Leur diversité est étonnante: au fil des pages, on découvre les musées du tabac, du maïs, du maraîchage, du fer-blanc, de l'alambic, de l'ardoise, de l'école rurale, la maison du pottok, le jardin du tisserand, la ferme de l'aurochs. .. Six cent vingt musées et collections d'agriculture sont présentés dans la troisième version du guide du patrimoine rural en France (édité par la Renaissance du livre). Un quart des collections répertoriées illustre des techniques, via l'exposition d'outils et de machines. Un tiers des expositions est axé sur une culture, un élevage, une activité rurale spécifique. Vins et autres alcools, lait et fromage, blé et moulin constituent des thèmes fréquemment mis en valeur.

Si, en 1991, on comptabilisait 50% d'établissements gérés par des associations, 15% par des privés et 35% émanant de municipalités, aujourd'hui la part est à peu près égale entre les associations et les collectivités, ce qui semble montrer un intérêt croissant des responsables locaux pour ce type de patrimoine. En Auvergne, dans le village de Murat-le-Quaire (environ 500 habitants), c'est dès 1990 que l'ancien maire et sénateur, Marcel Bony, a misé sur la création d'une structure rappelant la vie rurale d'antan. «A ce moment, se souvient René Bouyon, j'étais membre de l'équipe municipale. Depuis toujours, on pratique ici une agriculture de montagne, qui n'a guère pu s'adapter au développement du machinisme. Résultat: la désertification aidant, la commune s'est peu à peu retrouvée propriétaire d'un ensemble de bâtiments agricoles, avec murs en granit et toits de lauzes... On a alors décidé de refaire un fenier, une étable et une salle commune, tels que nous les avions connus. Des habitants sont venus nous donner des outils. On a aussi fait les brocantes. Il arrivait au conseil municipal de se réunir pour des après-midis spéciaux consacrés au nettoyage. Et nous sommes même montés à Paris afin d'y faire naturaliser une vache de race ferrandaise!»

Un professionnel de l'audiovisuel va alors leur proposer de redonner vie à ces objets grâce à des effets spéciaux et des décors pilotés par ordinateur. Avec, pour fil rouge de la visite, l'histoire contée de «la Toinette, un personnage certes romancé, mais conforme à l'image des dames de la campagne vivant ici autour de 1830». Un scénomusée qui sait faire appel à des techniques modernes sans pour autant gommer les sentiments et l'authenticité du discours...

Une grand-mère et son descendant racontent leur village...

René Bouyon et Cécile Bailly, directrice adjointe du scénomusée de Toinette et Julien dans le Puy-de-Dôme qui draine 58.000 visiteurs par an. Une mise en scène émotionnelle qui redonne vie au bourg de Murat-le-Quaire.

Bienvenue chez Toinette, une paysanne du siècle dernier. Au travers des quatre saisons de sa vie se dévoile l'âme d'un pays. La visite débute par la découverte de la salle commune: par touches délicates, la lumière caresse les différents objets évoqués par la voix. Voici d'abord le «Tchantou», ce coeur de chaleur de la pièce. Puis viennent le lampion à huile et la bonne soupe, qui laisse s'échapper magiquement dans les airs un odorant fumet. Traditions, travaux quotidiens, histoires de voisins contribuent à l'évocation d'une existence «où il faut savoir se priver du superflu, mesurer son nécessaire». Cécile Bailly, directrice adjointe du scénomusée, affirme que «ce message véridique, sans nostalgie superflue, plaît à toutes les générations. Les anecdotes, collectées auprès des gens des environs, ont été réécrites par un écrivain de théâtre. Des habitants ont participé à la reconstitution des scènes de veillées, ces temps des histoires vraies ou inventées qui donnaient du rêve et du frisson...»

Enfin, l'ultime acte du spectacle se tient dans une ancienne grange rénovée. Là se présente Julien, un contemporain, lointain descendant de la Toinette, qui, après son licenciement dans une usine du Nord, revient inventer une nouvelle manière de vivre dans ce petit coin de terre...

par Chantal Béraud (publié le 6 février 2004)