Commencés dans une poussière dense, ces essais se sont terminés entre de nombreuses averses. En effet, nous avions demandé aux tractoristes de nous mettre les machines à disposition au moins une semaine. Les plannings de chacun ainsi que les incertitudes liées à la pandémie nous ont conduits à répartir ce comparatif sur plus de quatre semaines, de fin août à mi-octobre.

Nous n’avons donc pas eu les sept tracteurs dans la cour de la ferme au même moment. Il n’a également pas été possible de faire travailler tout le monde dans le même champ. L’exploitation champenoise qui nous accueillait nous a mis à disposition trois parcelles, pour un total de plus de 70 ha déchaumés. Pour mener à bien ces chantiers et occuper notre cavalerie, Kuhn, Lemken et Horsch nous ont prêté des déchaumeurs, avec des mo­dèles de 4 et 5 mètres. Nous avons choisi des outils à dents, en accord avec l’agriculteur. Ces derniers, travaillant à une profondeur suffisante, occupaient bien nos tracteurs. De plus, les parcelles présentaient toutes un précédent différent.

Les berlines des champs

Ainsi, le Performer de Kuhn, de passage fin août, s’est frotté à une parcelle plutôt dure et colorée pour le secteur et n’ayant pas vu la charrue depuis quelques années. Plantés à plus de 20 cm de profondeur, les quatre mètres de dents (sans ailettes) ont été domptés par les fauves présents devant. Les autres déchaumeurs, de 5 mètres de large, ont commencé dans une parcelle de colza déchaumé, plutôt facile mais bien grasse, pour finir dans un champ de luzerne en place depuis trois ans.

Notre cahier des charges envoyé aux constructeurs était de nous fournir un tracteur conventionnel de forte puissance, entre 320 et 370 ch équipés d’une transmission à variation continue, car certains tractoristes ne proposent que cette solution pour ce type de puissance. Hormis Valtra, tous les constructeurs contactés nous ont mis à disposition un tracteur. Un an après Agritechnica, cette catégorie de puissance a bénéficié de nombreux renouvellements.

Ces nouvelles générations de tracteurs bénéficient pour la plupart des dernières avancées technologiques de chaque constructeur. Nous disposions ainsi des tracteurs très modernes, avec des solutions électroniques omniprésentes. On note d’ailleurs l’influence de l’auto­mobile sur l’agricole, avec l’arrivée de techno­logies connectées telles que l’Apple Carplay pour les autoradios ou encore des solutions de fermetures centralisées des portes. Vous pouvez maintenant fermer votre tracteur avec une télécommande ou écouter votre playlist Spotify en déchaumant !

Un prix catalogue

Nous avons décidé de publier, en accord avec les constructeurs, le tarif des tracteurs essayés. Cependant, les tracto­ristes ne voulant pas communiquer les tarifs finaux, les montants affichés sont des prix de catalogues, ce ne sont donc ni des tarifs de concessionnaires, ni le prix chez le client final.

Selon les constructeurs et parfois les secteurs, les remises peuvent fortement varier. Les prix communiqués ne sont donc qu’une indication. De plus, certains tracteurs sont équipés d’options très coûteuses, comme le télégonflage, qui font flamber le prix.

Enfin, tous intègrent l’autoguidage, une option qui devient quasiment incontournable dans cette catégorie de puissance. Nous avons également calculé un prix au cheval, car tous nos tracteurs ne proposent pas la même puissance.

Des essais riches en enseignements­

Au-delà des atouts et faiblesses de chacun des sept concurrents, ce multitest nous a permis de dégager des ensei­gnements qui concernent l’ensemble de cette catégorie de puissance.

La nouvelle réglementation tracteur Mother Regulation s’invite en cabine. En plus du freinage double ligne, des rétroviseurs grand angle et du capot verrouillé à clé, la mise en place de cette réglementation se traduit par l’apparition d’un nouveau bouton cabine, dont le seul objectif est de tester les freins de remorque avant le dételage. Il simule en fait le découplage des freins afin que le chauffeur puisse évaluer la stabilité de son plateau.

Les réglages du relevage disparaissent de l’accoudoir. C’est une tendance qui s’accentue sur ces fortes puissances : les réglages auxiliaires, et parfois même les réglages principaux du relevage, s’effectuent majoritairement dans le terminal. Cela peut paraître une bonne idée et libère de la place en cabine, mais quand il s’agit de régler rapidement une butée haute avant de partir au champ, il est plus simple de tourner un potentiomètre que de retourner naviguer dans le terminal. Le contrôle d’effort dans l’écran demande aussi à être testé au labour, en conditions hétérogènes, car il nous laisse assez dubitatifs.

Un environnement de conduite sur mesure. En plus des touches personnalisables qui fleurissent sur les accoudoirs et joysticks, le chauffeur peut adapter son écran. Le chef d’exploitation ou l’entrepreneur est en mesure de définir les possibilités offertes à chaque chauffeur et, par exemple, de limiter la vitesse pour certains, comme les plus jeunes.

Le Performer de Kuhn combine des disques et des dents. Plutôt complet, l’outil s’est révélé tirant. © Cédric Faimali/GFA
Le Karat 12 de Lemken possède quatre rangées de dents. Il bénéficie d’un système de report de charge sur son attelage. © Cédric Faimali/GFA
Horsch nous a prêté un Terrano 5.3 GX. Il possède trois rangées de dents. © Cédric Faimali/GFA