Dans l’Yonne les surfaces de sorgho ont progressé de 420 ha en 2018 à 1 300 ha en 2019. Une évolution plus faible est attendue pour 2020, à la suite des sécheresses sévères qui ont touché cette culture dans les sols à faible réserve utile.

Thierry Bollaert, céréalier à Saligny, près de Sens (Yonne), a testé cette plante du sud, pour la première fois cette année, sur 10,60 hectares. Le sorgho grain a été implanté en substitution à une partie du colza, qui avait dû être retourné au printemps. Bien que les rendements aient été très moyens (41 q/ha, soit moitié moins que les 80 q/ha attendus), l’agriculteur icaunais qualifie cette culture « d’intéressante, à réserver toutefois dans des parcelles de fond ».

soigner l’Implantation

Facile à conduire, la plante ne nécessite ni insecticide ni fongicide. « Elle est peu exigeante en potassium et moyennement en phosphore. Elle se contente, par ailleurs, de cinquante unités d’azote à l’hectare », note Élodie Joudelat, de la chambre d’agriculture de l’Yonne.

Le semis est un point clé de la réussite. Les semences hybrides sont coûteuses (140 €/ha chez Thierry Bollaert) et les risques de pertes réels. « Le sorgho grain, à proscrire dans les terres blanches, trop calcaires, doit être implanté dans un sol réchauffé (12 °C), souligne l’agriculteur. Il faut positionner la graine à la bonne profondeur, 3 cm ni plus, ni moins, en roulant très doucement (5 à 6 km/h). »

Pour éviter tout risque de gel, il n’a démarré ses semis que le 15 mai, en choisissant des variétés très précoces, Arsky et Armorik. La récolte a été réalisée entre le 4 et le 13 octobre, avec un taux d’humidité qui s’est progressivement abaissé de 22 à 18 %. « Un niveau correct, commente-t-il. Pour cette étape, il faut attendre la mise en route des séchoirs. Une rallonge de coupe est obligatoire. Seules les panicules sont ramassées, ce qui exige un labour pour enterrer les cannes hautes, à moins d’avoir un matériel de semis direct. »

Avec les faibles rendements 2019 et les charges liées au colza, la marge brute s’est établie à 128 €/ ha. « En année normale, avec 80 q/ha et des coûts très inférieurs, on peut espérer une marge brute de 1 000 €, largement au-dessus de celles du blé, de l’orge, ou du colza », estime le céréalier.

anne bréhier

Très sensible aux dégâts des cervidés et des sangliers, le sorgho rencontre aussi parfois des soucis avec le datura et l’ambroisie. © Anne Bréhier
L’opérateur
« Il faut accumuler des références » Emmanuel Bonnin, technicien au service de l’agronomie du groupe Soufflet

« Le sorgho, historiquement cultivé dans le Poitou et en Touraine, s’est développé depuis trois ans dans le Berry et plus récemment dans l’Yonne, où nous avons dédié des séchoirs à cette production. En conventionnel, il est commercialisé en Bretagne ou au Benelux auprès de fabricants d’aliments qui l’utilisent en substitution au maïs (son prix est inférieur d’une dizaine d’euros). Les graines sont plus rarement valorisées en oisellerie, où les exigences qualitatives sont supérieures. Il est prévu de le collecter en bio pour un débouché en alimentation animale. Culture nouvelle en Bourgogne, le sorgho doit accumuler des références en termes techniques. À cette fin, nous mettons en place des essais de variétés, de désherbage­ et de fertilisation. »