Alors que la loi de modernisation consacre son premier chapitre à la priorité à donner aux circuits courts dans les marchés publics, les producteurs et petits commerces de l'Ille-et-Vilaine n'ont pas attendu pour promouvoir l'approvisionnement local. Ils ont lancé un réseau de distribution de proximité.

L'objectif est de proposer aux consommateurs des produits de saison provenant d'une ferme voisine dans les commerces proches de chez eux.

L'initiative en revient à la communauté de communes du Val d'Ille, qui mène depuis longtemps une politique de maintien des commerces en milieu rural.

Après une enquête auprès de 500 habitants de la collectivité, elle s'est rendue compte qu'il y avait une demande de la population locale : plus de 40 % recherchent des produits frais locaux et 63 % fréquentent les commerces de leur commune au moins deux à trois fois par semaine.

Confrontés à la concurrence des GMS, les commerces alimentaires de proximité sont souvent fragiles. Pour poursuivre leur activité de service, ils doivent proposer une offre différente, adaptée aux souhaits de la population, comme des produits frais locaux.

Parallèlement, des producteurs fermiers déjà bien engagés dans la démarche de circuits courts sont à la recherche de nouveaux débouchés. D'où l'idée de cette mise en réseau.

Développer les ventes

Quinze producteurs et dix commerçants sont entrés dans la démarche et se sont regroupés au sein de l'association « Préférez local », appuyés par la communauté de communes, la chambre d'agriculture et la chambre de commerce.

Pommes de terre, carottes, salades, pommes, charcuterie, viande de porc, de boeuf, produits laitiers, oeufs... les principaux produits frais sont représentés. Il s'agit de producteurs en système conventionnel, bio ou en agriculture raisonnée.

« Nous sommes tous déjà engagés dans la vente directe. Ce dispositif permet de développer nos ventes », explique Michel Communier, producteur d'oeufs bio à Langouet, coprésident de l'association.

Les commerçants s'engagent à proposer chaque semaine dix produits locaux. Pour eux, il s'agit de se démarquer et d'arriver à ce que le commerce de proximité ne soit plus seulement un service de dépannage.

Un effort particulier a été apporté sur la signalétique en magasin. Chaque commerçant dispose d'une palette de supports (fanions, affiches...) pour offrir au consommateur une meilleure lisibilité.

L'expérience intéresse d'autres territoires. Déjà quelques communautés de communes ont demandé à utiliser la marque. Il reste à trouver l'un des maillons essentiels au bon fonctionnement : la logistique.

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GMS : grandes et moyennes surfaces. 

« Préférez local », une marque déposée

L'association a déposé le logo et la marque « Préférez local, on y gagne tous » à l'INPIi, afin que l'esprit de la démarche ne soit pas détourné et reste limité aux petits commerces ruraux (200 m² et communes de moins de 10.000 habitants) et ne soit pas repris par la grande distribution.

Témoignage : MICHEL COMMUNIER, producteur de volailles bio, coprésident de l'association

« Un gain de temps et de frais logistiques »

« Même si l'expérience est encore timide, je crois en ce dispositif. Pour nous, producteurs, c'est une chance de pouvoir regrouper nos commandes en un seul lieu de livraison et de proposer une gamme de produits.

C'est un prestataire, David Le Solliec, qui assure le lien entre les producteurs et les commerçants. Il dispose d'un site internet (Le marché du chef) et d'une plate-forme de stockage à La Mézière, près de Rennes.

A la fin de chaque semaine, nous proposons notre production sur le site. C'est le producteur qui fixe son prix. Les commerçants consultent le site et passent leurs commandes. Elles sont compilées et transmises à chaque producteur par le prestataire.

Nous livrons à l'entrepôt tous les jeudis. Le vendredi matin, les commerçants viennent chercher leurs commandes pour une mise en rayon immédiate.

C'est un gain de temps et de frais logistiques. C'est surtout l'assurance de produits frais pour le consommateur avec, par exemple, des légumes cueillis la veille. »

par Isabelle Lejas (publié le 23 juillet 2010)