Vincent Bongard, agriculteur près de Nangis (Seine-et-Marne), a bouclé sa troisième campagne de soja en septembre dernier. Malgré les deux canicules estivales, et sans irrigation, la culture s’est correctement développée avec un rendement final autour de 26 q/ha, proche de l’objectif régional moyen de 29 q/ha en année sèche.

Sa ferme de 145 ha se situe en plein plateau briard, avec des limons battants. Elle produit du blé, du maïs et des betteraves. Les sols drainés ne permettent pas la culture du colza et la présence d’Aphanomyces interdit le pois. Le soja a fait son entrée dans l’assolement sur une vingtaine d’hectares à la place de la féverole, « car cette culture n’était plus valorisée en raison­ des dégâts de bruches », souligne­ le trentenaire.

En 2016, Vivescia commence à proposer des contrats de surface de soja à des producteurs comme Vincent. Celui-ci est désormais multiplicateur pour la coopérative et va ainsi obtenir 80 € de plus par tonne. « Ça n’a nécessité aucun investissement supplémentaire en matériels, juste quelques réglages », pointe-t-il. Il sème avec un semoir à céréales classique dans une terre réchauffée (15-20 °C), idéalement fin avril. Il a opté pour Sirelia, une variété précoce « 000 » qu’il récupère pré-inoculée auprès de sa coopérative pour 255 €/ha. Un bon nivellement du sol au semis permettra de récolter les premières gousses situées à 5 cm, « très fragiles en année sèche ». Le soja se moissonne entre 12 et 15 % d’humidité pour un taux de protéines autour de 40 %, idéalement fin septembre. « La première année, on avait l’impression qu’il ne serait jamais mûr, se souvient Vincent. La graine reste molle. »

Phytos allégés

Le programme phyto se réduit à un désherbage en prélevée, suivi d’une à deux applications en postlevée, à petite dose pour limiter le tassement. Insecticides et fongicides sont inutiles. « Seuls les pigeons et les lièvres demandent une surveillance le premier mois », prévient l’agriculteur.

Côté fertilisation, on conseille 40 unités de phosphore et 50 de potasse, à évaluer à la parcelle en fonction des reliquats, pour un coût moyen de 70 €/ha. Un rendement de 30 q permet de dégager 650 € de marge brute à l’hectare. L’équivalent en maïs nécessite un rendement de 100 q/ha. Avec un bon potentiel de tête d’assolement, le soja prend ses marques dans la Brie.

Pauline Bourdois

L’opérateur
« Des contrats à 330 €/t » Xavier Masson, technico-commercial chez Vivescia

« À l’origine, Vivescia a développé le soja pour s’intégrer dans le marché croissant, mais vite saturé, des protéines végétales à destination de l’alimentation humaine. Cette culture y est valorisée environ 400 €/t (chiffre de novembre 2019). Désormais, les 800 ha de soja seine-et-marnais se destinent davantage à l’alimentation animale, via une filière « soja français garanti sans OGM ». La valorisation est moindre, autour de 330 €/t, mais nous pouvons contractualiser des surfaces et assurer des prix minimaux – à la tonne déconnectés des cours mondiaux. Jusqu’en 2018, l’oléoprotéagineux bénéficiait d’une aide couplée de 35,80 €/ha, contre 170 € pour les autres protéagineux. La situation devrait se rééquilibrer en 2019. »

Le soja, sous contrat avec Vivescia, a été introduit en 2017, en remplacement de la féverole sur 20 ha. © Pauline Bourdois