

Pour les produits à base de chlortoluron, prosulfocarbe, flufénacet, on veillera aussi à la qualité du lit de semences et aux conditions climatiques après traitement (pluie, fortes amplitudes thermiques et températures inférieures à

- 3 °C à proscrire). « Quand des quantités importantes d’eau sont annoncées, supérieures à 20 mm, il faut essayer de reporter l’application, voire s’il s’agit d’un mélange de dissocier les produits, estime Ludovic Bonin, d’Arvalis. Si les conditions ne sont pas optimales en prélevée, un certain nombre de produits permettent de passer en postlevée. » Pour les antigraminées foliaires (sulfonylurées, FOPs et DEN) utilisés en sortie d’hiver, ce sont les fortes amplitudes thermiques qui sont responsables de phytotoxicités. « Ces dernières sont souvent plus impactantes qu’à l’automne », complète le spécialiste.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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