Biodiesel, huile végétale pure, fioul au colza... difficile de s'y retrouver dans tous ces carburants verts. C'est d'autant plus vrai que des vendeurs de matériel peu scrupuleux ou mal informés n'hésitent pas à jouer sur l'ambiguïté pour faire croire aux agriculteurs que leur moteur est garanti pour l'utilisation d'huile alors qu'il s'agit en fait d'une garantie pour l'incorporation de biodiesel.

1. Pas de garanties pour l'huile pure

La flambée du cours du pétrole a favorisé le développement de l'huile végétale pure (HVP). Individuels et Cuma ont investi rapidement dans des presses à huile et commencé à incorporer ce carburant dans le réservoir des tracteurs. Ceux qui souhaitaient fonctionner à 100% ont procédé à des adaptations pour pouvoir démarrer à froid.

Réalisé à la ferme, le pressage est une opération relativement simple, même si certains spécialistes reconnaissent aujourd'hui qu'un tri et un tamisage fins sont indispensables à l'obtention d'une huile de qualité.

Seule ombre au tableau − et de taille: aucun constructeur ne garantit aujourd'hui un moteur qui a tourné à l'huile. Tous sont d'accord pour dire qu'avec l'arrivée des nouvelles normes antipollution Tier 3, il sera même techniquement impossible de fonctionner à l'huile durablement. Un concessionnaire belge de Deutz-Fahr offre actuellement une garantie sur l'huile, mais il prend ce risque sur ses propres deniers, sans le support de son fournisseur.

Selon un représentant du motoriste, une telle offre devrait disparaître avec l'arrivée du Tier 3, qui condamne les injecteurs-pompes utilisés sur ces moteurs Deutz, une technique d'injection tolérant bien l'utilisation de l'huile.

De son côté, le ministère de l'Agriculture vient de publier trois fiches de recommandation pour l'utilisation de l'HVP tout en se gardant bien de mettre en avant la moindre norme, même s'il mentionne l'existence d'une prénorme allemande. A chaque page, le bulletin rappelle que l'agriculteur emploie l'HVP à ses risques et périls et que l'utilisation peut causer des dommages au moteur.

2. Le biodiesel plébiscité par les motoristes

«Nous ne sommes pas favorables à l'utilisation de l'huile, mais cela ne veut pas dire que nous ne nous intéressons pas aux carburants d'origine végétale», rappelle Loïc Morel, chef de produit en tracteurs chez New Holland. «Nous pouvons travailler sur n'importe quel carburant à partir du moment où nous disposons d'un produit stable et normé, puisque dans ce cas nous savons exactement ce que nous mettons dans le moteur.» Ainsi le biodiesel répond-il aux attentes des motoristes.

Contrairement à l'HVP, il nécessite une transformation industrielle, puisqu'après le pressage l'huile est estérifiée pour obtenir un ester méthylique de colza, plus couramment appelé biodiesel (voir l'infographique ci-dessus). Dans le commerce, ce carburant est parfois désigné sous la marque Diester.

La plupart des constructeurs garantissent aujourd'hui leur moteur pour l'utilisation d'un certain pourcentage de biodiesel, généralement entre 5 et 20% selon les marques. Certains vont plus loin, à l'image de Deutz-Fahr qui présentait un tracteur tournant à 100% de biodiesel à Innov-Agri.

De son côté, New Holland s'est lancé dans un test de longue durée en faisant tourner en continu un TM 190 pendant 500 heures avec 100% de biodiesel. La consommation moyenne du tracteur au labour avec ce type de carburant est d'environ 25 l/h. Une performance identique au fioul qui devrait encourager les constructeurs à travailler avec leurs fournisseurs d'injecteurs pour garantirun taux d'incorporation plus important.

Seul inconvénient, le biodiesel n'est pas encore disponible à la pompe dans l'Hexagone, ce qui décourage les agriculteurs.

Témoignage: VINCENT NOUVEL, responsable de la promotion des ventes chez New Holland

«Pour un carburant vert, mais normé»

«Il faut être logique. Les normes antipollution sont de plus en plus draconiennes et nous obligent à développer des moteurs toujours plus sophistiqués et plus coûteux. Certains motoristes concurrents vont jusqu'à conditionner leur garantie à l'utilisation d'un fioul de grande qualité.

Dans ces conditions, on ne peut pas imaginer une seule seconde que cette haute technologie fonctionne correctement avec un carburant produit et stocké artisanalement, conforme à aucune norme. L'huile convient aux vieux tracteurs dont les moteurs ont été conçus avant l'apparition des normes.

Chez New Holland, nous avons fait le choix de travailler sur la compatibilité avec le biodiesel. Nous sommes les premiers à garantir l'utilisation de 20% de biodiesel sur l'ensemble de notre gamme, c'est-à-dire nos tracteurs et tous les automoteurs de récolte.

Pour nous, c'est la voie à suivre. C'est un carburant d'origine agricole, comme l'huile, mais il a l'avantage de respecter la technologie des nouveaux moteurs.»

par Corinne Le Gall (publié le 13 octobre 2006)